Berlinale: ceux qui se font applaudir et un peu insulter

Les réalisateurs Simon Lavoie et Mathieu Denis (photographiés... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les réalisateurs Simon Lavoie et Mathieu Denis (photographiés à Montréal en septembre) ont présenté leur film Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau à la Berlinale, hier soir.

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Berlin: la magnifique salle du HKW (Haus der Kulturen der Welt), en forme d'immense coquillage, était pleine à craquer. Pas une place libre parmi les 1000 sièges occupés par des cinéphiles curieux de voir ce film venu du Québec avec un titre long comme l'ancien mur de Berlin: Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau, présenté dans la section Génération 14+, hier soir.

Plus de 1000 spectateurs - surtout des jeunes dans la vingtaine, mais aussi quelques têtes grises - se sont donc donné rendez-vous hier pour le film de Mathieu Denis et Simon Lavoie sur les lendemains amers du printemps érable. Mais la vraie question, c'était: combien en resterait-il à la fin? Or, contrairement à Toronto, où la salle s'est vidée de moitié au bout de trois heures, moins d'une centaine de personnes sont parties à l'entracte, hier. Les autres sont restées sagement assises, ont applaudi chaleureusement les réalisateurs, le producteur et les deux acteurs - Charlotte Aubin et Laurent Bélanger. Manque de chance, l'actrice trans Gabrielle Tremblay n'a pas pu faire le voyage, faute d'avoir reçu ses nouveaux documents de femme à temps. 

Il y a eu quelques questions gentilles et polies, et une de la part d'une tête grise, qui n'était pas tant une question qu'une insulte: «Merci pour ce film unique», a-t-il commencé avant de lancer: «Mais sachez que la façon de jouer des acteurs ne mène à rien et fait complètement petit bourgeois.» Les gens dans la salle se sont esclaffés, sidérés par l'insolence du monsieur. Mathieu Denis a tenu à les rassurer en disant que non seulement ce film ne pouvait pas plaire à tout le monde, mais que c'était bien ainsi. C'est ce qu'on appelle avoir de la répartie.

Sauvons les animaux, tuons les hommes

La Polonaise Agnieszka Holland, qui a connu des heures de gloire et au moins une sélection aux Oscars dans les années 80, et qui a récemment réalisé des épisodes de House of Cards et de The Wire, avait promis à Berlin à la fois une fable et un thriller écologique. Son nouveau film Spoor, présenté hier en compétition, était selon elle le pendant féminin du film des frères Coen, un genre de No Country for Old Women dont le titre en français serait: Non, ce pays n'est pas pour la vieille femme.

Ce pays, c'est la Pologne, et la vieille femme, c'est Janina (Agnieszka Mandat), une sexagénaire à la retraite, ex-hippie et végétarienne invétérée qui vit seule à la campagne avec ses deux chiens. Bien qu'elle n'appartienne à aucun groupe organisé, c'est une militante et une fanatique animalière qui préfère de loin la compagnie des animaux à celle des hommes. Autour d'elle gambadent librement lièvres, renards, hérissons, perdrix et hordes de chevreuils, confirmant que le chevreuil est très à la mode à Berlin cette année.

Tout cela, c'est très bien sur papier, mais sur grand écran, malgré la beauté des images, Spoor est un film échevelé, décousu, où les morts suspectes de chasseurs diabolisés par le scénario se multiplient de manière frénétique et peu crédible. Sans révéler le punch d'un film qui ne se rendra probablement pas au Québec, disons que son message, c'est que la vie d'un animal vaut plus que celle d'un homme, surtout si ce dernier est corrompu.

Évidemment, en conférence de presse, Agnieszka Holland a refusé de reconnaître que c'est ce qu'elle avait voulu raconter avec Spoor, qui est l'adaptation d'un best-seller d'Olga Tokarczuk.

La réalisatrice polonaise Agnieszka Holland a présenté son... (PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AGENCE FRANCE-PRESSE) - image 2.0

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La réalisatrice polonaise Agnieszka Holland a présenté son film Spoor à la Berlinale, hier.

PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

Pour la cinéaste, les animaux du film sont une métaphore des faibles, des exclus, de ceux qui n'ont pas voix au chapitre. 

«Ce film essaie de définir ce qui est important pour maintenir la démocratie, notamment en parlant de la nature et des femmes, deux éléments que les régimes totalitaires attaquent en premier, en Pologne comme aux États-Unis.»

La cinéaste s'est réjouie que le film hongrois On Body and Soul, réalisé par une femme et choisi pour la compétition, traite du même sujet qu'elle. «C'est un signe que la Berlinale trouve peut-être que les femmes cinéastes, par leurs thèmes et leurs sujets, sont en ce moment à l'avant-garde du cinéma.»

Si le film d'Agnieszka Holland était mieux écrit et mieux réalisé, on aimerait lui donner raison. Mais ce n'est pas le cas. Là où On Body and Soul, le film de sa camarade hongroise qui se passe dans un abattoir, est subtil, profond, poétique et touchant, celui de Holland est lourd, loufoque et par moments carrément ridicule. Désolée, mais pour l'avant-garde, il faudra repasser.

La partition de l'Inde à la sauce Bollywood

Le reproche vaut pour Viceroy's House, de la Britanno-Pakistanaise Gurinder Chadha, deuxième film de la compétition hier et le deuxième réalisé par une femme.

Dans ce cas-ci, malgré la participation d'une vedette des X-Files (Gillian Anderson) et d'une vedette de Downton Abbey (Hugh Bonneville), malgré des décors somptueux et malgré le sujet en or - la partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 -, Viceroy's House est un assommant dépliant historique plombé par une épaisse et constante tartinade musicale et par un scénario à la sauce Bollywood qui endormirait le plus résistant des insomniaques.

Pourtant, la cinéaste Gurinder Chadha, née en Angleterre mais d'origine indo-pakistanaise, a voulu bien faire en racontant un pan particulièrement traumatisant de l'histoire de son pays. Et d'autant que cette partition, marquant la fin de la colonisation britannique, a fait 1 million de morts et généré du jour au lendemain 14 millions de réfugiés. Malheureusement, le cinéma qu'elle nous présente n'a rien d'avant-gardiste. C'est du vieux cinéma de papa dont le coeur de l'action se passe dans la maison du vice-roi britannique, Lord Mountbatten, mandaté par son gouvernement pour réaliser la transition vers l'indépendance de l'Inde.

En principe, ce serait Mountbatten qui, cédant aux pressions des trois grands groupes religieux, a enclenché la partition et donné le Pakistan aux musulmans. Mais ce que le film nous apprend, c'est que Mountbatten n'était qu'une marionnette. C'est Churchill qui, pour des raisons de sécurité territoriale, mais aussi de ressources pétrolières, a manigancé la partition dans son dos.

Faire un film sur un sujet aussi vaste, complexe et délicat n'est pas évident. Surtout qu'Indiens et Pakistanais ont chacun leur version de l'Histoire. Gurinder Chadha affirme qu'elle a l'avantage d'avoir grandi ailleurs, à l'ombre de la partition, mais sans en avoir subi les effets dévastateurs. «Mon film est un mélange de sensibilité britannique et de coeur punjabi et devrait donc être bien reçu de part et d'autre», a-t-elle affirmé. Sa confiance était belle à voir, mais peut-être ne devrait-elle pas trop en abuser.




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