Vanessa Redgrave: dire et nommer les choses

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Vanessa Redgrave a remporté deux prix d'interprétation au Festival de Cannes (Morgan en 1966 et Isadora en 1969) et un Oscar (Julia en 1978). Sea Sorrow est son premier film à titre de réalisatrice.

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Ses parents étaient de célèbres acteurs. Sa soeur Lynn et son frère Colin exercent le même métier qu'elle, tout comme ses deux filles, Joely et Natasha Richardson (morte tragiquement en 2009). Lauréate de deux prix d'interprétation au Festival de Cannes (Morgan en 1966 et Isadora en 1969) et d'un Oscar (Julia en 1978), Vanessa Redgrave est aussi reconnue pour mettre sa notoriété au service de causes sociales. La légendaire actrice britannique s'amène au Festival du nouveau cinéma pour présenter Sea Sorrow, son tout premier film à titre de réalisatrice, mais surtout pour défendre les droits de la personne et dénoncer le traitement infligé aux demandeurs d'asile.

Le titre de son film est tiré d'un monologue de La tempête de Shakespeare, que livre admirablement Ralph Fiennes à la fin de ce film documentaire consacré au drame des migrants et des réfugiés. Depuis toujours, l'art et l'action sociale ont fait bon ménage chez Vanessa Redgrave. Lors d'une interview accordée à La Presse hier, la réalisatrice rejetait toutefois toute notion de militantisme.

«Depuis plus de 25 ans, je fais campagne pour les droits de la personne, dit-elle. "Activiste" est un mot qui m'a été attribué par la presse.»

La voici, maintenant octogénaire, à parcourir le monde avec son tout premier film à titre de réalisatrice. Au Festival de Cannes, où son long métrage a été présenté en séance spéciale, Vanessa Redgrave était même en lice pour la Caméra d'or, remise au meilleur premier long métrage, toutes sections confondues.

Grâce à Sea Sorrow, elle compte sensibiliser les gens au drame des demandeurs d'asile, dont plusieurs sont laissés sans protection malgré les traités signés par nos gouvernements. Dans son film, où elle s'adresse parfois directement au spectateur face à la caméra, elle s'intéresse particulièrement au sort d'enfants seuls qui sont retenus dans des camps, même s'ils ont déjà de la famille dans un pays d'accueil, le Royaume-Uni, en l'occurrence.

«Les lois sur les droits de la personne sont violées par les politiciens, s'insurge-t-elle. Qui obéissent aux impératifs financiers des grandes entreprises et qui font tout pour faire oublier les ententes qu'ils ont pourtant signées. Il y a quelques exceptions, bien sûr, mais les protections auxquelles les réfugiés devraient avoir accès ne sont pas honorées.»

Nous sommes responsables

Rappelant qu'une société qui ne protège pas les plus vulnérables met en péril sa propre humanité, l'actrice rappelle à quel point personne n'est à l'abri des démons de l'histoire.

«À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, on montrait du doigt les Juifs et on les dépeignait de façon horrible, même dans les dessins animés. Aujourd'hui, ce sont les musulmans qui, principalement, sont ostracisés. Je n'aime pas dire que l'histoire se répète. Je dis plutôt que nous répétons des crimes dont nous sommes tous responsables. Dire que l'histoire se répète est une façon d'en faire une fatalité et de se distancier d'elle comme si elle ne nous concernait pas.» 

«Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Nous violons les lois sur les droits de la personne, voilà. Nous!»

La comédienne applaudit la chancelière allemande Angela Merkel pour avoir accueilli l'an dernier des centaines de milliers de réfugiés pendant la crise des migrants. Elle a aussi de bons mots pour Justin Trudeau, car «il a l'air de faire de son mieux, même s'il subit beaucoup de pression».

La montée des courants d'extrême droite, et le message anti-immigration qu'ils véhiculent, poussent l'actrice à continuer son combat.

«Je fais ce que je peux pour venir en aide aux réfugiés et les accueillir. Ces gens ont tout pour enrichir nos sociétés. Sur le plan individuel, la meilleure façon de le faire reste encore de faire des dons aux fondations qui s'occupent d'eux. Et Dieu sait qu'elles ont besoin de cet argent.»

Du cinéma pour penser

Quand on lui demande si son film, dont le message est puissant, risque d'attirer principalement les sympathisants à la cause, la réalisatrice précise que cette notion de prêcher les convertis n'existe pas à ses yeux.

«Personne n'est converti pour toujours, y compris moi, dit-elle. Les gens ont bon coeur, mais certains d'entre eux se laissent influencer par des médias qui jettent de l'huile sur le feu. Notre but est de montrer la réalité. Le cinéma est un bon moyen d'atteindre les gens et de les informer. Surtout, le cinéma sert à faire penser, moi la première!»

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Sea Sorrow est présenté aujourd'hui, 17 h 15, au Quartier latin 10, en présence de la réalisatrice.




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