À qui la Palme?

Maren Ade pourrait voir son film Toni Erdmann... (PHOTO JEAN-PAUL PELISSIER, REUTERS)

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Maren Ade pourrait voir son film Toni Erdmann être couronné dimanche.

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Marc-André Lussier, envoyé spécial
La Presse

(La Presse à Cannes) À 13 h dimanche (heure du Québec), le président George Miller et les huit autres membres du jury dévoileront le palmarès et annonceront le film gagnant de la Palme d'or. Avec un cru aussi diversifié, duquel n'a émergé aucun favori de façon claire, la Palme pourrait bien cette fois être allemande. Et féminine...

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Et si la distribution et l'équipe de American Honey repartaient avec le Grand Prix du jury? Voilà une idée que notre journaliste croit possible.

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D'ici la cérémonie de clôture, qu'animera Laurent Lafitte dans quelques heures, les rumeurs iront bon train. Sur les réseaux sociaux, beaucoup affirmeront avoir appris « de source sûre » que la Palme d'or sera attribuée à tel film, que les prix d'interprétation iront à telle actrice ou tel acteur. N'en croyez pas un mot. En vérité, personne ne sait.On dit d'ailleurs souvent que rien n'est plus imprévisible que le dévoilement du palmarès d'un festival. C'est encore plus vrai cette année à Cannes.

>>> Le blogue de Marc-André Lussier: retour sur la compétition

À vrai dire, personne ne voudrait être à la place de George Miller et des membres du jury qu'il préside. Aucun des 21 longs métrages présentés dans la compétition officielle ne s'est imposé de façon franche, nette et précise. Il n'est pas dit non plus qu'un film honni par la presse n'ait plus aucune chance de récolter le moindre laurier. La construction d'un palmarès résulte en effet d'une négociation parfois serrée entre neuf individus de sensibilité différente.

Il est en tout cas indéniable que les femmes ont été à l'honneur cette année. Plusieurs actrices peuvent espérer remporter le prix d'interprétation. Des trois réalisatrices en lice pour la Palme d'or, Andrea Arnold a certes une chance de se distinguer grâce à son formidable American Honey, et l'Allemande Maren Ade a réalisé le film le plus unanimement apprécié de cette compétition : Toni Erdmann. Et même si Mal de pierres a été très mal accueilli par la presse internationale, il n'est pas dit que Nicole Garcia, qui propose son meilleur film à titre de réalisatrice, soit éliminée d'office.

En attendant l'annonce officielle du palmarès, voici les titres qui, à nos yeux, pourraient être considérés.

PALME D'OR

Tout le monde s'accorde pour dire que Toni Erdmann a les meilleures chances de décrocher la récompense suprême. Il est vrai que cette comédie dramatique de Maren Ade, dans laquelle un père excentrique s'immisce dans la vie de sa fille devenue trop sérieuse et carriériste à son goût, est remarquable. Et comporte au moins deux scènes d'anthologie. L'une d'elles a d'ailleurs provoqué une salve d'applaudissements spontanés de la part des journalistes. Dans une compétition où plusieurs films se sont fait siffler, ce fait n'est pas banal. On parle aussi beaucoup de Bacalaureat, un film dans lequel un incident vient contrecarrer les plans qu'avait faits un père roumain afin que sa fille puisse aller en Angleterre pour se construire une meilleure vie. Si jamais Bacalaureat l'emportait, le cinéaste Cristian Mungiu, lauréat en 2007 grâce à 4 mois, 3 semaines, 2 jours, ferait ainsi son entrée dans le club très sélect des doubles lauréats de la Palme d'or. Paterson, un film dans lequel Jim Jarmusch fait écho à la poésie du quotidien, est aussi bien coté.

Grand Prix du jury

Le deuxième prix en importance est habituellement attribué à une oeuvre plus « difficile », ou dont la démarche artistique est plus particulière. On verrait bien là American Honey, le formidable road movie qu'a fait Andrea Arnold dans le Midwest américain avec de jeunes marginaux. Ou Sieranevada. Dans ce dernier film, le cinéaste Cristi Puiu brosse un portrait de la Roumanie contemporaine à travers une réunion familiale qui se transforme en jeu de massacre. Et si jamais le jury tenait à ce que le déroutant - mais courageux - film d'Alain Guiraudie, Rester vertical, figure au palmarès, il pourrait se retrouver ici.

Le baiser de la chance pour Pedro Almodovar... (PHOTO THIBAULT CAMUS, ASSOCIATED PRESS) - image 2.0

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Le baiser de la chance pour Pedro Almodovar de la part d'Emma Suarez et d'Adriana Ugarte. Le Prix du jury est à la portée du réalisateur espagnol. 

PHOTO THIBAULT CAMUS, ASSOCIATED PRESS

Prix du jury

Troisième prix en importance sur le plan hiérarchique, le prix du jury pourrait être attribué à plusieurs des candidats en lice. On pense d'abord à Forushande (Le client), solide nouvelle offrande d'Asghar Farhadi. I, Daniel Blake, du vétéran Ken Loach, aurait aussi des chances, de même que Julieta. Le plus récent film de Pedro Almodóvar fait en effet partie des très beaux films de son auteur. L'excellent Aquarius, du Brésilien Kleber Mendonça Filho, pourrait également se retrouver à cette hauteur.

Prix de la mise en scène

Si jamais le film de Xavier Dolan avait des alliés au sein du jury, on pourrait le primer dans cette catégorie. Juste la fin du monde se distingue en effet grâce à ses qualités de réalisation. On peut en dire autant de The Neon Demon, le film de Nicolas Winding Refn. Le film n'a guère de contenu, mais il se démarque grâce à ses qualités formelles.

Prix du meilleur scénario

Grâce à Elle, et à un scénario béton de David Birke (inspiré d'un roman de Philippe Djian), Paul Verhoeven propose son meilleur film depuis longtemps. On pourra sans doute considérer aussi le scénario - très solide - de Forushande (Le client), tout autant que celui de Julieta, que Pedro Almodóvar a écrit en s'inspirant de trois nouvelles de la romancière canadienne Alice Munro. Paul Laverty, fidèle complice de Ken Loach, a également signé un scénario magnifique pour I, Daniel Blake. Dommage, toutefois, que le dernier acte du film soit plus faible.

Prix d'interprétation féminine

Plusieurs candidates sérieuses se pointent ici. Il y a, bien entendu, Sandra Hüller, remarquable dans le rôle de la fille du père excentrique de Toni Erdmann. On peut aussi penser à Hayley Squires, bouleversante en mère célibataire broyée par le système dans I, Daniel Blake, de même qu'à Sônia Braga, magnifique dans le rôle d'une sexagénaire brésilienne qui tient tête à des promoteurs immobiliers véreux dans Aquarius. L'actrice irlando-éthiopienne Ruth Negga, vedette de Loving, est par ailleurs la favorite de la presse américaine. Dans ce film de Jeff Nichols, elle prête ses traits à une jeune femme qui, dans les années 50, a été poursuivie en justice avec son mari pour cause de mariage interracial. Et comment oublier Emma Suárez, la mère désespérée de Julieta ? Ou Marion Cotillard, aussi superbe dans le film de Nicole Garcia, Mal de pierres, que dans celui de Xavier Dolan, Juste la fin du monde ? Du côté des femmes, le jury a l'embarras du choix cette année. D'autant qu'Isabelle Huppert, éblouissante dans le film de Paul Verhoeven, Elle, peut venir tout bousculer à la dernière minute.

Prix d'interprétation masculine

Les performances sont moins marquantes du côté des hommes, mais on trouve, quand même, plusieurs bons candidats, à commencer par l'interprète de Toni Erdmann, Peter Simonischek. Adam Driver, qui aborde son personnage de chauffeur d'autobus poète avec une distance un peu décalée dans Paterson, fait aussi partie de ceux dont le nom circule, tout comme Adrian Titieni, l'interprète du personnage du père dans le film de Cristian Mungiu, Bacalaureat. Il n'est pas non plus exclu que Dave Johns (I, Daniel Blake), Shia LaBeouf (American Honey) ou Joel Edgerton (Loving) l'emporte.

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