Je suis un soldat: allégorie de la cruauté contemporaine

Louise Bourgoing et Jean-Hugues Anglade dans Je suis... (PHOTO FOURNIE PAR CINEMANIA)

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Louise Bourgoing et Jean-Hugues Anglade dans Je suis un soldat.

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Dans Je suis un soldat de Laurent Larivière, la condition animale est un miroir de la condition humaine, en ce qu'elle a de plus douloureux. Et pour incarner cette condition, le cinéaste a fait appel à Louise Bourgoin, qui s'est dépouillée de tout artifice féminin. La Presse a rencontré le tandem au Festival international du film francophone de Namur.

Sandrine, 30 ans, arrive chez sa mère par la porte d'en arrière, honteuse. Sa vie tient dans deux sacs à dos qu'elle balance dans la remise avant de se présenter à la porte.

Le ton du long métrage Je suis un soldat est donné. On aura ici affaire à l'histoire d'une femme qui, à l'âge où l'on a normalement les pieds ancrés dans une espèce d'assise sociale, ne voit aucun horizon au bout de son nez.

«Sandrine est un personnage qui arrive nu, explique Louise Bourgoin [Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec]. Elle est sans homme, sans enfant, sans travail, sans argent, sans appartement. Elle arrive chez sa mère et mettra beaucoup de temps avant de lui dire qu'elle a tout perdu. C'est déjà un point de départ assez émouvant.»

Ce point de départ, c'est la honte sociale, dit de son côté le réalisateur Laurent Larivière, qui signe ici son premier long métrage. «Nous voulions savoir ce que signifie, à 30 ans, l'âge où l'on a normalement construit des bases de sa vie d'adulte, d'avoir le sentiment de n'avoir rien bâti et d'être obligé de retourner vivre chez sa mère dans le nord de la France.»

Le sujet est d'autant mieux traité que l'environnement dans lequel Sandrine (re)plonge est à peu près aussi écorché que sa propre existence. Et pour ajouter une couche d'âpreté, Sandrine accepte d'aller travailler au chenil de son oncle Henri (Jean-Hugues Anglade), dont l'empathie pour les animaux de son commerce est inversement proportionnelle à son appât du gain. Car pour gagner plus d'argent, Henri fait le trafic d'animaux avec des passeurs des pays de l'Est.

En somme, l'affligeante condition animale montrée ici est le miroir de la condition humaine.

«L'univers du chenil est âpre, bruyant, sale, remarque Laurent Larivière. En utilisant cet environnement, il nous est venu l'idée de faire basculer le film, qui commence sur un thème social, vers un thriller avec du suspense et cette histoire de trafic de chiens. Ce trafic est une allégorie de la cruauté contemporaine. Le spectateur peut ainsi projeter sur cette histoire d'animaux maltraités plein de nos violences contemporaines.»

Sans artifice

Laurent Larivière est d'autant plus heureux du choix de Louise Bourgoin pour incarner Sandrine que cette dernière défend ici un rôle éloigné de ce qu'elle avait fait antérieurement.

«Louise avait tourné beaucoup de comédies, de films plus légers, remarque-t-il. Mais j'ai vu chez elle un potentiel dramatique à révéler. Elle avait aussi ce désir de casser l'image qu'elle a de très belle femme, souvent montrée de façon très glamour. C'est elle qui m'a proposé de se couper les cheveux, de faire en sorte que le personnage perde sa féminité à mesure que le film avance.»

La comédienne, qui, dans le passé, dit être venue deux fois à Cinemania (pour La fille de Monaco et Un heureux événement), confirme.

«À la lecture du scénario, j'ai tout de suite senti l'état d'urgence, de précarité de Sandrine, dit-elle. Je trouvais que la longueur de ses cheveux était un artifice féminin superficiel qui n'avait rien à faire là. Ce qui est intéressant avec ce rôle est que les sujets de maternité, de séduction, de féminité n'y sont pas. Et, trop souvent, dans les rôles féminins proposés en France, il y a beaucoup de stéréotypes, de sexisme un peu déguisé. Ici, ce qui me plaît, c'est que c'est un vrai beau rôle de femme avec une vraie complexité psychologique. C'est très rare. D'habitude, ce genre de rôle est pour les hommes.»

Que nous dit ce film?

«C'est un film très politique en ce sens qu'on y parle beaucoup de cette nouvelle précarité, répond-elle. Une précarité qui ne touche pas seulement les gens vivant sous le seuil de la pauvreté, mais même ceux de la classe moyenne.»

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Samedi 7 novembre, 12 h 30, et jeudi 12 novembre, 12 h au Cinéma Impérial.

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