Les dialogues inaudibles se multiplient au cinéma

Matthew McConaughey dans Interstellar.... (Photo fournie par Paramount Pictures)

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Matthew McConaughey dans Interstellar.

Photo fournie par Paramount Pictures

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Lindsey Bahr
Associated Press
LOS ANGELES

«Qu'est-ce qu'il a dit?» Voilà une question que se sont posée bon nombre de cinéphiles cette dernière année. De Birdman à Inherent Vice (Vice caché) en passant par Gone Girl (Les apparences) et Interstellar (Interstellaire), les films des derniers mois ont semblé plus inaudibles que jamais.

Les spectateurs ont depuis toujours eu à composer avec les acteurs difficiles à comprendre - Marlon Brando en est un bon exemple - mais certains films de la dernière année semblent avoir poussé le marmonnement à l'extrême.

Interstellar de Christopher Nolan est un bon exemple, avec ses dialogues étouffés insérés dans des scènes cruciales.

Pour la majeure partie, l'art du son au cinéma (autre que la trame sonore) est l'un de ces éléments d'arrière-plan que l'on ne remarque que s'il a été mal fait.

«Comme on l'a déjà dit il y a des décennies, personne ne rentre à la maison en chantonnant les effets sonores», a souligné le vétéran monteur d'effets sonores Bruce Tanis, qui a récemment travaillé sur le film Fury.

«(Les effets) peuvent être aussi cool ou aussi insupportables qu'ils sont capables de l'être s'ils servent l'histoire correctement», a-t-il expliqué.

Cependant, «s'ils vous font sortir du film, en tant que spectateur, et que vous essayez de comprendre ce qu'a fait le monteur pour insérer le son, il y a un problème», a-t-il ajouté.

L'impossibilité de comprendre ce qui est dit à l'écran est l'une des expériences les plus frustrantes pour les cinéphiles, qui n'ont pas l'option de reculer, de hausser le volume ou de mettre des sous-titres. Certains ont donc pu être surpris de voir Interstellar obtenir des nominations dans les deux catégories sonores (mixage et montage) aux Oscar.

Mais certains des gens derrière l'un des arts les plus créatifs, sous-évalués et incompris de l'univers du cinéma assurent que si vous avez mal entendu des répliques, c'était sans doute voulu.

Un film comme Interstellar commence avec le mixage sonore, soit l'enregistrement des dialogues et des sons ambiants dans la scène tournée.

«Si je fais mon travail de manière naturelle, vous ne le remarquerez pas», a expliqué le mixeur sonore d'Interstellar, Mark Weingarten.

Lorsque le tournage est terminé, l'équipe du montage sonore prend le relais pour ajouter les autres effets, allant du bruit de la navette au claquement du vieux camion Dodge conduit par le personnage de Matthew McConaughey. Chaque son nécessite un nouvel enregistrement.

Nolan a mis le monteur sonore Richard King au défi de créer une expérience viscérale et réaliste pour le public et non seulement des «effets sonores beaux et polis».

«Chris voulait notamment trouver une façon de stimuler cette incroyable sensation physique ressentie près d'un trou noir, explique King. Il voulait trouver une façon d'altérer le son à l'intérieur de la salle de cinéma.»

King et son équipe ont arrêté leur choix sur une fréquence audio permettant au son d'être «en suspens» dans le cinéma et de faire trembler un peu les spectateurs dans la salle. Il a décrit le tout comme une «soupe sonore».

Les monteurs sonores sont aussi des inventeurs, en quelque sorte, expérimentant avec des objets de tous les jours pour créer des sons extraordinaires.

Et en ce qui a trait à l'échange inaudible (et important) entre les personnages de Jessica Chastain et Michael Caine dans «Interstellar», ce n'était pas un problème d'enregistrement. C'était intentionnel.

«Chris m'a dit qu'il avait coupé certains mots dits par Michael. Il ne voulait pas que vous sachiez ce qu'il disait», a expliqué Weingarten.

«Je ne crois qu'il voulait que Michael révèle ce qu'il était en train de révéler dans la scène.»

Le public, a-t-il précisé, a compris ce qu'il disait en voyant ce que le personnage de Chastain a fait par la suite.

Le même principe s'applique aux scènes où les effets sonores enterrent le dialogue dans la navette - même si Weingarten a remarqué des différences entre les systèmes audio des salles, un autre élément à considérer pour les spécialistes du son. Il affirme cependant que l'essence de l'histoire est demeurée intacte grâce à d'autres indices.

«(Nolan) croyait que la musique et le son racontaient l'histoire dans ces moments et qu'abaisser l'énergie de la musique et du son pour pouvoir entendre un bout de dialogue dit à voix basse aurait été à l'encontre de l'ambiance qu'il souhaitait créer», a expliqué Richard King.

Comment les cinéphiles devraient-ils donc s'adapter au marmonnement dans de futurs films?

«Faites confiance au réalisateur. Surtout lorsque vous êtes entre les mains de quelqu'un comme Chris Nolan, laissez-vous aller. Voyez où il vous emmène. Vous n'aimerez peut-être pas ça, mais ne cherchez pas à comprendre. Tenez pour acquis que c'était son intention, acceptez-le puis décidez comment vous vous sentez», a suggéré King.

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