Angelina Jolie enchante Toronto en racontant les horreurs de la guerre

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Angelina Jolie

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(Toronto) Habituellement, les stars invitées au TIFF font trois petits tours et puis s'en vont. Pas Angelina Jolie. Depuis deux jours, elle semble être partout à la fois. D'abord, dimanche soir sur le tapis rouge en pyjama blanc vaporeux avec cinq de ses six enfants pour la première d'un film d'animation - The Breadwinner -  qu'elle a coproduit avec le Canada, puis, quelques heures plus tard, sur scène en conversation publique avec un des organisateurs du TIFF.

Hier pendant la journée, on pouvait voir et entendre Angelina Jolie aux côtés de Justin Trudeau à la conférence Women of the World. Et en début de soirée, elle quittait Justin Trudeau pour le TIFF, où elle présentait en grande première canadienne son quatrième long métrage, First They Killed My Father D'abord ils ont tué mon père -, d'après les mémoires de son amie cambodgienne Loung Ung. Pour l'occasion, Angelina avait troqué son pyjama blanc pour une robe fourreau noire, une tenue tout à fait de circonstance pour un film sombre et glauque sur l'enfer moral et physique imposé par les Khmers rouges aux Cambodgiens.

La salle du magnifique Princess of Wales Theater, qui compte 2000 places, était remplie au maximum de sa capacité surtout par des fans de l'actrice américaine qui seraient allés voir n'importe quel film portant sa signature pour autant qu'elle se pointe sur scène. Ce qu'Angelina s'est empressée de faire, et deux fois plutôt qu'une.

L'ironie de la chose, c'est que le film est produit par Netflix, se déroule uniquement en cambodgien avec sous-titres, ne compte pas une seule vedette et ne sortira jamais en salle. 

Or, il y a fort à parier que peu de gens présents hier soir à la première auraient regardé le film sur Netflix. Et si oui, certainement pas jusqu'à la fin. Parce que le film est long, interminable et pénible dans son insistance à nous montrer à quel point les Khmers rouges étaient des bêtes sanguinaires. Ce qui est vrai, sauf que deux heures de bêtes sanguinaires en temps écran, c'est long longtemps.

Tout est raconté à travers les yeux de la petite Loung, une gamine de 7 ans de famille aisée, qui sera déportée avec toute sa famille vers les camps de travail, autant dire des camps de sévices, d'humiliation et d'indignité humaine. Par moments, le film fait penser au Rebelle de Kim Nguyen, à la différence que Nguyen se servait du prétexte des enfants soldats pour raconter une histoire plus vaste et plus universelle sur la résilience. Angelina Jolie voulait elle aussi raconter la résilience du peuple cambodgien, mais elle s'est enlisée dans les horreurs de la guerre, et ses moments de grâce, car il y en a, sont malheureusement trop courts.

Avant la projection, Angelina s'est avancée sur scène pour préciser qu'elle avait d'abord fait ce film pour le Cambodge et les Cambodgiens. Et effectivement, les Cambodgiens qui ont connu les horreurs du régime des Khmers rouges vont à la fois se reconnaître et apprécier qu'on s'intéresse à cette période sombre de leur histoire. Grâce à Angelina, Netflix pourrait bien faire le plein de nouveaux abonnés au Cambodge. Mais ailleurs, notamment chez nous ou aux États-Unis, je doute qu'il y ait des millions d'abonnés qui aient envie de se faire une petite soirée Netflix avec ce film-là. Mais peu importe. Angelina Jolie semblait fière de son film, qu'elle a dit avoir aussi fait pour Maddox, son fils adoptif cambodgien.

Reste à voir si Maddox aura la patience ou même l'envie de voir le film de sa célèbre mère. C'est loin d'être assuré.

Sally Hawkins et Octavia Spencer dans The Shape... (PHOTO FOURNIE PAR FOX SEARCHLIGHT PICTURES, ASSOCIATED PRESS) - image 2.0

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Sally Hawkins et Octavia Spencer dans The Shape of Water

PHOTO FOURNIE PAR FOX SEARCHLIGHT PICTURES, ASSOCIATED PRESS

Le monstre magnifique de Del Toro

Hier matin, une grosse heure avant le début de la projection, la salle 3 du Cinéma Scotia était pleine. Pas un seul siège de libre pour voir le Lion d'or de Venise et sans doute le plus beau film du mexicain Guillermo del Toro: The Shape of Water avec Sally Hawkins, déjà promise à un Oscar, entourée de la sublime Octavia Spencer et de Michael Shannon. Hawkins incarne une jeune femme de ménage esseulée qui travaille dans un centre de recherche scientifique mené par un horrible macho dictateur. Ce dernier fait des tests sur un monstre amphibie mi-dieu grec, mi-E.T. tenu en captivité et dont la femme de ménage va tomber éperdument amoureuse.

Enfin, ça, c'est une partie de cette histoire complètement folle sur un thème assez simple : la différence.

Sur papier, le film semble parfaitement insensé, mais les films de Guillermo del Toro, notamment Le Labyrinthe de Pan, sont souvent des fables insensées et délicieusement déjantées. The Shape of Water ne fait pas exception, à la différence que le film semble plus accessible que les autres films du cinéaste, plus maîtrisé aussi, comme en témoignent son Lion d'or ainsi que l'accueil enthousiaste des médias à Toronto.

Arrivé de Venise quelques heures plus tôt, del Toro s'est pointé à la conférence de presse avec plus d'une demi-douzaine d'acteurs ainsi que son scénariste. L'oeil bleu, la mine joviale et le ventre proéminent, le cinéaste mexicain a raconté avoir mis trois longues années à dessiner et à peaufiner le monstre du film en s'inspirant de gravures japonaises de carpes noires et de salamandres, mais aussi de champions nageurs et de Johnny Weissmuller, l'acteur de Tarzan.

Son projet de départ était de faire un film d'amour gothique entre une fille un peu moche et un monstre qui ne la juge pas et l'aime avec les yeux du coeur. Or, lorsqu'il est allé présenter son projet à l'américaine FoxSearchlight, il a tout de suite eu le feu vert. «Et une carte blanche pour faire ce que je voulais, sans restriction aucune, sauf le noir et blanc que j'ai été obligé d'abandonner. Pour le reste, j'ai eu avec ce studio les meilleures relations de toute ma carrière», a-t-il raconté.

Guillermo del Toro ne s'est jamais gêné pour dire du mal de Donald Trump et de son foutu mur entre le Mexique et les États-Unis. Pour lui, les frontières n'ont aucune importance et ne devraient pas exister. «Tout ce qui compte, ce sont les racines et la culture d'où l'on vient. Moi, c'est clair que mes films n'ont pas été réalisés par un Français ou un Suédois, mais par un fou de Mexicain.» On ne pourrait être plus d'accord avec lui: un Mexicain fou peut-être, mais affreusement talentueux.




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