Le passé: le même sillon

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Le Passé

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Même s'il est en langue française et qu'il a été tourné en France, le nouveau film du réalisateur d'Une séparation ne pourrait être plus iranien de style et d'esprit. Pour son premier film étranger, Asghar Farhadi n'a aucunement changé son approche.

Au moment de cet entretien téléphonique accordé à La Presse, Asghar Farhadi venait d'apprendre que son film Le passé avait été retenu aux Golden Globes dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Il était alors vraisemblable de penser qu'une répétition de la folie vécue autour d'Une séparation il y a deux ans était possible. D'autant plus que Le passé, lancé au Festival de Cannes l'an dernier (Bérénice Bejo a obtenu le prix d'interprétation féminine), fait partie des oeuvres les plus appréciées de l'année sur le circuit international.

Puis, coup de théâtre, le film que tout le monde voyait assuré d'une nomination aux Oscars a été éliminé dès le premier tour. Au sein d'une compétition très relevée aux Golden Globes, La grande bellezza (Paolo Sorrentino) est par ailleurs ressorti gagnant. Non, Le passé n'aura pas le parcours miraculeux d'Une séparation, lauréat de l'Ours d'or du Festival de Berlin en 2011 et de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère l'année suivante (devant Monsieur Lazhar).

«Je garde de très beaux souvenirs de cette période, affirme le cinéaste. Je sais très bien que ce genre de chose ne peut survenir très souvent dans la carrière d'un cinéaste.»

Après le triomphe berlinois, Asghar Farhadi s'était déjà attelé à l'écriture d'un film dont l'histoire tournait autour d'un personnage à qui Tahar Rahim aurait prêté ses traits.

«En cours d'écriture, mon esprit s'est de plus en plus concentré sur l'histoire du Passé. Comme je la trouvais plus intéressante, j'ai abandonné celle sur laquelle j'étais alors en train de travailler. Fort heureusement, il y avait aussi dans celle-là un personnage que Tahar pouvait jouer. Après avoir vu Un prophète, j'ai tout de suite eu envie de travailler avec lui.»

Même personnalité de cinéaste

Fidèle à sa démarche, le cinéaste iranien, consacré sur la scène internationale grâce à À propos d'Elly (prix de la mise en scène à la Berlinale en 2009), explore dans Le passé les méandres et les contradictions de la nature humaine. On entre cette fois dans la vie de Marie (Bérénice Bejo), une femme mariée un temps à Ahmad (Ali Mosaffa), un Iranien qui, il y a quatre ans, est retourné vivre chez lui à Téhéran. Ce dernier revient aujourd'hui à Paris afin d'officialiser le divorce, histoire de permettre à Marie d'épouser Samir (Tahar Rahim), dont l'ancienne épouse végète dans un profond coma depuis au moins huit mois.

L'arrivée d'Ahmad dans le décor fera évidemment ressurgir des échos du passé, d'autant que l'homme sera appelé à servir de médiateur dans une relation conflictuelle entre son ancienne amoureuse et Lucie (Pauline Burlet), la fille adolescente de Marie.

«À partir du moment où l'histoire se déroule à l'étranger, il fallait trouver un pays dans lequel je me sens bien, explique le cinéaste. J'ai eu l'occasion de séjourner souvent en France, car la plupart de mes films ont été distribués là-bas. Et fort bien accueillis. Même si je ne maîtrise pas sa langue, je me sens quand même proche de ce peuple. Le fait de tourner un film dans un autre pays que le mien ne change strictement rien à mon approche, cela dit. Ma personnalité de cinéaste reste la même.»

S'il craignait au départ de ne pas avoir la possibilité de bien saisir l'esprit ou la culture du pays dans lequel il a tourné, Asghar Farhadi a été vite rassuré. Il a en effet eu l'occasion de se familiariser avec la vie quotidienne des Français pendant deux ans.

«Même si je devais converser avec les acteurs par le biais d'un interprète, mon expérience avec eux reste l'une des plus belles de ma carrière, estime le cinéaste. On ne communique pas seulement avec les mots. Et puis, j'ai passé des heures à marcher dans les rues de Paris, à m'arrêter à la terrasse d'un café simplement pour entendre les gens parler, les observer. Des gens de tous les milieux, de toutes les classes. Je voulais sentir le rythme de la langue, sa musicalité. La communauté iranienne de Paris m'a aussi beaucoup aidé. Il n'y a que les infos que les acteurs s'échangeaient entre eux qui m'ont échappé!»

Huit années désastreuses

Impossible de parler à un cinéaste iranien sans évoquer la situation des artistes en Iran. D'autant que leur situation n'était guère enviable sous la gouverne de l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad. Pensons seulement au sort du cinéaste Jafar Panahi, emprisonné pendant des mois. L'élection en juin 2013 d'un nouveau gouvernement, dirigé par Hassan Rohani, qu'on dit plus modéré, suscite-t-elle l'espoir d'un renouveau?

«Il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions à cet égard, déclare Asghar Farhadi. Une chose est certaine, ce nouveau gouvernement semble être bien meilleur que le précédent, lequel nous a fait vivre huit années désastreuses. Il y a quatre mois, je suis retourné vivre chez nous. Je travaille présentement à l'écriture de deux scénarios. L'un se déroule en Iran; l'autre dans un pays étranger. Je ne sais pas encore lequel sera mon prochain film.»

Le passé prend l'affiche le 31 janvier.




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