FFM: les directeurs de festivals veulent passer à autre chose

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Ségolène Roederer, directrice de Québec Cinéma, organisme regroupant les Jutra et les Rendez-vous du cinéma québécois.

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Les récentes intentions exprimées pour donner un énième souffle au Festival des films du monde (FFM) n'emballent pas du tout les directeurs des autres grands événements cinématographiques. Pour eux, le temps est venu de se concentrer sur les festivals qui vont bien.

Deux d'entre eux affirment même qu'un grand festival de cinéma généraliste dans la métropole n'est plus viable.

«Un grand festival généraliste à rayonnement international, comme Montréal en a connu [avec le FFM] dans les années 80, est le créneau que détient maintenant le festival de Toronto, dit Pierre Corbeil, de Fantasia. En ce sens, il est illusoire de penser qu'on peut recommencer une telle chose. De vouloir se lancer là-dedans va, à mon avis, créer des conditions malsaines pour les festivals en place et qui réussissent bien.»

Au Festival du nouveau cinéma (FNC), le directeur général Nicolas Girard Deltruc estime qu'il n'y a plus de place, dans le calendrier des grands festivals internationaux, pour se faufiler entre la Mostra de Venise et Toronto (TIFF).

«Le débat est ailleurs et il faut qu'on arrête de renouveler l'histoire constamment, surtout quand on a été confronté à des tentatives qui ont été des échecs énormes.»

M. Girard Deltruc ajoute qu'il ne faut pas y voir ici une vendetta personnelle contre le FFM et son fondateur Serge Losique. Simplement, la logique parle d'elle-même. «Où est l'espace entre ces deux événements? On fait face à deux bulldozers.»

Il estime aussi que les festivals de cinéma doivent se réinventer en fonction des nouvelles façons de consommer le 7e art. «Il faut regarder où s'en va le cinéma. Pour nous, c'est l'image en mouvement, peu importe le support avec lequel cette image est présentée. Le but d'une oeuvre est qu'elle soit partagée et vue, parfois dans de grandes salles et parfois dans de très petites. Il faut évoluer avec l'industrie.»

Vent de changement

Depuis deux ans, le FFM a été abandonné par les institutions publiques, qui ne le financent plus. Signe que la confiance en l'événement est au plus bas. Mais d'autres signes envoyés par le milieu montrent qu'il y a encore de l'intérêt. Ainsi, le soir de l'ouverture de la 39e édition, le 27 août dernier, le maire de Montréal est arrivé en compagnie du président fondateur Serge Losique et a déclaré que tous deux se parleraient à la suite du festival. Le maire a toutefois été très clair: il demande des changements majeurs dans l'organisation en vue du 40e anniversaire, en 2016.

Toujours le 27 août, La Presse a rapporté que les grands patrons du Festival Juste pour rire (Gilbert Rozon) et Groupe V Média (Maxime Rémillard) ont exprimé leur intérêt par rapport à une reprise de l'événement. «Je serais disposé à apporter ma contribution si l'on veut de moi et si les conditions sont réunies. Je serais prêt à l'envisager sérieusement, mais il faut que M. Losique le souhaite», a alors déclaré Gilbert Rozon.

Au festival Cinemania et aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), on se garde de réclamer la fin du FFM ou d'un grand festival généraliste. Mais les directeurs des deux événements rejoignent ceux de Fantasia et du FNC en affirmant qu'il faut miser sur les festivals de niche qui connaissent du succès.

«Actuellement, à Montréal, le plus important est de se concentrer sur le travail des festivals qui existent depuis longtemps. Nous avons déjà beaucoup de festivals, chacun avec sa spécificité, ce qui leur donne d'immenses richesses. Concentrons-nous sur les forces vives déjà à l'oeuvre», affirme Guilhem Caillard, directeur général de Cinemania.

Aux RIDM, la directrice générale Mara Gourd-Mercado indique: «Montréal possède un écosystème des festivals qui fonctionne bien. Le public est au rendez-vous. Les festivals de niche ont des lignes de programmation fortes. Nous ne sommes donc pas le TIFF, auquel il faut arrêter de se comparer. Il est étrange qu'en période de compressions, au lieu de solidifier ces festivals qui fonctionnent bien, mais sont fragilisés, on essaie de reproduire quelque chose, de ramener quelque chose qui n'existe plus.»

Un comité bienvenu

Tous ces directeurs saluent la décision du maire Coderre de créer un comité sur l'industrie du cinéma et de la télévision à Montréal. L'annonce en a été faite le 2 septembre dernier alors que les finalistes du 30e gala des prix Gémeaux étaient reçus à l'hôtel de ville.

«Ce comité sera représentatif des forces vives de notre industrie, a souligné M. Coderre. Je compte y voir des experts réunis pour propulser ce potentiel unique.»

Ségolène Roederer, directrice de Québec Cinéma, organisme regroupant les Jutra et les Rendez-vous du cinéma québécois, ne souhaite pas embarquer dans le débat «FFM, pas de FFM». Mais elle salue l'initiative du maire et entend participer vivement à la réflexion.

«On doit partir du fait que Montréal est une ville de cinéma et faire le constat des talents que nous avons, que ce soit chez les artisans, les techniciens, dans les effets spéciaux, dans nos grandes capacités à accueillir des tournages étrangers, etc. De là, définissons nos forces, nos besoins, nos spécificités, nos aspirations, le tout dans un contexte où l'on pense à demain», soutient-elle.

Le maire Coderre a décliné l'invitation de La Presse à commenter ces propos. Il a toutefois laissé savoir, la semaine dernière, que la rencontre avec Serge Losique n'avait pas encore eu lieu et qu'il attendait après la tenue du gala des Gémeaux (qui a eu lieu dimanche dernier) pour préciser la composition et les détails du mandat du futur comité.

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