The Look of Silence: derrière l'horreur et la douleur, un peu d'espoir

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Dans The Look of Silence, on suit le parcours d'Adi, un ophtalmologiste qui, tout en exerçant son métier, questionne les bourreaux de son frère assassiné.

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En 2012, le cinéaste américain Joshua Oppenheimer a fait un tabac avec son documentaire The Act of Killing, dans lequel quelques bourreaux ayant participé au massacre d'entre 500 000 et 1 million de personnes en 1965 en Indonésie racontent, hilares, comment ils avaient commis leurs horribles gestes.

Dans le tout aussi percutant The Look of Silence, Oppenheimer revient sur cet événement sordide en plaçant sa caméra devant la famille d'une des victimes. Oppenheimer suit en effet le parcours d'un ophtalmologiste qui, tout en exerçant son métier, questionne les bourreaux de son frère assassiné.

Joint à Los Angeles, M. Oppenheimer explique que derrière toute cette horreur, il y a une lueur d'espoir.

L'idée de faire une suite à The Act of Killing vous est-elle venue durant le tournage? Aviez-vous un sentiment d'urgence à faire ce second volet?

Bien avant de faire The Act of Killing, j'avais eu l'idée de faire un film sur des victimes vivant entourées de leurs anciens bourreaux, sur le fait de vivre constamment dans la peur et qu'un tel climat ne pouvait leur permettre de panser leurs blessures. Cela dit, toute l'idée de faire deux films s'est imposée le jour où j'ai filmé deux anciens bourreaux racontant comment ils avaient commis leurs crimes. Il me fallait un film, The Act of Killing, sur les mensonges des coupables, ce qui leur permet de faire semblant de rien et un second, The Look of Silence, sur ce fait d'avoir à vivre entouré des bourreaux d'hier. Les deux films se complètent.

Avez-vous eu peur en tournant?

Durant les huit premiers mois de mon travail, je me suis entretenu seul à seul avec les coupables que je filmais. C'était trop dangereux de faire autrement. Puis, en janvier 2004, j'ai filmé cette scène avec deux anciens bourreaux et, à ma plus grande horreur, je me suis rendu compte qu'ensemble, ils allaient encore plus loin dans leurs descriptions!

Même si on ne voit pas d'actes sanglants dans le film, les descriptions des massacres sont pratiquement insoutenables. Avez-vous ressenti autant d'inconfort à tourner que nous à regarder?

Ici, l'impact est émotif. Et c'est pour cela que nous allons au cinéma; pour ressentir un tel impact émotif. À mon avis, ce qui est insoutenable n'est pas la description des atrocités commises mais ce ton fanfaron et complètement déplacé qu'emploient les anciens bourreaux pour décrire ce qu'ils ont commis.

Comment des gens peuvent-ils parler aussi calmement de tels gestes? Il nous semble ne pas avoir entendu cela chez les génocidaires de l'Holocauste, du Rwanda ou de l'URSS?

La différence entre les Indonésiens et ceux qui ont commis des atrocités ailleurs est qu'en règle générale, les génocidaires ont perdu le pouvoir. Mais pas en Indonésie. Les bourreaux qui ont perdu le pouvoir vont essayer de nier leurs gestes ou exprimer de la honte. En Indonésie, ils cultivent encore le sentiment d'être des vainqueurs.

Êtes-vous optimiste pour l'avenir en Indonésie?

Certainement. Même si ce sera un long combat. La sortie de The Act of Killing avait changé la façon dont les gens parlaient des massacres. Ils ont commencé à utiliser le mot génocide. Lorsque The Act of Killing s'est retrouvé en sélection aux Oscars [pour le meilleur documentaire], le bureau du président du pays a reconnu que les événements de 1965 constituaient un crime contre l'humanité et qu'il fallait une réconciliation. The Look of Silence est distribué dans le pays et il aide à nourrir le débat sur la vérité et la réconciliation. Le président a aussi dit qu'il présenterait ses excuses aux survivants et aux victimes dans son prochain discours sur l'État de l'union. Alors, je n'ai jamais été aussi optimiste. 

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À l'affiche le 24 juillet.

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