FFM: sublime Adjani

Isabelle Adjani est à Montréal afin d'accompagner la... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Isabelle Adjani est à Montréal afin d'accompagner la projection de son plus récent film, Carole Matthieu, au Festival des films du monde. Elle compte étirer son séjour dans la métropole afin d'être avec son fils, qui tourne ici un vidéoclip.

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Mario Girard
La Presse

J'écoutais Isabelle Adjani parler du film Carole Matthieu qu'elle est venue présenter au FFM, samedi soir, et je tentais de voir en elle la star glaciale, distante et capricieuse que la presse française aime dépeindre. J'ai eu beau chercher cette image, je ne l'ai pas trouvée. J'ai eu beau chercher également la «control freak» qui tient mordicus à protéger son image, je ne l'ai pas trouvée non plus.

Plus tôt dans la journée, elle s'est prêtée de bonne grâce à une séance de photos avec mon collègue Robert Skinner. Oui, bien sûr, elle a tenu à jeter un coup d'oeil au résultat et à rejeter avec le photographe celles qui étaient jugées moins bonnes. Robert a surtout retenu qu'il a eu devant lui une femme généreuse, disponible, qui n'a pas hésité à suggérer des poses en fonction de la lumière. Car avec une cinquantaine de films à son actif, la lumière n'a plus de secret pour l'interprète de Camille Claudel, La reine Margot, L'été meurtrier, Possession et L'histoire d'Adèle H.

Au cours de cet entretien qui s'est déroulé en compagnie du réalisateur Louis-Julien Petit, j'ai découvert une actrice sérieuse et passionnée qui, à cette étape de sa prodigieuse carrière, démarre des projets cinématographiques avec des réalisateurs qu'elle prend soin de choisir.

C'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec ce film qui raconte l'histoire bouleversante d'un médecin du travail qui consacre toute son énergie à défendre des travailleurs exploités d'un centre d'appel. Un meurtre et un suicide donneront le coup de départ à ce passionnant thriller. La tension monte au fur et à mesure que s'engage un bras de fer entre les dirigeants de l'entreprise, la police et le personnage de Carole Matthieu, un rôle taillé sur mesure pour Adjani. Qu'on se le dise: Adjani demeure sublime.

Tirée du roman Les visages écrasés de Marin Ledun, cette histoire a bouleversé l'actrice. Elle et une productrice ont décidé d'en parler à Louis-Julien Petit. «Il y a des gens qui sont très proactifs dans ce domaine, moi, j'ai plutôt un tempérament réservé, explique Isabelle Adjani. Mais en même temps, quand j'ai une révélation, j'agis. Mais il faut vraiment que ça soit à ce niveau. J'avais fait cela avec Camille Claudel. Ça ne m'arrive pas souvent, mais j'avoue que c'est un sentiment que j'adore. C'est très porteur. On ne se fatigue jamais. Plus on avance dans le projet et plus on trouve des ressources. Ce film m'a donné une énergie incroyable. Je crois qu'il faut que je travaille toujours comme ça», ajoute-t-elle en souriant.

Isabelle Adjani a beaucoup aimé son expérience sur le plateau de ce film dont le tournage s'est déroulé dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie en novembre et en décembre derniers. Elle a apprécié l'absence de hiérarchie propre à Louis-Julien Petit, un cinéaste qui signe ce long métrage avec une maîtrise absolue. Une grande complicité semble unir ce nouveau tandem du cinéma français.

«La première journée de tournage, après le premier plan, Isabelle et moi, on s'est regardés et on a su que ça allait marcher. C'est à ce moment-là que tout se joue.»

Je raconte à Isabelle Adjani que la veille, Willem Dafoe m'avait dit que le choix du réalisateur était la chose la plus importante pour un acteur. Elle est totalement d'accord avec son confrère. «Les vieux de la vieille disaient souvent que les trois choses qui comptaient le plus étaient le scénario, le scénario et le scénario. C'est révolu, ça. Avec un bon metteur en scène, tu ne peux prendre la mauvaise route, alors qu'un bon scénario qui se retrouve entre les mains d'un mauvais metteur en scène peut te faire prendre le mauvais chemin. Je trouve, par ailleurs, qu'il y a de moins en moins de metteurs en scène qui savent diriger. Les acteurs ont besoin d'être dirigés. Louis-Julien a un sens musical. Il sait diriger sa partition.»

Isabelle Adjani a tout à fait raison d'utiliser le terme metteur en scène plutôt que celui de réalisateur pour parler de Louis-Julien Petit. Sa manière de diriger les acteurs et de composer chacune des scènes du film relève d'une forme de théâtralité. «Cela vient avec l'écoute et la générosité de l'acteur», tient à préciser Petit.

Ce dernier n'a pas manqué de culot pour la scène d'introduction du film. Paf! Le spectateur est confronté à un gros plan d'une Adjani défigurée. Il a l'une des plus belles actrices au monde et qu'est-ce qu'il fait ? Il lui fait un oeil au beurre noir et une coupure sur la joue. Adjani et Petit éclatent de rire. « Je voulais d'abord une qualité d'écoute, dit Louis-Julien Petit. L'autre soir, à la projection, un ami m'a dit qu'on aurait pu entendre une mouche voler. C'est ça que je voulais atteindre. » Adjani s'empresse d'ajouter: «Tu oublies de dire que ta première volonté était de me faire oublier. Tu voulais que le spectateur voie d'abord Carole Matthieu et non pas Isabelle Adjani.»

Le film Carole Matthieu porte sur l'incroyable pression que vivent les employés dans des lieux de travail comme un centre d'appel. À un moment donné, un directeur de section dont le mandat est de «stimuler» les membres de son équipe criera: «Vous êtes des putains de fucking vendeurs.» Dans cet univers où la performance n'a plus de limites, tout le monde est victime. Carole Matthieu aussi.

Le propos central du film tient peut-être dans les mots qu'un employé qui plonge dans la dépression dit à Carole Matthieu lors d'une consultation. En larmes, il lui confie: «Aujourd'hui, personne ne m'a regardé.» Les yeux d'Isabelle Adjani s'embuent pour la troisième fois de l'entretien. «Oui, c'est triste, dit-elle. Il apparaît dans un groupe et on ne le voit plus. Un être unique est devenu un concept qui est passé à la trappe aujourd'hui.»

Louis-Julien Petit rêvait de tourner avec Isabelle Adjani depuis longtemps. Il y a eu un rendez-vous raté lors de son premier film Discount. Carole Matthieu scelle une solide union cinématographique.

«Hier, il m'a dit que c'était à moi de trouver le prochain sujet de film que je voulais faire avec lui. N'est-ce pas merveilleux ? dit Isabelle Adjani en riant. Je remarque qu'aux États-Unis, les grandes actrices comme Meryl Streep ont des maisons de production et cherchent sans cesse des sujets pour un projet de film. Ce sont des femmes d'action. Les actrices françaises sont beaucoup plus dilettantes. Ce phénomène commence à apparaître.» 

«Ce qui est fascinant, c'est que lorsque tu regardes les rôles pour lesquels les actrices américaines se retrouvent en nomination pour un Oscar, bien souvent, il s'agit d'un projet qu'elles ont initié.»

Celle qui a gagné cinq fois le César de la meilleure actrice travaille en douce à un projet de film sur la peintre française Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo. Mais elle ne semble pas du tout pressée de le faire. Je lui fais remarquer que seulement deux ans séparent son avant-dernier film et Carole Matthieu, mais que les gens ont parlé en France du «retour» d'Isabelle Adjani.

«Eh oui, chaque fois que je fais un film, on parle de mon retour. Je suis devenue L'éternel retour de Cocteau. Au début, j'expliquais que c'est devenu mon rythme. Et là, j'ai laissé tomber. La presse française m'en veut un peu de prendre autant de temps. Oui, c'est possible d'assurer une plus grande cadence si on ne pense qu'à soi. Les actrices sont des femmes avec des problèmes de couple, avec des obligations familiales. On oublie ça.»

Parlant de rôle de mère, Isabelle Adjani a décidé de rester quelques jours à Montréal en compagnie de son fils Gabriel Kayne Day-Lewis (qu'elle a eu avec l'acteur Daniel Day-Lewis). Le jeune homme de 21 ans est musicien et a décidé de tourner son prochain clip dans la métropole avec un ami réalisateur. «Je vais en profiter pour me balader et aller fureter sur les lieux de leurs tournages», dit-elle, les yeux remplis d'admiration.

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