Cannes: début de compétition solide mais peu spectaculaire

Le réalisateur Mike Leigh (en blanc) en compagnie... (Photo: AP)

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Le réalisateur Mike Leigh (en blanc) en compagnie de ses acteurs Dorothy Atkinson, Timothy Spall et Marion Bailey, a présenté son nouveau film Mr. Turner en compétition.

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(Cannes) Le cinéaste Mike Leigh, lauréat de la Palme d'or en 1996 grâce à Secrets and Lies, a eu l'honneur de lancer la compétition officielle du 67e Festival de Cannes. À défaut d'être spectaculaire (aucun grand élan d'enthousiasme n'a ponctué la projection), Mr. Turner a quand même ouvert la marche de belle façon. Reconnu pour son regard humaniste - et parfois incisif - sur la société britannique, le réalisateur propose cette fois un drame biographique retraçant les 25 dernières années de la vie du grand peintre anglais J.M.W. Turner (1775 - 1851).

Le cinéaste, qui a consacré plus de trois ans à l'élaboration de ce film, a réussi l'exploit de rendre hommage à l'univers pictural du célèbre peintre à travers les petits aléas de la vie quotidienne. Menant apparemment une vie sans histoires, l'homme se retrouve quand même empêtré dans les méandres de sa vie personnelle, laquelle comporte notamment des paternités non affichées. Subtilement, Leigh dresse aussi, à travers cette histoire, le portrait d'une Angleterre qui glisse progressivement de l'époque georgienne à l'ère victorienne.

Du coup, le cinéaste offre au jury un tout premier - et sérieux - candidat au prix d'interprétation masculine: Timothy Spall. Habitué du cinéma de Mike Leigh depuis Life is Sweet, tourné il y a 25 ans, l'acteur offre ici une performance remarquable, en pleine osmose avec le personnage.

Une longue préparation

Lors de la conférence de presse tenue quelques minutes après la première projection du jour, Timothy Spall a fait écho à un luxe qu'on offre rarement aux acteurs: du temps.

«J'ai appris la nature de ce projet il y a maintenant trois ans, a-t-il expliqué. Afin de ne pas être ridicule à l'écran, j'ai pris du temps, deux ans en fait, pour apprendre à dessiner et peindre. Ensuite, nous avons eu droit à six mois de répétitions avant le tournage. J'ai travaillé sur les émotions. La relation de Turner avec sa mère lui a laissé des cicatrices au coeur. Il était en plein dysfonctionnement émotionnel, notamment avec les femmes. Et puis, il était un drôle de petit homme gros et c'est ce que je suis aussi!» Mike Leigh a par ailleurs fait écho à l'aspect mystérieux du personnage. Des biographies du célèbre peintre ont bien entendu été déjà publiées, mais elles comportent quand même à peu près toutes un espace qui laisse matière à interprétation. Aux yeux de Mike Leigh, la notion de liberté artistique n'autorise quand même pas le laisser-aller.

 «Quand on choisit de faire une fiction plutôt qu'un documentaire, on fait évidemment face à un exercice de dramatisation, a-t-il déclaré. Il reste quand même la responsabilité de camper le récit dans un environnement qui évoque la réalité dans laquelle ces personnages historiques ont évolué. J'ai fait beaucoup de recherches, lu beaucoup de documentation. Mais à la fin, le film doit quand même exister. Et c'est à nous de faire en sorte que tout cela prenne vie à l'écran.» Travaillant en amont avec ses acteurs à la faveur d'ateliers, Mike Leigh tourne sans scénario. Cette méthode particulière lui permet ainsi de saisir la vérité du moment, aidé en cela par une distribution toujours impeccable, souvent recrutée sur les planches du théâtre anglais.

Reconstitution artistique ambitieuse

Tourné avec un budget relativement modeste (environ 10 millions d'euros), Mr. Turner a néanmoins nécessité une reconstitution historique ambitieuse, laquelle est principalement évoquée à travers le travail artistique du peintre. Avec Dick Pope, son fidèle directeur photo, Leigh a surtout eu l'ambition de recréer l'esprit et la lumière des tableaux de J.M.W. Turner. À cet égard, le film est une vraie réussite sur le plan visuel.

On louera aussi l'humour très british qui parsème parfois le récit, mais il est clair que l'ensemble aurait dû être resserré. L'approche qu'emprunte le cinéaste frôle souvent l'académisme et justifie mal une durée de deux heures et demie.      

«Turner est un grand, sublime peintre révolutionnaire, a commenté Mike Leigh. J'estimais qu'il y avait là matière à tirer un film fascinant, même si sa vie n'a strictement rien à voir avec la mienne en tant qu'artiste. Un metteur en scène doit avoir une empathie envers son sujet. La vie de Turner a été dure, j'ai eu cette empathie».

Mr. Turner sera distribué au Québec par Métropole Films. La date de sortie n'est pas encore fixée.




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