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La «magie perdue» des films d'animation des Studios d'art de Shanghai

Marie-Claire Kuo, ancienne chercheuse au CNRS, à la... (PHOTO AFP)

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Marie-Claire Kuo, ancienne chercheuse au CNRS, à la tête du Centre de documentation sur le cinéma chinois de Paris, en compagnie de Xavier Kawa-Topor, spécialiste du cinéma d'animation au au 43e Festival international du film de La Rochelle.

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Jordane Bertrand
Agence France-Presse
La Rochelle

Ils ont été vus en Chine par des centaines de millions d'enfants mais restent méconnus en Occident: les films d'animation des Studios d'art de Shanghai ont rivalisé pendant des années de techniques originales, donnant naissance à de véritables bijoux de poésie.

«Ces films ont été très peu montrés à l'extérieur, mais très, très montrés en Chine», résume Marie-Claire Kuo, ancienne chercheuse au CNRS, à la tête du Centre de documentation sur le cinéma chinois de Paris, une association parmi les plus riches en France en patrimoine cinématographique chinois.

C'est d'ailleurs grâce à cette sinophone passionnée, qui découvre dès 1965 le travail des Studios d'art de Shanghai, que 28 courts métrages, pour la plupart inédits en France, sont présentés jusqu'à dimanche au 43e Festival international du film de La Rochelle.

Dès 1950, les films pour enfants sont une priorité du régime communiste chinois qui décide d'ouvrir un département «animation» aux Studios cinématographiques de Shanghai. Des moyens importants sont alloués et l'unité prend son autonomie en 1957.

Son directeur de l'époque, Te Wei, lui donne alors le nom de Studios d'art de Shanghai pour «bien marquer le caractère artistique de l'institution», explique Mme Kuo, coauteur d'un documentaire sur le sujet.

Les trois frères Wan, qui ont réalisé en 1941 le premier long métrage d'animation chinois, La princesse à l'éventail de fer, rejoignent la structure.

Les meilleures compétences sont ainsi mobilisées: peintres, calligraphes, illustrateurs, caricaturistes, marionnettistes... Dans les années 1960, les équipes comptent plus de 300 personnes, autant que les studios Disney de l'époque.

Mais très vite, le choix est fait de «se détourner des modèles américains» pour «s'appuyer sur la richesse des arts traditionnels» et le travail des peintres contemporains.

Lavis déchiré

Au fils des ans, à côté du dessin animé classique - qui permettra à Wang Suchen de présenter Le Prince Nezha (1979), à Cannes, en 1980 -, plusieurs techniques novatrices sont élaborées.

Wan Guchan met au point, dans son film Zhu Bajie mange la pastèque (1958), la technique des «découpages articulés» en s'appuyant sur le théâtre d'ombre et l'art des papiers découpés que les Chinois collent aux fenêtres pour le Nouvel An.

En 1960, Te Wei et son équipe réalisent le premier «lavis animé» qui réussit la prouesse d'animer la peinture traditionnelle à l'encre rehaussée de couleurs. Conçu en 1963, La flûte et le bouvier offre une divagation onirique dans un décor de peinture chinoise de toute beauté.

La technique des «papiers pliés», avec Les petits canards de papier (1960) et celle des «poupées animées», largement inspirée du théâtre de marionnettes, se développent en parallèle.

Mais le sommet du raffinement est atteint avec le «lavis déchiré», élaboré en 1976 par Hu Jinqing après 15 ans d'expérimentation. Permettant de conserver la beauté des flous de la peinture à l'encre chinoise, cette technique, sans contour, offre des figures éminemment poétiques, avec un souci inouï du détail, jusqu'aux poils des animaux qui prennent forme à travers les fibres du papier!

«Ces techniques sont si complexes, nécessitent tant de savoir-faire et d'application que personne n'a jamais réussi depuis à les imiter», raconte Marie-Claire Kuo. «Elles ont creusé l'originalité de l'animation chinoise», confirme Xavier Kawa-Topor, spécialiste du cinéma d'animation, qui souligne aussi l'influence des arts scéniques locaux, notamment dans le rythme.

En 1966, lorsqu'éclate la Révolution culturelle, la production est arrêtée. Les dessinateurs sont envoyés en «rééducation» à la campagne. Après la mort de Mao, en 1976, les Studios reprennent toutefois leur activité et Te Wei (1915-2010) en redevient le directeur.

Le coup fatal viendra finalement dans les années 1990 lorsque les Studios d'art de Shanghai seront progressivement privatisés. Le souci de rentabilité, la concurrence étrangère et la place prépondérante des séries animées pour la télévision mettent fin à cet extraordinaire champ d'expérimentation qui, aujourd'hui encore, décille notre regard, tellement imprégné des standards d'animation américains ou japonais.

Cette «magie perdue», Marie-Claire Kuo veut la partager avec le plus grand nombre, adultes comme enfants, et lance un appel vibrant aux distributeurs pour que «ces trésors soient vus!»

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