Les rois mongols: à hauteur d'enfant ***1/2

La PresseJosée Lapointe 3/5

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Josée Lapointe

Automne 1970: tout part en vrille dans la vie de Manon. Son père est gravement malade, sa mère est dépressive, et la famille n'a plus d'argent. Son frère Mimi et elle sont hébergés chez leur oncle et leur tante, et passent le temps avec leurs deux cousins, Denis et Martin.

Alors que des politiciens se font enlever et que l'armée débarque à Montréal, Manon s'inquiète: et si les services sociaux les envoyaient dans des familles d'accueil et qu'elle était séparée de son petit frère? S'inspirant de l'actualité, elle décide de prendre les grands moyens pour l'éviter, entraînant toute la bande de jeunes dans un enlèvement rocambolesque qui prendra des accents tragiques.

Il y a beaucoup de belles choses dans ce quatrième film de Luc Picard, qui avait entre les mains une histoire solide et qui lui a donné toute la place, tout en imprimant sa marque. On comprend facilement ce que le réalisateur a aimé du roman de Nicole Bélanger, dont le long métrage est adapté : on y trouve une charge politique, une époque effervescente, autant d'humour que d'émotion, et surtout une voix forte - celle de Manon, héroïne ducharmienne par excellence qui n'est pas sans rappeler le personnage de Charlotte Laurier dans Les bons débarras.

Avec sa musique et sa reconstitution parfaite des années 70, Les rois mongols nous plonge avec délectation dans un quartier populaire de Montréal. Mais si l'aspect politique est toujours présent et que la grande histoire s'imbrique à la petite, c'est le quatuor de jeunes qui en est le principal atout.

Les quatre comédiens sont crédibles et portent le film sur leurs épaules. Mylia Corbeil-Gauvreau donne à sa Manon regard de feu, hargne et sensibilité. Le petit Anthony Bouchard incarne un Mimi bouleversant de fragilité, et ils forment ensemble un duo sidérant de vérité. Les frères Denis et Martin, joués par Alexis Guay et Henri Picard, ne manquent pas de charisme non plus et possèdent la même justesse.

Automne 1970: tout part en... (Image fournie par Téléfiction Distribution.) - image 2.0

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Image fournie par Téléfiction Distribution.

Luc Picard sait diriger ses acteurs, c'est clair dans ce film tourné à hauteur d'enfant - un parti pris qu'il tient jusqu'au bout.

Même si les deux couples de parents ont une certaine consistance, les figures d'autorité - armée, police, services sociaux - en prennent ainsi pour leur rhume dans le regard de Manon et sa bande. Pourquoi grandir, si c'est pour devenir adulte et idiot, et briser ses promesses d'enfance ?

Après une première partie plus réaliste, mais qui s'étire un peu - on manque légèrement de punch et de rythme, à l'image de ces jeunes désoeuvrés -, le film prend vraiment son envol en deuxième partie, lors d'une cavale un peu surréaliste, et surtout très prenante, qui sent la catastrophe.

Cette montée dramatique tient le spectateur ému et en haleine jusqu'à la toute dernière scène, dans une finale qui devrait bouleverser même les coeurs les plus secs. On le sait depuis L'audition, son premier film, Luc Picard n'a pas peur des émotions. Il réussit le coup encore cette fois-ci, mais peut-être mieux dosé, avec doigté, délicatesse et respect.

Un vrai beau film, par un réalisateur sensible et vraiment maître de ses moyens.

* * * 1/2

Les rois mongols. Drame de Luc Picard. Avec Mylia Corbeil-Gauvreau, Anthony Bouchard, Alexis Guay et Henri Picard. 1 h 42.

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