Carol: le vertige de l'amour ****

Rooney Mara et Cate Blanchett dans une scène... (PHOTO AP)

Agrandir

Rooney Mara et Cate Blanchett dans une scène de Carol.

PHOTO AP

La PresseMarc-André Lussier 4/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Ce n'est un secret pour personne: Cate Blanchett est une actrice d'exception. Elle le prouve encore une fois dans Carol, le nouveau film de Todd Haynes, un cinéaste qu'elle retrouve après avoir tourné avec lui l'étonnant I'm Not There il y a huit ans. Un simple geste discret suffit à l'actrice pour traduire l'essence d'un personnage. Un regard lancé furtivement en révèlera toute la fragilité. Et le fera passer de l'élégance assurée à l'angoisse la plus totale avec, toujours, une justesse de ton stupéfiante.

Il lui suffit aussi de prononcer un seul mot avec une musicalité particulière pour ouvrir un univers inattendu. C'est celui dans lequel entrera Therese (Rooney Mara), une jeune vendeuse dans un magasin de jouets, qui aspire à gagner sa vie à titre de photographe.

Carol est un drame lesbien. Il est tiré d'un roman que la célèbre écrivaine Patricia Highsmith, reconnue pour ses thrillers psychologiques (Strangers on a Train, The Talented Mr. Ripley), a publié sous le pseudonyme Claire Morgan dans les années 50. À cet égard, Todd Haynes respecte tout à fait l'état d'esprit d'une époque où les individus épris de tels sentiments ignoraient souvent eux-mêmes comment les reconnaître.

C'est d'ailleurs un peu ce qui arrive à Therese. Fiancée sans grand enthousiasme à un jeune homme bien sous tous rapports (Jake Lacy), la jeune femme sent son destin basculer dès qu'elle croise le regard de cette femme plus mûre, venue au magasin pour acheter un jouet destiné à sa fillette âgée de 4 ans.

Mariée à Harge (Kyle Chandler), prototype même du pourvoyeur qui tient à la bonne marche de son foyer et aux apparences de bonheur, Carol est, on le devine bien, malheureuse dans son couple. D'autant plus que son passé, apprend-on, est déjà ponctué de quelques liaisons conjuguées au féminin, notamment avec une amie très proche (Sarah Paulson). C'est en outre cette dernière qui, anticipant des heures plus sombres, tente de mettre Carol en face de sa vérité.

Des rapports subtils

Portant à l'écran un scénario de Phyllis Nagy, qui a adapté le roman The Price of Salt (Les eaux dérobées) pour l'occasion, Todd Haynes mise avant tout sur la subtilité des rapports amoureux, révélés dans un contexte social où le désir homosexuel devait obligatoirement être réprimé.

Le cinéaste magnifie aussi l'époque au chapitre de la direction artistique. Chaque plan est minutieusement composé. Le fait d'avoir tourné le film en Super 16mm, histoire de retrouver un peu le grain des films d'il y a 60 ans, ajoute aussi une touche de réalisme à l'ensemble.

Haynes a ainsi créé un cadre propice aux actrices. Même si la performance de Cate Blanchett est de celles qui se font remarquer d'emblée grâce à sa parfaite modulation, il reste que celle de Rooney Mara est à la même hauteur. Le jury du Festival de Cannes a d'ailleurs tenu à saluer la composition de la jeune comédienne en lui attribuant un prix d'interprétation. Carol risque aussi de se distinguer souvent au cours de la prochaine saison des récompenses, qui est maintenant bien enclenchée grâce aux SAG Awards et aux Golden Globes.

Voilà qui est bien vu. Car Carol est, d'évidence, l'un des plus beaux films de l'année.

* * * *

Carol. Drame de Todd Haynes. Avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Jake Lacy. 1h58.

Partager

publicité

publicité

publicité

la boite:1977421:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer