Un quasi-film d'horreur financier à Docville

Une scène du film Master of the Universe,... (Photo fournie par la production)

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Une scène du film Master of the Universe, présenté ce soir à 20h au cinéma Excentris.

Photo fournie par la production

Pour sa seconde séance mensuelle de 2014, la série Docville des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) présente Master of the Universe, long métrage allemand de Marc Bauder centré sur la confession glaçante d'un banquier d'investissement.

«Confession glaçante» est l'expression utilisée dans le communiqué de presse. Après avoir vu le film, on peut pratiquement parler d'un film d'horreur financier tellement les propos du protagoniste, un homme jamais nommé, mais qui a été un puissant financier de Francfort, donne à la fois le vertige et des hauts-le-coeur.

Campé dans les immenses locaux d'un édifice vide depuis six ans d'une grande banque allemande, l'homme parle de sa vie passée sur un ton pratiquement monocorde et absent de sentiment. À l'écouter parler de la philosophie des banques, il n'y a ni place pour les petits, ni pour les États, ni pour les canards économiques boiteux. Les banquiers d'investissement ont un seul dieu et il s'appelle Profit.

Revenant sur le scandale de Jérôme Kerviel, ce trader français jugé responsable d'une perte de près de 5 milliards d'euros à la Société générale de France, l'homme dit que la pression venant d'en haut est si forte qu'elle pousse à l'excès. «On vous dit qu'on doit faire des profits de 10 % supérieurs à l'année précédente, peu importe les moyens pris pour y arriver», lance-t-il.

Avant, on achetait et détenait des actions pour des mois, voire des années, ajoute-t-il plus loin. Aujourd'hui, le temps moyen est de 22 secondes!

Il évoque au passage comment le travail du banquier d'investissement module tout le reste : famille, amis, loisirs. D'abord, la loyauté est totale. On doit être prêt à donner sa vie pour son employeur. Quant aux liens avec le monde extérieur, ils s'estompent peu à peu. Lorsqu'on fait des millions de profits chaque jour (!!), parler hypothèque et changements de couches avec des amis d'enfance n'a plus de sens. «I don't need the outside world anymore», dit l'homme.

La production du film fait corps avec les propos. Jouant en ouverture, le Stabat Mater de Pergolèse revient en finale. Au coeur du film, une musique moderne et anxiogène au possible accompagne une direction photo froide, chirurgicale, glaciale. Tout est verre et acier. Dans l'édifice, les murs et l'ameublement blancs font écho à la neige qui tombe dehors.

Présenté en première canadienne ce soir à 20h au cinéma Excentris, Master of the Universe nous arrive couronné du Grand prix de la Semaine de la critique du festival de Locarno.




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