Sophie Deraspe: de l'ivresse et des pièges du web...

La cinéaste Sophie Deraspe... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

Agrandir

La cinéaste Sophie Deraspe

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le web est un monde fascinant et aux ramifications infinies. Pour quiconque affectionne l'exploration, la connaissance, la communication, il s'agit d'un outil incroyable. Mais il peut aussi devenir un piège, un outil de propagande et de mensonge susceptible de duper des millions de personnes à la fois.

C'est ce qui est survenu en janvier 2011 quand une histoire d'amour entre une jeune femme de Montréal, Sandra Bagaria, et Amina Abdallah Arraf al Omari, une blogueuse syrienne traquée et menacée en raison de son orientation sexuelle et son désir de liberté politique, a pris des proportions internationales.

Durant des mois, des médias du monde entier ont rapporté cette histoire prenante jusqu'à ce qu'on découvre qu'Amina était en fait Tom MacMaster, un Américain établi à Édimbourg.

En compagnie de Sandra Bagaria, la cinéaste Sophie Deraspe a remonté le fil de ce gigantesque canular pour en faire le documentaire Le profil Amina.

Comment avez-vous découvert cette histoire?

Je suis une amie de Sandra Bagaria. J'étais au courant des événements au moment où ils se produisaient. Je les ai vécus comme un thriller, mon amie faisant une rencontre de plus en plus passionnante en ligne. Je me suis sentie partie prenante de tout ce que Sandra a vécu.

Vous y avez donc cru vous aussi?

Oui. Avec d'autres personnes, nous disions à Sandra qu'elle devait rencontrer Amina assez vite parce qu'on voyait comment la relation amoureuse devenait engageante. Nous ne voulions pas qu'elle soit déçue. On lui disait: tu dois voir comment cette relation va s'épanouir autrement que par écrit. Si Sandra, à certains moments, a pu avoir des doutes, dès lors où The Guardian, ce journal londonien à la très grande réputation, a fait une entrevue avec Amina, elle existait!

Une fois la supercherie découverte, pourquoi avoir voulu faire un film?

Parce que cette histoire parle d'enjeux tellement actuels. Elle parle d'identité, de la façon dont on entre en relation, comment on s'informe, etc. Ça touche les médias sociaux comme les médias traditionnels. En plus, elle passe d'une histoire très personnelle, intime, à une dimension internationale. C'était une histoire incontournable.

Dans quel état d'esprit était Sandra en faisant le film?

C'est moi qui lui ai proposé de partir à travers le monde à la rencontre des gens ayant joué un rôle dans l'histoire. Ces rencontres ont fait du bien à tout le monde. Au départ, chacun était de son côté avec son ordinateur. Le fait d'être partie seule avec elle (j'ai fait la caméra, le son, etc.) a instauré un climat de complicité et même d'amitié avec tous ces gens. Sandra était très heureuse de participer à cette enquête. Qu'elle réalise ne pas avoir été seule dans cette histoire, c'est devenu important et thérapeutique. Elle a bouclé une boucle.

Comment s'est passée la rencontre entre Sandra et Tom?

Il a répondu assez rapidement à notre demande de rencontre, mais d'une façon très habile, un peu sournoise. Il ne nous est pas revenu comme il l'avait laissé entendre. On avait peur qu'il nous échappe. Nous nous sommes donc rendues à Istanbul, là où il participait à un colloque. J'ai réuni toutes les conditions propices à cette rencontre, dont le fait qu'elle ait lieu sur un terrain qui n'est pas le sien. Sandra et moi étions très nerveuses. Mes dernières nuits avant la rencontre, j'ai très peu dormi.

Votre film parle beaucoup de responsabilité...

Il parle beaucoup de notre époque en ce sens où tout va très vite. C'est le cas avec les journalistes qui ne prennent pas toujours le temps de vérifier leurs sources, parce qu'on leur demande d'avoir le scoop, de livrer l'information très rapidement. Mais c'est aussi vrai dans les relations personnelles. Les gens ne veulent pas rester célibataires longtemps. Ils veulent rencontrer vite, tomber amoureux vite, être rapidement dans une relation sexuelle, etc. Le fait de laisser le temps aux choses de se produire n'existe presque plus dans notre monde.

Votre film montre que le web peut nous duper, mais il peut aussi servir à trouver la vérité...

Absolument! Mon film n'est pas contre le web ou contre les réseaux sociaux. Ces nouvelles plateformes ont permis à l'histoire d'Amina de jaillir, mais elles ont aussi permis de la démystifier. En fait, ce sont de nouveaux paramètres avec lesquels il faut être vigilant, définir nos attentes, nos approches et la bonne façon d'analyser les choses.

____________________________________

Le profil Amina prend l'affiche le 10 avril.

Partager

publicité

publicité

publicité

la boite:1977421:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer