Genius: écrire, c'est réécrire ***

La PresseChantal Guy 3/5

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Si nombre d'écrivains ont fait l'objet de films biographiques, on ne connaît pratiquement pas de cas où c'est l'éditeur qui en est la vedette. C'est ce métier de l'ombre, un peu ingrat, qui a inspiré le directeur de théâtre londonien Michael Grandage pour son premier film, Genius.

Et pour ce faire, il a choisi probablement l'un des plus célèbres éditeurs des lettres américaines: Maxwell Perkins, qui a découvert dans les années 20 les talents de Francis Scott Fitzgerald (The Great Gatsby), Ernest Hemingway (A Farewell to Arms) et Thomas Wolfe (Look Homeward, Angel) - qui ont tous connu des fins tragiques, mais c'est une autre histoire.

Perkins n'a pas seulement «découvert» ces talents, il leur a permis de venir au monde dans des formes aujourd'hui reconnues comme des chefs-d'oeuvre. Ainsi, le titre Genius peut se lire, en quelque sorte, à double sens. Qui, dans ce film, est le génie? L'auteur ou cet éditeur au flair rare et à la sensibilité littéraire particulièrement brillante? Un bon mélange des deux, sûrement, Maxwell Perkins étant l'un des éditeurs à qui les écrivains ont le plus dédié leurs livres.

Genius s'attarde plus particulièrement à la relation entre Maxwell Perkins (Colin Firth) et Thomas Wolfe (Jude Law). Le film s'ouvre sur une très belle séquence, lorsque l'éditeur reçoit un énorme manuscrit, qu'il lit de bout en bout, au bureau, dans le train, en marchant dans la rue, à la maison, entouré de ses enfants. Le métier de lire est tout autant introspectif que celui d'écrire, et Grandage rend bien ce merveilleux moment où un roman vous happe complètement.

Perkins est soufflé et rencontre l'écrivain, qui s'avère une sorte de cheval fou. Exalté, prolifique, échevelé, Wolfe a besoin d'un coach, en quelque sorte, et Perkins, d'un calme olympien, a toute la patience qu'il faut pour mener son poulain au bout de son roman, qui deviendra un grand succès. 

Le défi du deuxième roman, toujours attendu avec une brique et un fanal, ne sera rien de moins que titanesque. Car Wolfe, stimulé par la réussite, arrive avec un manuscrit de milliers et de milliers de pages - l'écrivain ne veut rien de moins que saisir l'entièreté de l'Amérique en un roman, dans cette fascinante quête du big American novel encore présente de nos jours. Il faudra deux ans de travail pour réduire Of Time and the River à des proportions raisonnables.

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Genius

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À travers ce chantier littéraire qui finit par obséder les deux hommes, les femmes font obstacle. Et c'est là la plus grande déception de Genius, qui montre pourtant si bien un aspect méconnu de la vocation littéraire, car on ne compte plus les films où les héros masculins ont comme principal empêchement des femmes énervantes, alors qu'elles ont souvent été des soutiens ou des muses. Une solution de facilité de beaucoup trop de scénarios. 

De voir ces grandes comédiennes que sont Nicole Kidman et Laura Linney dans des rôles de faire-valoir, c'est frustrant.

En gros, l'amante de Wolfe, Alice (Nicole Kidman), reçoit très mal l'amitié de ces deux hommes, elle se sent écartée, pique des crises et fait des menaces, tandis que la femme de Perkins (Laura Linney) lui reproche de ne pas se consacrer assez à sa famille et trop à son travail. C'est sans compter que Perkins, un homme fidèle et intègre, doit aussi composer avec ses autres stars, notamment Fitzgerald, en panne sèche, alcoolique et ravagé par la maladie mentale de sa femme Zelda. Et aussi avec Wolfe, à qui le succès monte à la tête. Insupportable, égocentrique et un peu parano, il finira par penser que Perkins s'approprie son oeuvre - alors qu'il n'a fait que son travail d'accompagnateur.

Genius est malgré tout un film rare sur le processus créatif du romancier bien encadré par un éditeur. Il pourrait sembler un peu statique pour le cinéphile en quête d'action, mais écrire n'a jamais rien eu de très glamour, et c'est à l'honneur du cinéaste de ne pas caricaturer la profession, ici incarnée par un Colin Firth tout en retenue, toujours affublé d'un chapeau (même à table) et extrêmement touchant lorsqu'il laisse un peu de côté son flegme, face à un Jude Law déchaîné, à la limite du cabotinage. 

En fin de compte, Genius nous apprend une chose essentielle: écrire, c'est réécrire.

* * * 1/2

DRAME BIOGRAPHIQUE. Genius De Michael Grandage. Avec Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman, Laura Linney. 1h44.

> Consultez l'horaire du film

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