Berlinale: le cinéma au temps de Trump

L'acteur Reda Kateb (à gauche) incarne le célèbre... (PHOTO AFP)

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L'acteur Reda Kateb (à gauche) incarne le célèbre tzigane Django Reinhardt dans le film du réalisateur Étienne Comar (au centre). Cécile de France joue le rôle d'une collabo qui aide le musicien à quitter la France en pleine occupation nazie.

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(Berlin) L'an passé la Berlinale a démarré dans un immense éclat de rire signé par les frères Cohen (O Cesar) avec George Clooney, diaboliquement ridicule, dans le rôle d'un acteur de série B.

L'an passé, la Berlinale a démarré dans un immense éclat de rire signé par les frères Coen (Hail, Caesar!) avec George Clooney, diaboliquement ridicule dans le rôle d'un acteur de série B.

Autre temps, autre ambiance. Cette année, c'est sur une note plus sombre, voire tourmentée, que le coup d'envoi de la 67e édition a été donné hier soir avec Django, un film qui raconte deux ans dans la vie du grand guitariste tzigane Django Reinhardt pendant l'occupation nazie en France.

Nous sommes à Paris en 1943, Django est déjà une grande star de la scène musicale. Son crédo du moment était un peu celui de Michel Pagliaro: on fera pas de politique. On fera juste de la musique. Sauf que la politique va vite le rattraper, comme tous les Tziganes, dont des milliers ont été envoyés dans les camps et exterminés comme les Juifs, bien que ce fait soit demeuré peu connu.

Réquisitionné pour faire une grande tournée en Allemagne avec son groupe Le Hot Club de France et invité à jouer pour Goebbels et Hitler, Django envoie promener le régime nazi et refuse d'obtempérer, sans comprendre qu'il est en train de jouer sa vie et celle de sa famille.

«J'ai voulu montrer la capacité des musiciens de rester dans leur bulle au point parfois de ne pas voir ce qui les entoure et aussi la difficulté de leur engagement dans des périodes troubles», a expliqué en conférence de presse Étienne Comar, dont c'est le premier film à titre de réalisateur.

Impossible évidemment de nier que le film s'inscrit dans le contexte particulier de l'ère Trump qui le rend politiquement pertinent. Le réalisateur en est conscient. «Il y a effectivement énormément de correspondances avec aujourd'hui, notamment face au sort réservé aux réfugiés. Aussi, il y a toute la question de jouer ou non pour un régime auquel on n'adhère pas.»

Autant dire que si Django vivait aujourd'hui dans les États-Unis de Trump, il aurait certainement refusé de jouer à l'investiture du président.

Après avoir fui Paris, Django va tenter de passer en Suisse avec l'aide d'une belle collabo française interprétée avec justesse par Cécile de France. Mais retenu plus longtemps que prévu à la frontière franco-suisse, il devra malgré tout se résoudre à donner un concert pour des soldats nazis. «Mais la beauté du personnage, ajoute Reda Kateb, qui a fait un an de guitare en préparation du rôle, c'est que c'est un artiste pris dans son égoïsme, qui finit par ouvrir les yeux.»

Malgré un accueil tiède à la première projection de presse, Django a le mérite d'être non seulement musicalement parfait, mais parfaitement synchrone avec l'époque.

L'éléphant (orange) dans la pièce

Personne ne prononce son nom, mais tout le monde n'en pense pas moins. Aussi Donald Trump, ou du moins son esprit, flotte-t-il au-dessus de la Berlinale comme un immense dirigeable en forme d'éléphant. Le directeur Dieter Kosslick ne s'est pas gêné pour déclarer à un journaliste que Trump était le président le plus surestimé de l'histoire, en référence bien sûr au commentaire désobligeant du président américain au sujet de l'actrice Meryl Streep après qu'elle l'eut critiqué.

Du côté du jury international présidé par le cinéaste Paul Verhoeven, les six membres se sont montrés plus discrets, sauf pour Maggie Gyllenhaal, qui a insisté pour déclarer, sans même qu'on le lui demande, que malgré la période trouble que traverse le monde actuel, elle est fière d'être une actrice américaine et encore plus fière de participer au mouvement de résistance entrepris par ses pairs. 

Le président Verhoeven, pour sa part, a tenu à corriger certains faits au sujet du film Elle, qui lui a valu le Golden Globe du meilleur film étranger. La rumeur voulait en effet que toutes les actrices américaines aient refusé le rôle tenu par Isabelle Huppert. «D'abord, nous n'avons pas sondé des centaines d'actrices, a-t-il précisé, seulement une poignée d'actrices - cinq ou six - qui cartonnent au box-office. Elles ont effectivement refusé et nous nous sommes tournés vers la France, parce qu'il s'agit d'un roman français et qu'Isabelle Huppert avait signalé son intérêt au départ.»

Parmi les autres membres du jury qui devront se prononcer sur les 24 films de la compétition officielle, il y a le grand artiste visuel danois Olafur Eliasson, une productrice tunisienne, Dora Bouchoucha Fourati, le réalisateur et scénariste chinois Wang Quan'an et l'actrice allemande Julia Jentsch, mémorable dans Sophie Scholl - Les derniers jours. Quant au dernier membre du jury, l'acteur mexicain Diego Luna, impossible de ne pas profiter de sa présence pour revenir sur le thème des murs. «C'est vrai qu'il y a beaucoup d'experts en murs ici, à Berlin», a-t-il ironisé avant d'ajouter: «L'aspect positif de la menace du mur mexicain, c'est qu'il va y avoir une réaction et un grand mouvement de protestation dont je veux absolument faire partie, ne serait-ce que parce que la frontière entre le Mexique et les États-Unis, je la traverse régulièrement.»

La Berlinale vient à peine de démarrer, mais si le premier jour est garant des neuf prochains, alors on n'a pas fini d'entendre parler de Donald Trump. 




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