Cédric Klapisch: le fil continu

Le réalisateur français Cédric Klapisch était de passage au... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Le réalisateur français Cédric Klapisch était de passage au Québec plus tôt cette semaine, en marge de la sortie prochaine de son nouveau film, Retour en Bourgogne.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Il y a 25 ans, Cédric Klapisch présentait Riens du tout, son tout premier long métrage. C'est toutefois son film suivant, Le péril jeune, qui lui permettra de vraiment faire sa marque dans le cinéma français. De passage au Québec plus tôt cette semaine, en marge de la sortie prochaine de son nouveau film, Retour en Bourgogne, le cinéaste a bien voulu commenter pour La Presse quelques-unes de ses oeuvres.

Riens du tout (1992)«Je ne garde pas un souvenir très heureux de Riens du tout. En fait, ce genre de film est trop difficile à exécuter pour quelqu'un qui en est à son premier long métrage. Moi qui avais jusque-là réalisé des courts métrages avec deux acteurs, voilà que je me suis retrouvé à devoir en diriger une trentaine, avec, en tête, Fabrice Luchini! Je n'étais pas outillé pour ça, mais j'ai quand même eu l'impression d'apprendre mon métier grâce à ce film. Cela dit, je l'ai revu il y a un mois à peine pour une édition destinée aux différentes plateformes, et j'ai été étonné de constater que, finalement, le film était plutôt bien fait. C'était comme s'il était réhabilité à mes yeux, 25 ans plus tard!»

Le péril jeune (1994)«Entre tous les films que j'ai réalisés, Le péril jeune reste celui que je préfère, encore aujourd'hui. J'ai l'impression que je ne pourrai jamais dépasser, ni peut-être même retrouver l'émotion que j'ai ressentie en le fabriquant. J'ai le sentiment d'être un bien meilleur cinéaste aujourd'hui, mais cela ne veut pas dire que je fais de meilleurs films. Il est d'ailleurs un peu troublant de faire ce constat quand on vieillit, car malgré tout ce qu'on sait mieux faire, on s'aperçoit qu'on ne pourra jamais recréer ce genre de moment, intimement lié à une époque et à sa jeunesse. Et puis, ce film marque ma rencontre avec Romain Duris.»

Chacun cherche son chat et Un air de famille (1996)«Un producteur m'a dit: "Vous êtes jeune, vous n'avez pas encore d'enfants, il faut faire beaucoup de films." J'en ai réalisé deux en un an! J'ai voulu confronter une approche plus libre, plus improvisée avec Chacun cherche son chat, à celle, plus écrite, plus rigoureuse, d'Un air de famille. Je voulais voir quel style me convenait le mieux. À l'arrivée, je n'ai pas eu de réponse, car j'aime ces deux longs métrages également! J'ai alors compris qu'un film était avant tout une affaire de désir. Dans le cas de ces deux projets, les plaisirs étaient de nature différente, mais tout aussi exaltants les uns que les autres. À partir de là, je me suis dit qu'il fallait faire confiance à ses envies.»

L'auberge espagnole (2002)«À mes yeux, L'auberge espagnole est aux années 2000 ce que Le péril jeune fut pour moi dans les années 90. Il y a d'abord la découverte de jeunes acteurs dans les deux films, et puis le sentiment magique que j'en garde. Le film constituait aussi une grande expérience sur le plan du rassemblement européen. Aujourd'hui, j'ai l'impression que l'Europe se cherche, mais qu'elle est en train de se trouver. Je ne suis pas mécontent du Brexit, car l'impact n'a pas été aussi grand qu'on aurait pu l'imaginer. Il permet aussi une redéfinition de l'identité européenne, à laquelle les Anglais n'ont jamais souscrit de toute façon. L'Europe doit se fabriquer avec des gens qui en ont véritablement envie.»

Ma part du gâteau (2011)«Ce film est directement issu de la crise financière de 2008, laquelle a elle-même engendré une importante crise sociale. De la même façon que plusieurs cinéastes des années 30 ont abordé cette thématique, je trouvais essentiel de l'évoquer. Je l'ai fait sur le ton de la comédie en donnant une image simplifiée du monde de la finance, qui existe de façon virtuelle, mais qui a un impact concret dans nos vies. Ce film n'a pas été bien accueilli, car les gens attendaient peut-être une nouvelle version de Pretty Woman. Or, mon approche était beaucoup plus radicale. »

Casse-tête chinois (2013)«Ce film-là n'a pas été fait du tout de la même façon que L'auberge espagnole et Les poupées russes. À 25 ans, le personnage de Xavier était un peu chien fou alors qu'à 40, il est plus posé. Ça donne forcément un film plus établi. Je suis content de Casse-tête chinois, car il boucle joliment les deux autres. J'ai aussi adoré tourner à New York et filmer la ville. Il me semblait évident de conclure là une trilogie liée au voyage, d'autant que c'est à New York, où j'ai vécu deux ans, que j'ai appris à faire du cinéma.»

Retour en Bourgogne: Des racines et des ailesAprès avoir beaucoup filmé Paris, ainsi que plusieurs autres grandes villes du monde, Cédric Klapisch a posé sa caméra dans les vignobles de la région de Bourgogne pour raconter l'histoire d'une famille. Sorti en France sous le titre Ce qui nous lie, le long métrage a été rebaptisé Retour en Bourgogne pour le marché international.

«Ce film marque sans doute une nouvelle étape dans ma carrière de cinéaste, car j'ai toujours cherché à mettre dans mes films des touches un peu poétiques dans le quotidien, explique le cinéaste. Je suis allé un peu plus loin dans cette voie cette fois-ci, car au-delà de l'histoire de cette famille, le récit évoque aussi beaucoup la notion du temps qui passe et de la transmission.»

Pio Marmaï interprète un homme qui, après avoir parcouru le monde pendant 10 ans, sans vraiment donner de nouvelles, revient chez lui au moment où son père, avec qui il a eu une relation conflictuelle, s'apprête à mourir. Ce retour inattendu provoque bien entendu des sentiments contradictoires auprès de sa soeur (Ana Giradot) et de son frère (François Civil) qui, eux, n'ont jamais quitté le vignoble familial pour aller voir ailleurs s'ils y étaient.

«Où que l'on aille, les racines restent toujours les mêmes, souligne Cédric Klapisch. Je trouve essentiel qu'un être humain se confronte à une autre réalité en allant découvrir le monde. Quand on dit que les voyages forment la jeunesse, on ne peut être plus juste. Même dans la Bible, il y a une jolie phrase qui évoque ça: la meilleure éducation qu'on puisse donner à un enfant est de lui donner des racines et des ailes. Une fois adulte, on garde toujours en soi ses deux cultures, celle que l'on s'est fabriquée soi-même ailleurs, et celle que nous a transmise la famille.»

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Retour en Bourgogne prendra l'affiche le 29 septembre.




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