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      Juliette et Camille

      C'est Juliette Binoche qui a laissé un message téléphonique à Bruno Dumont.... (Photo fournie par Niagara Films)

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      Photo fournie par Niagara Films

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      C'est Juliette Binoche qui a laissé un message téléphonique à Bruno Dumont. Attirée par son côté mystique, elle proposait au cinéaste de La vie de Jésus et Hadewijch de tourner un film avec lui.

      Ce n'est pas la première fois que l'actrice française, révélée par les Godard, Doillon, Téchiné et autres Carax, oscarisée pour son rôle dans Le patient anglais, prenait ainsi les devants. Elle a aussi renversé les rôles avec Assayas, Kiarostami, Kore-eda...

      Une habitude? «Ce n'est pas une habitude, c'est un don!», répond-elle du tac au tac, en entrevue téléphonique. «J'aime attirer un metteur en scène vers une autre partie de lui-même, dit-elle. À la manière d'une muse. Il y a une caméra entre nous, mais nous nous rejoignons dans la même volonté de créer.»

      Ils ne sont pas nombreux, les cinéastes avec qui elle souhaite vraiment travailler. Bruno Dumont, philosophe de formation, adepte d'un cinéma radical et austère, qui compte autant d'admirateurs que de détracteurs, est de ceux-là. «Il prend le temps de scruter un visage avec sa caméra. Il a cette capacité, ce don-là.»

      Après quelques mois sans réponse, Dumont lui a proposé de jouer Camille Claudel, au moment de son internement dans un asile psychiatrique. «Il a eu cette idée, qui était pour moi une évidence, dit Juliette Binoche. Camille Claudel m'a beaucoup inspirée quand j'étais adolescente. C'était une icône, une résistante.»

      L'actrice a lu, à 16 ans, la biographie de Camille Claudel par Anne Delbée. L'histoire de sa relation orageuse avec Rodin, dont elle fut l'élève, puis la collaboratrice et la maîtresse; de ses années d'isolement dans son atelier parisien, après leur rupture (où elle finit par détruire ses oeuvres); et de son internement par sa mère et son frère, l'écrivain Paul Claudel, dans un hôpital près de Paris, puis à Montdevergues, près d'Avignon, où elle fut confinée jusqu'à la fin de ses jours, emmurée dans le silence.

      Bruno Dumont raconte dans Camille Claudel 1915, à l'affiche vendredi, trois jours de cette période sombre dans la vie d'une femme au destin tragique, à la lisière de la folie et du génie, luttant pour récupérer sa liberté.

      Juliette Binoche, extraordinaire de subtilité et de rage contenue, y trouve l'un des plus grands rôles de sa carrière. Celui d'une artiste d'exception, menaçant à tout instant de sombrer dans un délire paranoïaque, habitée par des éclairs de lucidité et un profond sentiment d'injustice. Personnage historique qu'elle rend à l'écran en très peu de mots, grâce à un regard intense, évocateur, magnifique de détresse.

      La tâche était colossale. Bruno Dumont, qui s'est appuyé sur le journal médical et des lettres de Camille Claudel pour écrire son scénario, a refusé de le faire lire à l'actrice. «Il m'a fait parvenir des extraits de la correspondance de Camille, en me disant de m'en inspirer pour les dialogues. Je lui ai renvoyé un mail dans lequel j'avais tout réécrit, dans mes mots. Il m'a répondu: «Ce n'est pas ça du tout. Il y a une expression qui manque!» Il voulait que je livre exactement la correspondance... tout en improvisant. C'était un jeu impossible! Je ne suis pas née au XIXe siècle!»

      Le cinéaste a exigé de l'actrice qu'elle joue sans maquillage, sans répétition et sans scénario. Elle a obtenu en échange d'être épaulée par un coach. Son interprétation est très physique, tout en intériorité, dans l'intensité du désespoir. «En jouant Camille, dit-elle, j'entrais dans la zone dangereuse de la folie. J'ai bien voulu me perdre, mais pas totalement!»

      Comme à son habitude, le réalisateur de Flandres et de L'humanité fait appel à des acteurs non professionnels. À la différence près que ceux-ci sont des patients d'un hôpital psychiatrique, celui-là même où Camille Claudel a passé les 30 dernières années de sa vie, dans le sud de la France. Des aliénés interprétant des aliénés d'une autre époque.

      «Il n'y a pas de m'as-tu-vu dans leur jeu. C'est rafraîchissant. Dans tout être humain, il y a un sens du jeu, une volonté de jouer», croit Juliette Binoche, qui n'accorde pas d'importance à cette "différence" entre professionnels et non-professionnels. «Je n'ai pas envie d'être professionnelle, dit-elle. J'ai envie d'être vivante!»

      Le jeu avec des patients en psychiatrie a tout de même posé certains défis. Pour une scène particulièrement exigeante où Camille Claudel perd son sang-froid au contact de ses "colocataires", l'actrice a dû se résoudre à ébranler une jeune patiente trop souriante. «Elle savait très bien que l'on jouait. Or, pour que la scène soit authentique, pour qu'elle soit extrêmement vraie, il ne fallait plus qu'elle sache si c'était ou pas la réalité. Je lui ai crié dessus très fort. Nous en avons été très chamboulées après. J'ai dû la consoler pendant 20 minutes.»

      Camille Claudel avait espoir, au début de son internement, que celui-ci serait temporaire. Selon les documents de l'époque, le directeur de l'asile était d'ailleurs en faveur de "sorties", refusées obstinément par la mère de l'artiste. Rejetant son sort, elle refusa de sculpter, même si on l'y encourageait, et se nourrit essentiellement de pommes de terre, qu'elle faisait cuire elle-même, de peur d'être empoisonnée.

      Camille Claudel 1915 pose un regard sur l'injustice que représente cet internement, sans faire fi des psychoses et des délires de persécution de l'artiste. «Elle avait besoin de soins, mais sa vie est devenue insupportable, ainsi enfermée, estime Juliette Binoche. Aujourd'hui, on lui donnerait des médicaments. Elle pourrait sans doute vivre en société. Et pratiquer son art.»

      ***

      Bruno Dumont: «Le mystique de Camille Claudel demeure»

      Q Comment avez-vous réagi lorsque Juliette Binoche vous a contacté? Vous n'avez pas l'habitude de travailler avec des têtes d'affiche...

      R Cela m'a plu. L'aventure était nouvelle. Aussi lui ai-je proposé Camille Claudel -soit composer une artiste par une artiste- ce qui, somme toute, restait dans mes cordes et ma façon de constituer des personnages: un paysan par un paysan, etc.

      Q Vous avez, en revanche, l'habitude de travailler avec des non-professionnels. Diriger des patients en psychiatrie a-t-il été très différent?

      R Non et pour la même raison puisque ces femmes étaient devenues les personnages pour la seule raison que j'étais parvenu moi-même à cette décision: elles étaient finalement ce que je cherchais, je les assimilais donc, fort de les fréquenter et de les désirer. Elles sont telles qu'elles sont et en témoignent par leur seule présence... La représentation de la maladie mentale fut vraie, non sans l'oeuvre de la fiction où elles participaient. L'expression se nourrit de cet entremêlement qui est la jointure probable de la nature des choses.

      Q Juliette Binoche dit que vous vouliez qu'elle improvise, mais sans trahir les lettres de Camille Claudel. Y voyez-vous un paradoxe?

      R Pareillement, je lui donnais souvent des indications contradictoires sans trouver quelque chose à redire à ces paradoxes. 

      À elle de résoudre -aux tourments de son personnage- l'abandon de la logique, de

      la raison, de la quête idiote de la cohérence...

      Q Pourquoi ne pas avoir voulu qu'elle lise le scénario?

      R L'interprétation n'est pas un savoir. L'acteur, selon moi, doit éprouver des sentiments et des pensées dans des actions dont il n'a pas connaissance, ni le contrôle... pour se rendre dans les zones tumultueuses pour lesquelles il est un véhicule. Le tournage est un risque à courir, sinon on s'y ennuie ferme.

      Q Qu'est-ce qui vous a attiré vers le personnage de Camille Claudel?

      R Une femme si élevée dans l'art, l'amour puis l'abandon qu'elle en est devenue une figure mythique par ses proportions démesurées. Chacun de nous s'y puise alors, naturellement...

      Q Dans quelle mesure avez-vous l'impression que son internement était injuste? Dans votre film, elle a des moments de lucidité même si elle est en proie à des psychoses paranoïaques et à des délires de persécution.

      R Je me suis borné aux faits sans juger. L'affection de son esprit était à peu près celle qui est montrée, fort de ce que l'on en sait. Idem pour Paul. Le mystère demeure, tant celui de son internement que celui de l'attitude de son frère à son égard. J'ai essayé de filmer ce mystère, autant que faire se peut, ni plus ni moins.

      Q Le film s'intitule Camille Claudel 1915

      Même s'il est très différent de l'oeuvre de Bruno Nuytten (Camille Claudel, 1988, avec Isabelle Adjani), étiez-vous préoccupé par les comparaisons possibles?

      R Ce film commence là où l'autre finissait. Comparer est aussi une bonne chose: là seulement nous pouvons mieux appréhender la réalité des êtres et des choses sans quoi ils resteraient bien muets...

      Camille Claudel, 1881. Photographie, épreuve sur papier albuminé. ... (Photo fournie par le musée Rodin de Paris) - image 2.0

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      Camille Claudel, 1881. Photographie, épreuve sur papier albuminé. 

      Photo fournie par le musée Rodin de Paris

      Le destin tragique de Camille Claudel

      Camille Claudel, soeur aînée de l'écrivain Paul Claudel, naît en 1864 dans le nord de la France. Élève et modèle, à 20 ans, du sculpteur Auguste Rodin, d'un quart de siècle son aîné, elle devient sa collaboratrice et sa maîtresse. Elle le quitte, 15 ans plus tard, afin de s'émanciper comme artiste. Pendant 10 ans, elle vit recluse dans son atelier parisien, sombrant dans la paranoïa et la folie, ne se nourrissant presque plus, convaincue que Rodin la persécute. En 1913, à la mort de son père, qui l'a toujours soutenue, elle est internée par sa famille dans un hôpital psychiatrique près de Paris, puis dans un asile, dans le sud de la France. Elle y meurt, 30 ans plus tard, quasi oubliée.

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