Thierry Frémaux: «l'ADN de Cannes reste le cinéma»

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Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes.

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Sophie Laubie
Agence France-Presse
Paris

Soixante-dix ans après sa création, Cannes se trouve «très loin du festival des origines», mais «son ADN fondamental reste le cinéma», assure son délégué général Thierry Frémaux, à l'heure où certains s'inquiètent de l'arrivée de deux films Netflix en compétition.

Q: En 70 ans, comment a évolué le festival, rythmé par des scandales et controverses?

R: «On est à la fois très loin du festival des origines, par l'ampleur, la taille, la forme. Mais sur le fond, on est exactement au même endroit, c'est-à-dire 12 jours pour célébrer le 7e Art. Il y a eu un nouveau Palais des festivals à l'aube des années 50, un autre à l'aube des années 80, le festival a pris de l'ampleur, s'est développé, a créé le marché du film. Les médias sont arrivés, surtout au début des années 80 (...) Mais le sujet principal des conversations à Cannes, qui que vous soyez, ça reste le cinéma.

Les scandales et les controverses, eux, font partie de l'histoire du festival.(...) Il y a eu des scandales politiques, sociétaux, comme La grande bouffe de Marco Ferreri et La religieuse de Rivette. Aujourd'hui, il y a moins ça. De mon côté, j'ai eu à vivre le scandale esthétique de Gaspar Noé (avec Irréversible), celui de Lars Von Trier avec Antichrist, des scandales extra-cinématographiques, comme quand on a accusé à tort - mais il avait peut-être fait quelques erreurs de langage - Lars von Trier d'avoir supposément fait l'apologie d'Hitler.»

Q: Cette année vous avez annoncé deux films Netflix en compétition, un film en réalité virtuelle et deux séries en sélection, c'est une révolution?

R: «Une sélection c'est toujours une série de coïncidences. Alejandro Gonzalez Inarritu, venu deux fois en compétition, a décidé cette année de s'essayer à son tour, en auteur et cinéaste, à la réalité virtuelle (...). Et on a trouvé très bien de l'accueillir.

On ne montre pas deux séries, on donne des nouvelles de deux grands cinéastes faisant partie de l'histoire du Festival de Cannes, tous deux Palme d'or et présidents du jury, Jane Campion et David Lynch. Et il se trouve que les films qu'ils ont faits sont des séries pour la télévision. (...) Mais nous, notre ADN fondamental et notre raison d'être, c'est le cinéma.

Le cinéma lui-même se voit modifié. L'industrie du cinéma voit venir à elle de nouveaux entrants. Ca peut être des pays comme la Chine, ou de nouveaux producteurs et supports de diffusion, Netflix, Amazon, qui décident d'aider à la création de films. L'an dernier, c'est Amazon qui est venu à Cannes, avec quatre ou cinq films en compétition. (...) Et cette année, coïncidence, Netflix, l'autre grande plateforme, est venue nous proposer des films. Ou plutôt ce sont deux producteurs américains qui sont venus nous proposer ces films».

Q: Au moment de ses 70 ans, quels sont les défis pour le festival?

R: «Les enjeux pour l'avenir sont nombreux. Le festival garde sa raison d'être, défendre l'art cinématographique sous toutes ses formes, utiliser l'art et la culture comme un instrument de dialogue entre les peuples, et continuer à faire en sorte que pendant 12 jours, et pour le reste de l'année, le cinéma, aujourd'hui entouré de nouveaux langages des images, puisse être au coeur du monde».




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