Cannes: Yves Saint Laurent, prise 2

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Le réalisateur Bertrand Bonello est entouré des acteurs Jérémie Rénier (à gauche) et Gaspard Ulliel.

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Marc-André Lussier, envoyé spécial
La Presse

(Cannes) L'histoire du cinéma est jalonnée de projets «concurrents». Les liaisons dangereuses et Valmont ont pris l'affiche à quelques mois de distance à la fin des années 80. Plus récemment, nous avons eu droit à deux films sur Coco Chanel, deux nouveaux remakes de La guerre des boutons, sans oublier toutes ces séries B qui, régulièrement, se tirent dans les pattes en exploitant le même filon.

Règle générale, la carrière de celui qui arrive quelques mois après l'autre est plus difficile. Dans le cas de Saint Laurent, le film de Bertrand Bonello qui a été lancé samedi matin en compétition, un écueil supplémentaire s'ajoute. L'excellent drame biographique Yves Saint Laurent, réalisé par Jalil Lespert (sortie prévue le 15 août chez nous) a en effet cartonné en France. Près de deux millions de spectateurs l'ont vu.  

Des comparaisons

Forcément, la situation force les comparaisons entre les deux films. Le film de Bonello, plus impressionniste, est très différent de celui de Lespert, plus classique de forme. Sur le plan esthétique, celui de Bonello est plus libre, plus éclaté, d'autant que le récit s'attarde uniquement à la période allant de 1967 à 1976. En revanche, celui de Lespert est plus émouvant. À cet égard, la représentation du lien qui unit Saint Laurent à son pygmalion Pierre Bergé était plus riche, mieux ressentie. Pierre Niney incarnait aussi un Saint Laurent plus à fleur de peau chez Lespert et sa complicité avec Guillaume Gallienne faisait merveille. Gaspard Ulliel incarne aussi un Saint Laurent très crédible, très fragile aussi, mais Jérémie Rénier fait plus pâle figure dans le rôle de Bergé.

«Helmut Berger, qui incarne Saint Laurent vieux, a été un peu difficile avant le tournage. Dès qu'il est arrivé sur le plateau, il est cependant entré dans le film tout de suite.»

Bertrand Bonello

Il convient d'ailleurs de préciser que le Yves Saint Laurent de Lespert a obtenu l'aval de Pierre Bergé, en charge de la préservation de la mémoire de l'homme de sa vie. Le Saint Laurent de Bonello, non.

«Nous n'avons eu droit à rien du tout, a précisé le producteur Éric Atmayer lors de la conférence de presse tenue quelques minutes après la première projection. Nous n'avons pas pu consulter la moindre archive, nous n'avons pas eu accès aux dessins, bref, il a fallu tout recréer nous même, des robes jusqu'à l'appartement rue de Babylone. Il est difficile de retrouver des croquis mais surtout les tissus utilisés à l'époque.

«Même si notre projet était antérieur, poursuit-il, Pierre Bergé a décidé d'accorder son soutien à celui de Jalil Lespert. Il a ensuite manifesté publiquement son opposition au nôtre, qui n'a pourtant jamais été contre lui. D'une certaine façon, cela nous a libéré des contraintes liées à un biopic traditionnel.»

Bertrand Bonello, dont le plus récent film, L'Apollonide, a aussi fait les frais de la compétition cannoise il y a trois ans, n'a toujours pas vu le film de Jalil Lespert.

«J'ai essayé de me concentrer sur mon projet en faisant abstraction de tout le reste, a-t-il déclaré. Quand on doit raconter la vie de quelqu'un en deux heures ou un peu plus, il faut évidemment recentrer le récit. À mes yeux, la décennie qu'a vécue Saint Laurent à partir de 67 est la plus passionnante, tant sur le plan de la mode que sur celui de sa vie. Un producteur a déclaré que l'on passait du documentaire à l'opéra dans ce film et j'aime bien cette formule. Il m'importait en effet de montrer tout le travail qu'implique la haute couture. Les couturières qui ont confectionné les costumes du film ont joué leur propre rôle. Je trouvais émouvant de les filmer. La coexistence entre le réel et la fiction me semblait importante.»

Vrai et juste

Gaspard Ulliel, qui a eu la lourde tâche de personnifier Saint Laurent, a indiqué s'être fait accompagner dans son travail par un cinéaste dont la méthode n'est pas habituelle.

«La base de mon travail, c'était de me documenter sur Yves, sur son entourage, sur l'époque, a indiqué l'acteur. Ensuite, il a fallu me libérer de tout ça pour mieux me l'approprier. L'idée était de le rendre vrai et juste, de ne pas pousser un simple mimétisme. Je n'ai par exemple pas réfléchi à sa voix avant d'arriver sur le plateau. Ça s'est fait naturellement. L'amaigrissement m'a en revanche permis de sortir de moi, d'aller vers Yves et de l'emmener ailleurs.»

«Le film de Bertrand dépasse le simple biopic, poursuit-il. C'est une oeuvre sur le processus créatif. J'arrivais sur le plateau avec un corps qui n'était pas le mien. Parfois, nous faisions l'opposé de ce que nous avions prévu. Avec nous, Bertrand était, je dirais, plus dans l'accompagnement que dans la direction. Comme je connaissais bien Jérémie Rénier avant, nous n'avons pour ainsi dire pas eu besoin de travailler beaucoup la relation entre nos deux personnages.»

Saint Laurent prendra l'affiche seulement au mois d'octobre en France. Aucune date de sortie n'est encore fixée au Québec.




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