Sophie Desmarais: la moderne romantique

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Si vous tapez le nom de l'actrice Sophie Desmarais sur l'internet, vous risquez d'apprendre qu'elle est la fille de Paul Desmarais, que le prénom de sa mère est Jacqueline, qu'André et Paul sont ses deux frères. Sauf que c'est faux. Archifaux. Sophie n'a pas grandi à Westmount ni à Sagard, mais à Terrebonne. Elle est la fille unique d'Alain Desmarais, contremaître dans une imprimerie, et de Jocelyne Giguère, qui a fait carrière chez Bell. Il y a quelques mois, l'actrice de 28 ans a fermé son compte Facebook et abandonné les réseaux sociaux pour ne plus avoir à lire qu'elle devait sa carrière d'actrice à l'empire Desmarais.

Dans les faits, Sophie Desmarais ne doit sa resplendissante carrière au grand écran - 17 longs métrages, 11 courts métrages en seulement sept ans - qu'à elle-même. Ce ne sont certainement pas ses contacts (inexistants) dans le milieu qui l'ont propulsée à l'écran et sur les scènes des théâtres, mais fort probablement son talent, sa rigueur, sa photogénie, son joli minois à la Audrey Hepburn et sa jeunesse qui, dès sa sortie de l'école, en a fait une candidate naturelle pour jouer les ados rebelles.

Au cinéma, chaque époque a son égérie. Pendant les années 90, Pascale Bussières était de pratiquement tous les films québécois, son visage comme la page blanche sur lequel s'écrivait une époque. Ainsi en est-il de Sophie Desmarais pour les années 2000.

«Ça me flatte beaucoup qu'on me compare à Pascale Bussières, qui est une actrice que j'admire tellement; en même temps, cette exposition que je connais en ce moment me fait un peu peur. De nature, je suis plutôt discrète et je me suis inquiétée à un moment qu'on se lasse de moi, mais bon, je fais surtout des films indépendants et pratiquement pas de télé, sauf pour Yamaska et En thérapie à TV5 où j'interprète un personnage que j'adore, alors cette exposition, ce n'est pas si grave que ça et, surtout, elle me permet de gagner ma vie.»

Sophie Desmarais parle d'une voix posée. Elle est discrète, mais ne manque pas d'aplomb ni de force tranquille. Il y a chez elle un fond de romantisme. Elle a lu les grands auteurs, adore Chopin, apprend le violoncelle par pur plaisir. Mais la romantique est aussi une jeune fille de son temps, affranchie, assumée, qui vit dans le Mile End, s'habille vintage et n'a pas peur de ses opinions.

Lily, une ingénue

Elle s'est pointée au rendez-vous à La Presse impeccablement maquillée et coiffée, vêtue d'une jupe à plis noire et d'un chemisier fleuri assorti de la marque Top Shop, ressemblant plus que jamais à une petite soeur d'Audrey Hepburn. Le prétexte de notre rencontre était la sortie prochaine du film de Julie Hivon Qu'est-ce qu'on fait ici?, qui raconte la quête existentielle d'une bande d'amis dont un des membres vient de se tuer dans un accident d'auto.

Sophie Desmarais y incarne Lily, une ingénue. «C'est un personnage de jeune première, dénué de cynisme, sans malice. Elle est très girl next door. Dans le fond, c'est peut-être le personnage le plus accessible que j'ai jamais joué au cinéma.»

Accessible, peut-être, il n'en demeure pas moins que Lily ne sait pas quoi faire de sa vie alors que Sophie, elle, a décidé à 14 ans qu'elle serait actrice. À 16 ans, c'était presque chose faite puisqu'elle a été acceptée à l'Option-théâtre du collège Lionel-Groulx où, pendant quatre ans, elle a survécu au processus d'élimination sur lequel le programme est construit.

«J'étais pressée de rentrer à l'école de théâtre. Obstinée même. Les gens me disaient: t'es trop jeune, t'as rien vécu. Je leur répondais: j'ai rien vécu, mais j'ai beaucoup lu, ce qui était vrai. Il n'y a rien de plus formateur pour comprendre l'expérience humaine que les livres. Une fois que j'ai été acceptée, le stress d'être éliminée m'a gagnée. S'il avait fallu que je sois éliminée, ç'aurait été pour moi la fin du monde.»

Un rapport naturel avec la caméra

Non seulement Sophie n'a pas été éliminée, mais deux mois après l'obtention de son diplôme en 2007, elle obtenait son premier rôle dans Le grand départ de Claude Meunier où elle jouait l'ado rebelle de Marc Messier. Rapidement, les rôles et les contrats se sont enchaînés. Je lui demande: Pourquoi? Pourquoi est-ce que le cinéma l'a aimée d'emblée et autant? Est-ce parce qu'elle est une «go-getteuse», qui ne rate pas une audition ni une occasion de se vendre et de se mettre en valeur?

«Non, je ne suis pas très «go-getteuse». J'ai passé beaucoup d'auditions et je n'ai pas toujours eu les rôles, mais je crois que ce qui a beaucoup joué en ma faveur, c'est qu'à 20 ans, j'avais l'air beaucoup plus jeune que mon âge. J'avais une longueur d'avance sur mon casting, quoi.»

La jeunesse y est certainement pour quelque chose. Reste qu'au grand écran, Sophie Desmarais rayonne, quand elle n'irradie pas carrément. Qu'elle soit dans la peau d'une coureuse à la sexualité ambiguë (Sarah préfère la course), qu'elle soit affublée de perruques criardes au fond d'un salon de quilles de campagne (Curling), qu'elle soit junkie (Décharge) ou qu'elle se la joue Anna Karina (Chasse au Godard d'Abbittibbi), la caméra l'aime follement et elle le lui rend bien. «C'est facile pour moi d'exprimer des émotions avec ce médium, dit-elle. C'est une affaire assez mystérieuse, mais c'est comme ça: j'ai beaucoup de facilité à me rendre à la caméra. C'est un rapport naturel pour moi.»

Ce rapport intime et naturel avec une caméra devient parfois nul et non avenu sur une scène. Mais pas dans le cas de Sophie Desmarais. Le théâtre semble l'aimer autant que le cinéma. Depuis son diplôme, elle a joué dans une quinzaine de pièces, aussi bien du Molière que du Sarah Berthiaume, et elle entend bien continuer et faire au moins une pièce par année, si son horaire le permet.

En mars 2015, elle sera de la distribution de Richard III au TNM sous la direction de Brigitte Haentjens, avant la reprise de la pièce Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste qui souhaiterait abolir la fête de Noël où elle fait, aux côtés de Luc Picard, un numéro de haute voltige théâtrale des plus spectaculaires.

En attendant, on la verra fouler les tapis rouges des films Henri Henri, Gurov & Anna et, aujourd'hui, celui de Qu'est-ce qu'on fait ici?, une question existentielle que Sophie Desmarais ne se pose plus depuis longtemps.

Cinq films pour Sophie Desmarais

Décharge (2011) de Benoît Pilon

Sophie interprétait une junkie prostituée. «Ce fut un film tremplin, qui m'a révélée dans ma complexité d'actrice», dit-elle.

Curling (2010) de Denis Côté

«Pour le bonheur de travailler avec Denis Côté, de s'inscrire dans son cinéma si particulier et de pouvoir changer de perruque dans chaque scène», dit celle qui incarnait la préposée très colorée d'un salon de quilles.

Sarah préfère la course (2013) de Chloé Robichaud

Le rôle qui l'a amenée à Cannes et qui lui a ouvert les portes de l'international. Depuis Sarah, Sophie a un agent en France et un autre aux États-Unis.

Chasse au Godard d'Abbittibbi (2013) d'Éric Morin

Elle interprète une sorte d'Anna Karina et le personnage qui lui ressemble le plus dans la vie.

Gurov & Anna (2014) de Rafaël Ouellet

La première fois que Sophie tournait à la fois en français et en anglais, une histoire d'amour toxique entre une étudiante et son prof (Andreas Apergis).




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