TIFF: Emma Stone, à l'écran comme dans la vie

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Certains détails ne mentent pas. L'hôtel où une production choisit de loger un acteur en dit long sur le pouvoir et le prestige de ce dernier. Pour Emma Stone et Ryan Gosling, les deux vedettes de La La Land, c'est le Ritz-Carlton ou rien.

Et hier, c'est au neuvième étage du Ritz que le séduisant Ryan Gosling et la belle et grande Emma Stone, qui, en talons hauts, mesure facilement six pieds, se faisaient attendre. La veille, les deux avaient assisté à la première nord-américaine de La La Land au Prince of Wales Theatre sans que la direction du TIFF insiste trop sur le prix d'interprétation féminine remporté par Emma à Venise, où le film a été lancé. Les gens du TIFF préfèrent parfois oublier que le festival de Venise existe et qu'il lui vole trop de primeurs. Reste que La La Land, une comédie musicale inspirée ou du moins infusée de l'esprit des Parapluies de Cherbourg et réalisée par Damien Chazelle, le jeune réalisateur qui fit sensation dernièrement avec Whiplash, est un des favoris du TIFF.

Emma Stone y incarne Mia Dolan, une jeune actrice qui tente de percer à Hollywood (aussi connu sous le nom de La La Land) et qui devra finir par choisir entre l'amour et la carrière. Ryan Gosling, lui, y interprète un pianiste et puriste du jazz qui, à sa manière aussi, choisit de sacrifier l'amour d'une femme pour son amour du jazz.

Fraîche, pimpante et aussi longue qu'une liane dans sa robe-pantalon à rayures noires, blanches et prune, Emma Stone est arrivée à la rencontre de presse avec le même regard clair, le même teint de porcelaine, la même voix rauque et le même naturel désarmant qu'elle déploie à l'écran. Avec elle, ce qu'on voit au cinéma ne se dissout pas dans la vraie vie. Tout le contraire.

Enchantée de son prix remporté à Venise, elle a raconté que ses trois derniers projets - sa prestation sur Broadway dans Cabaret, son rôle dans La La Land et bientôt dans Battle of the Sexes, où elle incarne la joueuse de tennis Billie Jean King - avaient été des expériences de pur bonheur. Une façon de dire qu'elle est au sommet de sa forme et surtout au sommet d'une carrière stellaire qui a vraiment pris son envol en 2010 avec le film Easy A (budget de 8 millions, box-office de 125 millions).

Autrement dit, Emma Stone est l'antithèse de son personnage, une aspirante actrice, serveuse dans un café, qui en arrache et rate audition après audition. Sauf que l'actrice connaît la chanson. Après avoir découvert l'impro au secondaire, elle a décidé à 15 ans qu'il fallait qu'elle entreprenne une carrière et a persuadé sa mère de quitter l'Arizona et de déménager à Los Angeles avec elle. 

«Je sais, c'est complètement fou, a-t-elle raconté à la tablée de journalistes, mais mon père était totalement d'accord. Mes parents ont tous les deux perdu des êtres chers subitement. Pour eux, c'était important de saisir les occasions quand elles se présentaient et de ne pas perdre de temps pour réaliser ses rêves.»

«J'avais joué dans une quinzaine de pièces. Ils savaient que je voulais à tout prix être actrice, alors ils m'ont appuyée moralement et financièrement. Je leur en serai éternellement reconnaissante.»

Les premiers temps à Los Angeles n'ont pas été faciles. Emma Stone a passé en vain plusieurs auditions, jusqu'au jour où on ne l'a plus appelée. «Ce qui est encore pire!», s'est-elle écriée.

Damien Chazelle s'est d'ailleurs inspiré d'une expérience qu'Emma a vraiment vécue dans la scène où Mia reçoit un callback. Tout excitée à l'idée d'avoir peut-être une chance d'obtenir le rôle, elle a à peine le temps d'entamer une réplique qu'elle est interrompue par l'agente de casting et renvoyée chez elle comme une galeuse. 

Lors d'une autre audition, alors que Mia, emportée par l'émotion, pleure à chaudes larmes, la directrice de casting répond à un appel et se commande un sandwich. Or cette humiliation, ce n'est pas Emma Stone qui l'a subie, mais Ryan Gosling à ses débuts: «C'était une scène très émotive. J'avais passé la nuit à la répéter, j'étais dedans, j'avais les larmes aux yeux et là, tout à coup, le portable qui sonne et la dame qui se commande un sandwich. Je n'ai pas reçu de callback, mais j'attends toujours», a lancé Gosling avec humour.

La La Land est le troisième film dans lequel Emma Stone et Ryan Gosling jouent ensemble et leur chimie est palpable à l'écran. Quant au résultat, c'est clair que La La Land réinvente, sinon dépoussière, la comédie musicale hollywoodienne. Les couleurs y sont éclatantes, la musique, entraînante, les deux amoureux, attachants et le happy end, pas si heureux que ça, comme dans la vraie vie, au fond.

Ryan en cavale, Denis en prison

Retenu à Budapest, où il tourne la suite de Blade Runner, Denis Villeneuve n'a pu assister à la soirée gala d'Arrival, son dernier-né, accueilli chaleureusement par les festivaliers lundi soir. Il a par contre envoyé une lettre, lue à voix haute par le directeur Piers Handling: «Ryan Gosling m'a enfermé dans ma chambre d'hôtel à Budapest et a avalé la clé. C'est de sa faute si je ne suis pas avec vous.» La salle a éclaté de rire. 

Ryan Gosling a bien ri, lui aussi. Mais le lendemain, à quelques heures de reprendre l'avion pour Budapest pour le tournage de Blade Runner, où il tient le premier rôle, son enthousiasme était palpable. «Je suis complètement renversé par le travail de Denis Villeneuve sur Blade Runner. Ce que lui et Roger Deakins, le directeur photo, ont réussi à recréer est phénoménal. Les regarder aller, c'est comme assister à une classe de maître tous les jours.» Jamais vu un geôlier avaleur de clés faire autant de compliments.

Ceux qui font des films trop longs

Hier soir, c'était la grande première de Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau, un film post-printemps érable sur la radicalisation, de Mathieu Denis et de Simon Lavoie. Qualifié de trésor caché du TIFF par Piers Handling lui-même, le film de trois heures et des poussières a fini trop tard pour que j'en rende compte aujourd'hui. Ceux qui font des films trop longs, projetés trop tard, creusent non pas les tombeaux, mais les cernes des journalistes. On s'en reparle demain.

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