TIFF: Jackie comme on ne l'a jamais vue

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On raconte toujours l'assassinat du président Kennedy avec Jackie assise à ses côtés dans la limousine présidentielle avec son tailleur rose maculé de sang. Mais on pourrait aussi inverser la proposition et dire plutôt que c'est le président qui était assis à côté de Jackie quand il a été criblé de balles.

C'est exactement ce que le réalisateur chilien Pablo Larraín a choisi comme point de départ lorsque le cinéaste et producteur Darren Aronofsky lui a proposé de réaliser un biopic sur Jacqueline Kennedy. Pas tant sur la vie de Jackie que sur le jour et la semaine qui ont suivi l'assassinat de son mari. Une commande prestigieuse, mais pas évidente pour un cinéaste né à Santiago, au Chili, en 1976. Qu'à cela ne tienne. Larraín, qui était en train de terminer un biopic sur le poète Pablo Neruda (également présenté au TIFF), ne pouvait refuser une telle offre. Il s'est mis à étudier sérieusement le cas Jackie tout en consultant sa mère pour comprendre le poids du symbole qu'elle a représenté.

Tout simplement intitulé Jackie, avec Natalie Portman dans le rôle-titre, le film était présenté hier au TIFF. Petite parenthèse: assister à une projection publique au TIFF un petit lundi après-midi, c'est mesurer l'océan qui sépare le festival torontois du FFM montréalais. Malgré le soleil éclatant qui donnait envie d'aller jouer dehors, il y avait une file d'attente devant le Théâtre Elgin, un cinéma qui compte 1400 places et qui, hier midi, affichait... complet!

Il faut dire que le film de Pablo Larraín, le réalisateur du superbe No sur le référendum chilien, arrivait porté par une belle rumeur et le prix du meilleur scénario décerné au scénariste Noah Oppenheim par le jury du festival de Venise. Une super entrée en matière pour un film qui, à peine lancé, est déjà pressenti pour les Oscars, d'abord grâce à la performance de Natalie Portman, qui fait une Jackie aussi intrigante et convaincante que la Margaret Thatcher de Meryl Streep ou la reine Élisabeth de Helen Mirren. 

Mais il n'y a pas que cette interprétation assez audacieuse d'une Jackie qui soigne son image, fume comme une cheminée et semble à la fois forte comme le roc, en colère contre l'humanité et complètement détruite par son destin. Il y a ce regard intime et intimiste que le cinéaste pose sur elle, et qui nous la montre comme on ne l'a jamais vue ou imaginée. Et puis, il y a ce récit éclaté, structuré autour de deux événements: l'entrevue que Jackie a accordée à un journaliste de Life une semaine après les funérailles de son mari, et puis cette espèce de reportage auquel elle s'est prêtée, à une époque plus joyeuse, en invitant une caméra à faire le tour de la Maison-Blanche avec elle. Dans les deux cas, ce qu'on voit à l'oeuvre, c'est une femme volontaire qui connaît le pouvoir des médias déjà mieux que quiconque, qui est le metteur en scène de sa vie et qui, consciemment et de manière proactive, construit son mythe et celui de son mari.

«L'Histoire s'écrit derrière des portes closes et nous, cinéastes, notre rôle, c'est d'imaginer ce qui s'est passé réellement ou pas», a raconté Pablo Larraín à la fin de la projection, hier. Autant dire que si ce qui a été imaginé dans Jackie est vrai, alors cette femme, plus grande que nature, méritait vraiment qu'on s'y attarde.

La cinéaste montréalaise Elza Kephart a manifesté hier... (photo fournie par les réalisatrices équitables) - image 2.0

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La cinéaste montréalaise Elza Kephart a manifesté hier devant l'hôtel où avait lieu la soirée organisée par le bijoutier Birks et Téléfilm Canada en l'honneur des réalisatrices.

photo fournie par les réalisatrices équitables

Des dollars pas des diamants

Devant le chic hôtel Shangri-La, où tout le gratin cinématographique torontois s'est donné rendez-vous hier à 17 h pour reluquer des diamants de chez Birks et rendre hommage aux femmes de l'année en cinéma, il y avait une trouble-fête, une seule: la cinéaste montréalaise Elza Kephart, stationnée devant la porte d'entrée avec sa pancarte «Dollars not Diamonds: Des dollars pas des diamants». 

Ce n'était pas une révolution ni même une manifestation digne de ce nom, mais quand même. Pour une rare fois, une cinéaste a choisi de contester l'association un brin douteuse entre la bijouterie Birks et Téléfilm Canada, l'organisateur d'un événement annuel qui a le mérite de mettre en valeur le travail des réalisatrices et des actrices de chez nous, mais qui ne fait pas pour autant augmenter le nombre de cinéastes canadiennes ni les montants de leur budget de film. 

Elza Kephart, qui fait partie du regroupement Films Fatales et qui a réalisé deux longs métrages qu'elle a financés elle-même avec l'argent qu'elle gagne sur les tournages américains, a déjà participé à la soirée Diamants de Téléfilm. 

«Mais cette année, quand j'ai entendu le discours de Carolle Brabant, la présidente de Téléfilm, qui n'a rien d'autre à proposer aux femmes cinéastes que de leur accorder plus de microbudgets [des budgets de 200 000 $ ou moins], ça m'a fâchée et j'ai voulu exprimer mon opposition.»

À l'intérieur du cocktail, où le champagne et les petits fours rivalisaient avec des rivières de diamants scintillants, ses propos étaient partagés par plusieurs femmes, dont la productrice de Lea Pool, Barbara Shrier. «Si, au moins, les filles pouvaient garder les diamants, mais non! Non seulement on ne leur donne pas plus d'argent pour faire des films, on leur reprend les diamants à la fin de la soirée.»

Pour Rina Fraticelli, du groupe Women in View, un groupe qui milite pour l'équité au cinéma et à la télé, associer des femmes et des diamants est un cliché éculé. Cette dernière trouve que Téléfilm devrait remiser ses diamants et plutôt suivre l'exemple de l'Office national du film et de son président, Claude Jolicoeur. En mars dernier, celui-ci s'est fait beaucoup d'amies chez les cinéastes - et quelques ennemis aussi - en annonçant que désormais, l'ONF non seulement engagerait 50 % de femmes réalisatrices, mais leur accorderait 50 % des budgets. Il y avait une tradition d'équité à l'ONF, mais elle ne s'incarnait pas à travers un engagement structuré. Maintenant, c'est chose faite. Et autant dire que pour bien des femmes cinéastes et productrices, hier, le vrai diamant de la soirée, c'était Claude Jolicoeur.

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