Sundance met en lumière les centres de désintoxication à l'internet

Web Junkie n'entre pas dans le détail du... (Photo: fournie par le Festival de Sundance)

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Web Junkie n'entre pas dans le détail du traitement - parfois à la limite du farfelu, lorsque les médecins mettent sur la tête des jeunes patients un casque de fils enchevêtrés, sensés analyser les stimulations du cerveau - mais montre sans fard le désarroi de ces «junkies» privés de leur ordinateur.

Photo: fournie par le Festival de Sundance

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Romain Raynaldy
Agence France-Presse
Park City, Utah

Deux documentaristes israéliennes ont pu pénétrer dans des centres de désintoxication militaires créés par la Chine pour ses millions de jeunes accro à l'Internet, pour réaliser Web Junkie, en compétition à Sundance, dont la 30e édition s'achève dimanche à Park City, dans les montagnes de l'Utah.

La Chine est le premier pays au monde à considérer la dépendance à l'internet comme une maladie, et, selon les autorités, quelque 24 millions de jeunes Chinois seraient aujourd'hui des «web junkies», passant plus de six heures par jour sur internet.

Shosh Shlam et Hilla Medalia ont eu accès à l'un des 400 centres chinois de désintoxication pour des adolescents de 13 à 18 ans considérés comme dépendants à l'internet, et notamment aux jeux en réseau.

«La Chine est le premier pays à considérer la dépendance à l'internet comme une maladie et à prendre des mesures», explique à l'AFP Hilla Medalia. Le documentaire suit plus spécifiquement trois enfants envoyés par leurs parents dans un centre de désintoxication géré par des militaires.

Pendant un mois, les jeunes garçons - aucune fille n'apparaît dans le documentaire - alternent parcours du combattant, traitement médical et thérapies familiales, moyennant 10 000 yuans (1800 $), «deux fois le salaire mensuel moyen à Pékin», selon Mme Shlam.

«Ces parents sont vraiment désespérés. Ils envoient leurs enfants (dans ces camps) car c'est leur dernier ressort, ils veulent vraiment les aider», assure Mme Medalia. «Et ils doivent payer très cher pour cela. Ce n'est pas subventionné par le gouvernement».

Le documentaire n'entre pas dans le détail du traitement - parfois à la limite du farfelu, lorsque les médecins mettent sur la tête des jeunes patients un casque de fils enchevêtrés, sensés analyser les stimulations du cerveau - mais montre sans fard le désarroi de ces «junkies» privés de leur ordinateur.

L'un d'entre eux supplie ses parents de le faire sortir, promettant en échange de ne plus jouer «que quatre heures par jour sur internet». Un autre joueur se vante d'avoir joué une fois pendant 300 heures d'affilée, rythmées par quelques courtes siestes.

Shosh Shlam n'est pas persuadée que tous les enfants internés soient réellement dépendants - «Est-ce vraiment une dépendance ou juste un phénomène de société?» - mais relève certains comportements aberrants relevant, selon elle, d'une pathologie.

«Certains enfants abandonnent l'école, ils restent jour et nuit dans des cybercafés et vont jusqu'à porter des couches» pour ne pas avoir à aller aux toilettes pendant leurs sessions de jeux en ligne, observe-t-elle.

«Il y a deux raisons principales» à la dépendance à l'internet des jeunes Chinois, détaille Mme Shlam, citant un professeur intervenant dans le film. La première est «la politique de l'enfant unique, et l'autre le système éducatif, très strict et ultra-compétitif. Comme l'avenir de la famille repose sur les épaules d'un seul enfant, ses parents le poussent sans arrêt à être un meilleur élève».

De l'aveu même de l'encadrement des camps, la «guérison» de ces jeunes est très aléatoire, car s'il est possible d'enlever l'héroïne des mains d'un toxicomane, «comment faire (avec le web), sachant que nous sommes complètement dépendants de l'internet pour travailler et communiquer?» demande Mme Medalia.

Le principal indice de réussite est probablement à chercher du côté de la vie sociale retrouvée des adolescents, qui réapprennent pendant un mois à parler face à face avec leurs semblables, et non à travers la solitude de l'internet. Car comme le dit l'un des jeunes patients à sa psychiatre: «Quand je me sens seul, je vais sur internet pour chercher une autre personne seule, de l'autre côté».

La dépendance à l'internet est aussi le sujet d'un autre documentaire, Love Child, également en compétition à Sundance cette année. Le film se concentre sur un fait divers qui avait défrayé la chronique en Corée du Sud en 2010: un bébé de trois mois était mort de malnutrition, ses parents passant plus de temps à jouer en ligne dans un cybercafé qu'à s'occuper de leur petite fille.




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