I, Tonya: la défense du vilain petit canard ****

La PresseChantal Guy 4/5

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I, Tonya

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Margot Robbie dans I, Tonya

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En 1994, il y avait un show dans le show des Jeux olympiques de Lillehammer. La planète au complet a suivi comme un soap la compétition de patinage artistique qui, cette année-là, prenait une tournure qui n'avait plus rien à voir avec le sport.

Dans le coin gauche, Nancy Kerrigan, enfant chérie de l'Amérique, qui s'était remise d'une attaque contre elle à coups de barre de fer au genou (les images avaient fait le tour de la planète) ; dans le coin droit, sa rivale, Tonya Harding, le vilain petit canard soupçonné d'avoir participé à la planification de l'attaque. Ça s'est terminé par une médaille d'or à la jeune Ukrainienne Oksana Baiul, une victoire à la Cendrillon que personne n'avait vue venir, la médaille d'argent à Kerrigan et Harding reléguée à la huitième place, après avoir craqué sur la glace.

Vingt-quatre ans plus tard, le réalisateur australien Craig Gillespie vient de se « mettre sur la mappe », comme on dit, avec ce portrait grinçant et délirant de Tonya Harding, interprétée par une Margot Robbie en feu qui trouve là le meilleur rôle de sa carrière.

Le film a déjà trois sélections aux Golden Globes, dans les catégories meilleure comédie, meilleure actrice (pour Robbie) et meilleure actrice de soutien (pour l'incroyable performance d'Allison Janney, qui joue la détestable mère de Harding). La route vers les Oscars est pratiquement assurée.

Beaucoup de critiques, depuis la présentation du film au dernier TIFF, ont fait la comparaison avec To Die For de Gus Van Sant en 1995, et c'est une comparaison qui se tient, tant Gillespie s'emploie à montrer l'envers de la médaille du rêve américain, impitoyable pour ceux qui échouent. Sa Tonya Harding, mal barrée dès le départ, élevée par une mère atroce qui ne l'aime pas et qui la brutalise, n'a aucune grâce. Mais elle a du chien, par contre. Ses déboires ont d'ailleurs fait oublier qu'elle avait été la première patineuse américaine à réussir un triple axel en compétition, ce que le réalisateur souligne.

Présenté sous la forme d'un docu-fiction, avec de fausses entrevues, I, Tonya est plus qu'un portrait de Harding, c'est le portrait d'une classe sociale, white trash, probablement celle qui a voté pour Trump. Mal aimée, pauvre, fardée n'importe comment, portant des costumes douteux, mariée trop jeune, Tonya s'enfonce dans sa relation toxique avec son mari imbécile, Jeff (Sebastian Stan), à l'origine du complot contre Kerrigan planifié n'importe comment.

Disons qu'on a rarement vu la violence conjugale filmée de façon aussi crue, mais sans aucun pathos, le film jouant clairement la partition de la comédie, envers et contre tout. Tonya n'en finit plus de manger des claques, par sa mère, par son mari et, finalement, par l'Amérique au complet.

Mais rien ne l'abat, et, exclue pour toujours de la compétition, elle se lancera même dans la boxe - et connaîtra d'autres déboires, dont une affaire de sex tape.

Dans cette satire féroce, on sent le parti pris du scénario de Steven Rogers pour Tonya Harding, et cela sans pour autant attaquer Nancy Kerrigan, vraiment secondaire dans l'histoire. C'est plutôt le récit d'une battante, avec ses nombreux défauts, envers qui la vie a été sans pitié, condamnée par l'opinion publique qui a toujours préféré la vision manichéenne de ce fait divers ayant fait les délices des médias.

« Chacun a sa vérité », clame le personnage, et on ne saura jamais si Harding, qui a toujours défendu la même version des faits, était au courant de l'attaque contre Kerrigan. Mais I, Tonya, un film à la fois drôle, tragique et terrible, est pratiquement un classique instantané qu'on n'oubliera pas de sitôt.

La version française sera présentée à compter du 19 janvier.

****

I, Tonya (V.F. : Moi, Tonya). Comédie dramatique de Craig Gillespie. Avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney. 2 h.

> Consultez l'horaire du film




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