Barbara: fascinant jeu de miroirs ***1/2

La PresseMarc-André Lussier 3/5

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On classe le nouveau long métrage de Mathieu Amalric dans la catégorie des drames biographiques, parce qu'il faut bien le caser quelque part. En vérité, le cinéaste propose ici un film parfaitement inclassable, complètement libre, à l'image de cette artiste insaisissable qu'était Barbara.

À un certain moment, Brigitte (Jeanne Balibar), l'actrice qui doit incarner l'interprète de L'aigle noir dans le film que tourne Yves Zand (Amalric), demande à son réalisateur s'il est en train de faire un film sur Barbara ou sur lui-même. Les deux, bien sûr. Entendez par là que la chanteuse, singulière et mystérieuse, toujours à fleur de peau, prête flanc à toutes les projections possibles. Elle peut ainsi devenir le point de convergence d'un fascinant jeu de miroirs, dans lequel s'engage goulûment le cinéaste.

Barbara est une lettre d'amour destinée à une artiste, mais aussi - surtout? - à une actrice: Jeanne Balibar. L'ancienne compagne du cinéaste, dont la ressemblance physique avec Barbara est troublante, offre une composition saisissante, à travers laquelle elle traduit à la fois toutes les fulgurances du personnage, mais aussi toutes ses fragilités et son mal-être. C'est dire qu'elle redonne vie à une icône, pleinement consciente de son statut, issue d'une époque où le rapport à la vie publique n'était pas du tout le même.

Au «film dans le film» s'ajoutent ainsi quelques moments reconstitués de la vie de Barbara, notamment pendant une tournée (une scène très forte la montre répéter Au coeur de la nuit sur le piano de fortune d'un bar routier), auxquels s'intègrent aussi, parfois, de vraies scènes d'archives. Ces documents visuels servent en outre à Brigitte, l'actrice, pour reproduire la gestuelle de la dame en noir dans toute sa finesse.

Barbara... (Image fournie par MK2 | Mile End) - image 2.0

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Barbara

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Une approche éclatée

L'approche éclatée qu'emprunte Mathieu Amalric pour raconter sa vision de Barbara peut parfois dérouter (son film n'a rien d'un biopic classique), mais elle est, à coup sûr, aussi brillante que fascinante.

Cela dit, la réussite de ce film est aussi grandement due à Jeanne Balibar. L'actrice relève avec brio un défi qui, sur papier, était quasiment inenvisageable. Non seulement habite-t-elle son personnage de tout son talent de comédienne, mais elle lui prête aussi sa voix de chanteuse de façon très crédible. Ainsi, le spectateur aura parfois l'occasion d'entendre la véritable voix de Barbara à la faveur de scènes d'archives, et, souvent, celle de Jeanne Balibar interprétant les chansons de l'auteure de Göttingen. Cette dernière a tellement su bien intégrer les chansons à son jeu que la transition se fait tout naturellement, sans heurt. Et cela n'est pas qu'un mince exploit.

Lancé au Festival de Cannes, Barbara a obtenu un «prix de la poésie», attribué spécialement par le jury de la section Un certain regard. Le prix Jean-Vigo a aussi été décerné récemment à Mathieu Amalric «pour son indépendance d'esprit et son originalité de style». Ces récompenses illustrent parfaitement ce qu'est ce film.

* * * 1/2

Barbara. Drame biographique de Mathieu Amalric. Avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani. 1h38.

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