Nicole Garcia: l'envie du romanesque

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Invitée d'honneur du 22e festival Cinemania, Nicole Garcia ouvrira le bal ce soir avec Mal de pierres, son huitième long métrage à titre de réalisatrice, qui met en vedette Marion Cotillard.

Vous arrivez à Montréal animée du sentiment que Mal de pierres, qui a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, sera particulièrement bien compris et apprécié du public québécois. Pourquoi cette impression?

C'est comme une intuition. Le Québec est à mes yeux un endroit où l'inspiration romanesque me semble naturelle et où il y a une inclinaison vers ce genre de cinéma. Comme j'ai l'impression d'avoir un peu fait mon Autant en emporte le vent personnel, je sens que ce film peut trouver un bel écho ici. De façon plus générale, je crois que les gens ont maintenant davantage envie de romanesque, de voir au cinéma des choses qui relèvent de l'intime des êtres humains. Quelque chose de plus profond, en fait.

Mal de pierres est une adaptation du roman éponyme de Milena Agus. Marion Cotillard y interprète une femme des années 50, en quête d'absolu, mariée pratiquement de force par sa mère à un homme qu'elle n'aime pas. Marion Cotillard s'est-elle imposée très vite dans votre esprit pour incarner ce personnage?

Quand on s'empare d'une histoire, on cherche très vite l'acteur ou l'actrice qui pourra au mieux incarner le personnage. J'aurais sans doute fait le film quand même si Marion n'avait pas accepté, mais honnêtement, je n'imaginais pas d'autre actrice qu'elle. Nous avons d'ailleurs très bien travaillé ensemble. Au départ, sa vision du personnage était plus sage que la mienne. J'ai quand même pu l'entraîner dans des territoires qu'elle n'avait pas encore explorés. Avec une audace qu'elle n'avait pas encore eue jusque-là, il me semble. C'est le film le plus personnel que j'ai fait. Et le plus sensuel. Gabrielle, l'héroïne, veut quelque chose qu'on lui refuse, et on la prend pour une folle. C'est à la fois tragique et émouvant. Dans le roman, on dit qu'elle veut la «chose principale», qui est autre chose que l'amour. Un véritable appel du féminin.

Gabrielle est une femme des années 50. Croyez-vous que son destin serait le même si elle vivait à notre époque? En quoi serait-il différent?

J'ai justement voulu que l'effet d'époque soit assez léger afin que le caractère universel du personnage soit très fort. La mère de Gabrielle ne pourrait peut-être pas la menacer aussi clairement aujourd'hui pour forcer un mariage - c'est presque un viol social -, mais il est aussi vrai que le désir féminin, scandé haut et fort, fait toujours scandale, encore aujourd'hui. Et il fait toujours aussi peur.

Mal de pierres, avec Marion Cotillard... (Photo fournie par Cinemania) - image 2.0

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Mal de pierres, avec Marion Cotillard

Photo fournie par Cinemania

Vous êtes reconnue pour brosser de beaux portraits de femmes dans vos films (Un week-end sur deuxPlace Vendôme, et maintenant Mal de pierres), mais aussi pour savoir explorer la psyché masculine dans des films comme Le fils préféréL'adversaireSelon Charlie ou Un balcon sur la mer. Votre approche diffère-t-elle dans ces cas-là?

Il existe une trace personnelle dans chacun des personnages auxquels je m'intéresse, qu'ils soient hommes ou femmes. C'est la raison pour laquelle je préfère la réalisation. On échappe alors à cette enveloppe sexuée et on peut se projeter complètement dans les autres. J'adore cette liberté de pouvoir parler au nom de l'ensemble des êtres humains, peu importe leur sexe, leur âge ou leur condition.

Quelques-uns de vos films précédents sont présentés à la Cinémathèque québécoise jusqu'à dimanche. L'adversaire et Place Vendôme, que vous avez réalisés, mais aussi Le cavaleurMon oncle d'AmériqueGarçon!Péril en la demeure...

On m'a consultée pour la programmation. Je suis heureuse de constater que L'adversaire et Place Vendôme seront montrés. Il est certain que je porte davantage en moi les longs métrages que j'ai réalisés. Souvent, les films dans lesquels j'ai joué renvoient une image très jeune, avec laquelle il m'est parfois difficile d'être confrontée. Déjà, à 30 ans, j'avais du mal à me regarder. J'ai toujours été d'une sévérité excessive à mon endroit. Cette exigence envers moi-même n'est pas toujours confortable!

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Mal de pierres ouvre ce soir le festival Cinemania et prend l'affiche demain. Jacques Fieschi, scénariste attitré de Nicole Garcia, donnera une classe de maître à la Cinémathèque québécoise demain, à 14 h.

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