Le Happy End pas si happy de Haneke

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Happy End de Michael Haneke raconte la saga d'une famille de Calais.

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Flottant au milieu du divan beige, trop menu pour l'immense réputation qui le précède, Michael Haneke recevait la presse, hier matin. Flanqué d'un interprète montréalais, le cinéaste autrichien de 75 ans, aux cheveux tout blancs, était au TIFF pour Happy End, qui sort cinq ans après Amour, qui lui a valu l'Oscar du meilleur film étranger.

Happy End, contrairement à son titre, n'est pas si happy, comme le Funny Games de Haneke n'était pas si funny.

Cette fois, Haneke nous raconte la saga d'une famille de Calais, en France, avec Isabelle Huppert dans le rôle d'Anne Laurent, femme forte et fille d'un entrepreneur amer et atteint de démence - Jean-Louis Trintignant -, qui rêve d'en finir avec la vie, soeur de Pierre Laurent (Mathieu Kassovitz) et mère trop protectrice d'un adulescent et fils raté.

Avant de commencer l'entrevue, il fallait mettre une chose au clair: est-ce que Haneke avait bel et bien invité notre Antoine Bertrand national en audition pour le rôle du fils d'Isabelle Huppert, audition que le Québécois a, au demeurant, déclinée?

«Absolument, a répondu le cinéaste à la première partie de la question. Parce qu'au début, je voulais que le fils soit gros. J'ai vu des dizaines d'acteurs de forte taille en audition, mais finalement, mon idée ne marchait pas, et j'ai pris une autre direction.»

L'autre direction est l'acteur (et chorégraphe) allemand Franz Rogowski, qui est mince et musclé, et qui campe avec brio le fils révolté et dénué de talent.

Un peu comme avec le film Caché, la technologie et les médias jouent ici un rôle prépondérant. Le premier plan qui dure une éternité est vu à travers l'écran de l'iPhone d'Ève, 12 ans, la benjamine du clan et une eau dormante qui en surprend plusieurs en se réveillant. Michael Haneke qui, de son propre aveu, ne connaît rien aux réseaux sociaux, s'est néanmoins abonné à Facebook et à Snapchat. «C'était pour la recherche. Je me suis empressé de me débrancher après, mais ce qui m'a le plus sidéré, c'est pourquoi les gens affichent toutes ces banalités de leur quotidien sur les réseaux sociaux. Je ne comprends vraiment pas.»

Michael Haneke dit qu'il ne comprend pas, mais en voyant son film, une critique féroce et formidable de l'époque, on se dit qu'il a compris plus qu'il ne l'avoue. La suite de l'entrevue à la sortie du film, en janvier.

L'ancienne joueuse de tennis Billie Jean King a assisté... (Photo Christopher Katsarov, La presse canadienne ) - image 2.0

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L'ancienne joueuse de tennis Billie Jean King a assisté à la présentation du film Battle of the Sexes, dimanche dernier, à Toronto.

Photo Christopher Katsarov, La presse canadienne 

Billie Jean, c'est la meilleure

Imaginez une seconde un match de tennis, un vrai, entre un clown macho de 55 ans et une jolie trentenaire brune à grosses lunettes. Mieux encore: imaginez maintenant que la trentenaire, qualifiée par le macho de faible femme qui devrait s'en tenir à la cuisine et à la chambre à coucher, remporte le match contre le macho. Cela n'est pas une fable, mais l'issue d'un match épique qui a eu lieu le 20 septembre 1973 et ayant opposé la championne Billie Jean King à Bobby Riggs, ex-champion de tennis lui-même. Le match vu par 90 millions de téléspectateurs portait le même titre que le film présenté au TIFF: Battle of the Sexes.

Sur papier, ce film avait tout pour réussir: d'abord un duo d'acteurs du tonnerre: Emma Stone, dans le rôle de Billie Jean King, et Steve Carell, dans celui du macho, les deux radicalement transformés au point de ressembler comme deux gouttes d'eau aux vrais protagonistes de l'histoire. Ajoutez à cela le couple de réalisateurs - Valerie Faris et Jonathan Dayton - à qui on doit le merveilleux Little Miss Sunshine, accompagné par le scénariste de Slumdog Millionaire, Simon Beaufoy, et une performance rigolote de Sarah Silverman dans le rôle de l'agent de Billie Jean King.

Le film avait tout pour réussir et, sans être une grande oeuvre, il atteint son but, devrait connaître une belle carrière et probablement une sélection aux Oscars, ne serait-ce que parce que cette histoire d'une autre époque nous permet de mesurer à quel point le sexisme était répandu et ordinaire dans les années 70, et à quel point les choses ont changé... mais pas tant que ça. Par exemple, l'inégalité salariale dont étaient victimes des joueuses de tennis, payées huit fois moins cher que les hommes, se vérifie encore aujourd'hui dans plusieurs sphères de la société, y compris chez les actrices de Hollywood. Quant au sexisme proféré dans le film avec un sans-gêne par les annonceurs, les commanditaires et le grand patron de la fédération de tennis, il est édifiant. Difficile de croire que de tels propos ont pu avoir cours aussi ouvertement. Et pourtant, Billie Jean King, maintenant âgée de 73 ans, était à la première du film pour en témoigner.

«Ce n'était pas une question d'être meilleure ou moins bonne que les hommes, mais une question de respect. Au tennis, les femmes sont aussi divertissantes que les hommes et vendent autant de billets. Elles méritaient et méritent d'être payées équitablement», affirme Billie Jean King, ex-joueuse de tennis, revenant sur le match qui a inspiré le film Battle of the Sexes.

En même temps, Battle of the Sexes est plus qu'un film sur le droit à l'égalité. C'est aussi un film sur le droit à la différence qui s'attarde sur l'histoire d'amour de Billie Jean King avec les femmes. Mariée à Larry King (pas l'intervieweur) de 1965 à 1987, Billie Jean est finalement sortie du placard après moult atermoiements à la fin des années 80, et vit encore avec son amoureuse, incarnée dans le film par Andrea Riseborough. Comme quoi il y a de l'espoir malgré tout.

Jason Clarke incarne Ted Kennedy dans Chappaquiddick.... (Photo fournie par le TIFF) - image 3.0

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Jason Clarke incarne Ted Kennedy dans Chappaquiddick.

Photo fournie par le TIFF

J'accuse Ted Kennedy

Pour bien des gens, le nom de Chappaquiddick ne veut pas dire grand-chose, mais pour ceux qui sont familiers avec les déboires et tragédies du clan Kennedy, Chappaquiddick - une île près de Martha's Vineyard - est un drame, un scandale et une tache indélébile à la réputation de Ted Kennedy. L'affaire remonte au 18 juillet 1969, deux jours avant que l'homme marche sur la Lune. Ce soir-là, Ted Kennedy avait réuni dans un chalet loué à Chappaquiddick un petit groupe d'aides de camp pour sa future campagne à la présidence. Parmi eux, la stratège de feu Bobby Kennedy, Mary Jo Kopechne. Voulant la convaincre de travailler pour lui alors que cette dernière n'était pas encore remise de la mort de Bobby, Kennedy l'emmène en balade dans son Oldsmobile. Le sénateur est saoul, conduit de manière erratique et, prenant une mauvaise sortie de route, se retrouve sur un petit pont sans garde-fou. L'Oldsmobile tombe à l'eau. Kennedy réussit à s'extirper de la bagnole, mais, ivre et en état de choc, oublie de porter secours à Mary Jo, qui meurt noyée. Paniqué, Kennedy fait un délit de fuite et ne se livre à la police que le lendemain.

Le film tout simplement intitulé Chappaquiddick est réalisé par John Curran, avec l'Australien Jason Clarke dans le rôle de Kennedy et Kate Mara dans celui de Mary Joe Kopechne. Étonnamment, le film est bien meilleur que sa bande-annonce ne le laisse deviner. Musique, jeux de caméras superbement chorégraphiés, acteurs impeccables, le film est captivant. Mais le plus intéressant, c'est le portrait peu flatteur que les scénaristes Taylor Allen et Andrew Logan ont réservé à Ted Kennedy, campé dans le film comme un enfant gâté et un irresponsable, écrasé par son père et par l'ombre de ses célèbres frères. Or, malgré les failles évidentes de son caractère et sa responsabilité dans la mort de Mary Jo, Kennedy s'en est tiré à bon compte, avec une simple accusation de délit de fuite.

En juillet 1969, grâce à la complicité des autorités qui ne voulaient pas incriminer un Kennedy, justice n'a pas été rendue. Ce film a le mérite de le faire un demi-siècle plus tard.




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