Homeland: Iraq Year Zero: chronique d'un Irak qui bascule

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Homeland: Iraq Year Zero

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Cécile Feuillatre
Agence France-Presse
Paris

Avant la guerre, après la guerre. Dans un documentaire, Homeland: Iraq Year Zero, le réalisateur irakien Abbas Fahdel raconte un moment d'Histoire au travers de la chronique douloureuse et tendre de sa propre famille, filmée pendant plusieurs mois avant et après l'invasion américaine de 2003.

Ce film «impressionniste», comme le décrit l'auteur, sans commentaire, sans entrevue, est exceptionnel tant par sa durée (près de 5 heures) que par sa valeur historique.

La première partie dure de février 2002 à début mars 2003. La seconde couvre quelques mois après l'invasion américaine. La guerre à proprement parler, qui ne dura que quelques semaines, n'est pas filmée, donnant paradoxalement encore plus de force aux deux volets du documentaire.

«En 2002, lorsque la menace d'une guerre s'est précisée, j'ai compris que l'Irak de ma jeunesse, celui que j'avais quitté pour venir étudier le cinéma à Paris, était en passe de disparaître», raconte dans le dossier de presse le réalisateur, dont le film sort mi-février en France.

Abbas Fahdel retourne alors à Bagdad et filme sa famille au quotidien, essentiellement dans le huis clos de la maison, du jardin et de la terrasse. Par petites touches, se dessine alors le portrait d'un Irak aujourd'hui disparu, les derniers mois d'un pays malade, sous le joug d'une dictature aussi effrayante que kitsch.

De la télévision, perpétuellement allumée, sortent les odes à la gloire de Saddam Hussein, «orgueil des Arabes» et «soleil de l'existence». Aucun membre de la famille du réalisateur ne se risque à parler politique devant la caméra. Trop risqué. Mais Fahdel filme un climat, une atmosphère. Le quotidien rythmé par les coupures d'eau et d'électricité, les effets de l'embargo international en vigueur depuis plus d'une décennie, les souvenirs des guerres passées, Iran/Irak, guerre du Golfe en 1991... et la crainte mêlée d'excitation de celle à venir.

Le président américain George W. Bush a placé l'Irak de Saddam sur l'«axe du mal». Les bruits de bottes se font entendre. Dans le salon de la famille de Fahdel, le petit écran montre des images de manifestation anti-guerre en France.

Comme toutes les familles irakiennes, celle du réalisateur se prépare. On fait des stocks de riz et de lentilles, on creuse un puits dans le jardin, des jeunes femmes hilares s'entraînent à mettre des couches de bébé sur le visage «en cas d'attaque chimique par les Américains»...

Étrangement, il y a encore beaucoup de légèreté. La guerre éclate le 23 mars, alors que le réalisateur est rentré en France. Il retourne à Bagdad quelques semaines après (Bush avait proclamé la fin des opérations de combat le 1er mai 2003).

Descente aux enfers

Et c'est à la lente descente vers le chaos qu'assiste le spectateur dans cette deuxième partie. Cette fois-ci, Fahdel filme beaucoup en extérieur. Il accompagne ses nièces à l'université, découvre le Bagdad ravagé, tumultueux et sous occupation d'après-guerre. Convois américains. Barrages. Embouteillages monstres. Destructions.

Dans une scène poignante, il accompagne son ami Sami Kaftan, acteur irakien «aussi connu en Irak que Gérard Depardieu en France», sur les lieux détruits des studios de cinéma de Bagdad. «On peut se venger d'un régime, mais pourquoi se venger d'une culture? Pourquoi?», pleure l'acteur en ramassant des monceaux de pellicules de films jonchant le sol.

Le spectateur est aussi témoin de la montée des tensions, du ressentiment anti-américain, de la peur face à l'insécurité, au chaos, aux pillages. La catastrophe apparaît inexorable à travers les scènes de la vie quotidienne, comme une nuit hallucinante de tirs secouant un quartier de Bagdad.

Restent la joie de vivre et l'espoir des jeunes neveux et nièces du réalisateur, les moments tendres d'un quotidien encore possible. «Qu'est-ce que tu es belle aujourd'hui!», s'exclame le jeune Haidar, neveu de Fahdel et héros du film, en regardant sa soeur sur son trente-et-un pour ses examens de fac.

Et puis la tragédie irakienne fait brutalement irruption dans la famille. Haidar est tué par une balle perdue, de tireurs inconnus, un soir à Bagdad.

Après ce drame, les rushes resteront dans leur boîte pendant dix ans. Le film, dit Abbas Fahdel, est aussi «une manière de ressusciter» cet enfant.

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