Deniz Gamze Ergüven: femme. Et Turque...

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Pour son premier long métrage, Deniz Gamze Ergüven, née à Ankara, s'est inspirée d'un épisode qu'elle a elle-même vécu dans son adolescence.

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(Paris) Finaliste aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, Mustang est un récit d'émancipation, campé dans une société aux prises avec une frange ultra conservatrice. Qui souhaite faire reculer les horloges de quelques centaines d'années...

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Mustang relate le parcours de cinq sœurs qui, à la suite du « scandale » auquel elles ont été mêlées (elles ont joué avec des garçons), se retrouvent pratiquement prisonnières de leur maison familiale.

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«Je reçois maintenant des courriels incroyables de la part de grandes vedettes américaines du cinéma. L'impact des Oscars, c'est fou!»

Toute la famille de cinéma de Deniz Gamze Ergüven se trouve en France. Bien qu'elle vive dans le pays des Lumières depuis très longtemps, la cinéaste partage néanmoins son temps depuis toujours entre sa terre d'adoption et son pays natal. Où réside encore une bonne partie de son autre famille, celle du sang.

Pour son premier long métrage, cette trentenaire, née à Ankara, s'est tout naturellement inspirée d'un épisode qu'elle a elle-même vécu dans son adolescence. À la différence que si l'élément déclencheur du «scandale» évoqué dans le film est du même ordre, la façon d'y faire face relève ici davantage du fantasme que de la réalité. Et le cadre n'est pas tout à fait le même non plus. Deniz Gamze Ergüven a choisi de camper l'histoire de son film dans un petit village reculé, situé à 600 km au nord-est d'Istanbul.

«Je me souviens m'être fait réprimander à l'adolescence parce que, comme les filles dans le film, je m'étais amusée à monter sur les épaules d'un garçon, a déclaré la réalisatrice lors d'une rencontre de presse tenue la semaine dernière à Paris. Sauf que la seule réaction que nous avions eue, nous, à l'époque, a été de baisser les yeux et de rougir de honte. Il m'a fallu beaucoup de temps pour m'indigner. Dans mon film, j'ai voulu qu'au contraire, mes héroïnes gardent la tête haute et soient dans l'action. Leur courage engendre quelque chose de positif.»

Les cinq soeurs

Mustang, un titre qui évoque le tempérament fougueux du cheval sauvage, relate ainsi le parcours de cinq soeurs qui, à la suite du «scandale» auquel elles ont été mêlées (elles ont joué avec des garçons), se retrouvent pratiquement prisonnières de leur maison familiale. On les prive d'éducation, on leur enseigne les tâches ménagères, on leur trouve des maris. Qu'elles doivent épouser de force. La révolte gronde...

«La Turquie est un pays d'une très grande diversité, fait remarquer la cinéaste. Mais depuis quelques années, la confrontation idéologique entre les progressistes et les ultraconservateurs est très intense. Plus que jamais, la condition des femmes est au coeur du débat public.»

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Mustang relate le parcours de cinq soeurs qui, à la suite du «scandale» auquel elles ont été mêlées (elles ont joué avec des garçons), se retrouvent pratiquement prisonnières de leur maison familiale.

PHOTO FOURNIE PAR CG CINÉMA

«Je voulais ainsi raconter ce que c'est qu'être une fille ou une jeune femme dans la Turquie contemporaine, à une époque où des ultraconservateurs tentent de nous faire reculer de plusieurs siècles.»

Comme ailleurs, Mustang a des admirateurs en Turquie. Mais le film - tout autant que sa réalisatrice - est aussi beaucoup décrié là-bas. Exerçant son droit de liberté d'expression sur les médias sociaux, Deniz Gamze Ergüven se fait aussi violemment apostropher par ses détracteurs. Qui lui reprochent essentiellement de «trahir la nation».

«Les Turcs sont très sensibles à la manière dont leur pays est représenté sur la scène internationale, indique la réalisatrice. À cet égard, Midnight Express a fait beaucoup de tort, et ce, pendant des décennies. Évidemment, tout le monde rêve d'un décor de carte postale, mais quand on veut évoquer la réalité humaine, vient un moment où il faut quand même enlever ses lunettes roses. Ce qui se passe en ce moment en Turquie fait peur.»

Une portée plus grande encore

Depuis son lancement au Festival de Cannes l'an dernier, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, Mustang connaît un parcours que la cinéaste n'aurait jamais pu imaginer, même dans ses rêves les plus fous.

«C'est comme si, dès lors, le film ne m'appartenait plus, qu'il était pris en charge par ceux qui l'aiment, indique-t-elle. Les Américains ont tout de suite été intéressés. Et là, cette sélection aux Oscars vient couronner le tout et donne au film une portée universelle plus grande encore. Au point où, en Turquie, on ose moins m'attaquer, maintenant!»

Alors que la direction de l'Académie se fait vertement reprocher l'absence de diversité chez les artisans nommés cette année dans les différentes catégories, il se trouve que Deniz Gamze Ergüven est la seule réalisatrice de films de fiction en lice cette année pour un Oscar.

«Oui, cela paraît étrange, dit-elle. Cela dit, j'estime qu'il y a quand même eu une amélioration dans les mentalités depuis une dizaine d'années. Il est très important que cette évolution se poursuive, car les films que nous voyons influencent directement notre façon de penser. Je crois beaucoup aux vertus du cinéma. L'absence du point de vue de la moitié de l'humanité constitue un appauvrissement déplorable, surtout dans certaines cultures. En Turquie ou dans d'autres pays similaires, le fait de ne pouvoir se projeter en tant que femme dans une expression artistique a un impact dévastateur.» 

La France finaliste aux Oscars avec un film... turc?

Même si le récit de ce long métrage, tourné en langue turque, est entièrement campé en Turquie, Mustang, finaliste dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, porte le drapeau français aux Oscars. Il appert en effet que la présence de sociétés françaises dans le montage financier du film, sans oublier la participation de nombreux artisans de l'Hexagone dans sa fabrication, a permis au comité de sélection français de fixer son choix sur le film de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven. Pour Jean-Paul Salomé, président d'Unifrance (l'organisme chargé de la promotion du cinéma français dans le monde), cela relève presque de l'évidence. «Quand nous avons su que les autorités turques, qui détestent le film, ne le retenaient pas pour sa soumission nationale, nous avons vite saisi l'occasion. Bien entendu, cela a suscité quelques discussions au sein de notre comité, mais nous nous sommes très vite entendus. Dans le cadre d'une compétition comme celle des Oscars, nous estimions que Mustang avait toutes les qualités requises pour séduire les membres de l'Académie et décrocher une place parmi les finalistes. C'est ce qui est arrivé. Et nous en sommes ravis!»

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Mustang prendra l'affiche le 29 janvier. Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

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