Films québécois en France: un public à séduire

Une scène du film Guibord s'en va-t-en guerre, de Philippe... (PHOTO FOURNIE PAR CHRISTAL/FILMS SÉVILLE)

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Une scène du film Guibord s'en va-t-en guerre, de Philippe Falardeau.

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(Paris) Une dizaine de longs métrages québécois ont eu droit à une distribution dans les salles françaises en 2016. Deux d'entre eux ont obtenu un véritable succès public: Juste la fin du monde a séduit plus de 1 million de spectateurs, et La guerre des tuques 3D a fait un score très honorable (près de 210 000 spectateurs). Les autres ont dû se contenter de sorties plus confidentielles.

Lassitude? Effet de mode estompé? Barrière de l'accent? Lors d'un récent passage à Paris, nous avons tenté de comprendre le phénomène avec différents intervenants.

Que du cinéma d'auteur

De la même manière que les comédies québécoises à vocation populaire s'exportent mal à l'extérieur de nos frontières, les plus grands succès du cinéma français en 2016 sont des comédies qui, bien souvent, échouent quand elles parviennent à atteindre nos rives (Les Tuche 2, Camping 3, Retour chez ma mère, Les visiteurs 3, etc.). De part et d'autre, seuls les films d'auteur parviennent à susciter l'intérêt des distributeurs internationaux et des médias. «Le bon cinéma s'exporte à partir du moment où il porte en lui du cinéma, de l'innovation et de l'universalité, indique Nathanaël Karmitz, directeur général de la société MK2. Le cinéma québécois et le cinéma français partagent le même problème. Les comédies à succès sont trop locales pour l'exportation. Du côté du cinéma d'auteur, les films sont parfois trop sombres ou trop nombrilistes. Il faut penser un peu plus au public et, surtout, il faut avoir envie d'atteindre un public plus large, hors de ses frontières.»

L'absence de continuité

Contrairement à un phénomène observé au cours des années 70 et 80, une époque où le cinéma québécois bénéficiait d'un «effet de mode» en France, le succès d'un film d'ici est désormais ponctuel là-bas. Et n'a pas vraiment d'effet d'entraînement. «C'est maintenant du coup par coup, fait remarquer Jean-Pierre Lavoignat, longtemps journaliste de cinéma avant de s'occuper de programmation, notamment pour le cinéma Les Fauvettes. Régulièrement, un film comme C.R.A.Z.Y. ou Incendies parvient à se faire valoir, mais il n'y a pas vraiment de continuité ensuite. Serait-ce un manque de mobilisation des distributeurs et des médias? Le fait est que, maintenant, les productions asiatiques ont la cote. On a l'impression que le moindre film coréen est considéré comme Citizen Kane ! Les autres cinématographies en souffrent, pas seulement la québécoise. On ne parle guère non plus du cinéma espagnol ou allemand.» Jean-Claude Raspiengeas, grand reporter au journal La Croix (et ardent défenseur du cinéma québécois), affirme de son côté que les auteurs comme Denis Côté, Stéphane Lafleur ou Sébastien Pilote doivent malheureusement se contenter d'un succès d'estime.

Des succès de festival

Plusieurs films québécois sont célébrés dans les plus grands festivals de cinéma du monde, mais cet engouement débouche rarement sur un succès en salle. «Ça, c'est un vrai mystère! estime Jean-Claude Raspiengeas. D'autant plus que le Québec constitue probablement la destination touristique préférée des Français. C'est vraiment étrange, car la découverte d'un pays étranger - et l'envie de s'y rendre - est souvent initiée par le cinéma et la littérature. Or, on assiste au même phénomène de ce côté: la littérature québécoise n'existe pratiquement pas en France. Il n'y a que la chanson québécoise qui ait un véritable écho ici. Il y a 30 ou 40 ans, c'était différent.»

De quessé?

La langue québécoise étant très colorée et possédant parfois sa propre grammaire, un petit souci peut aussi se poser à cet égard. Surtout quand l'accent est très prononcé. Dominique Besnehard, qui dirige notamment le Festival du film francophone d'Angoulême, reconnaît que pendant son festival, où les films sont présentés sans sous-titres, certains spectateurs ont parfois du mal à saisir les dialogues. Aussi trouve-t-il excellente l'idée qu'a eue le distributeur ARP Sélection pour la sortie en salle de 1:54. Les sous-titres se font en effet plus insistants au début, mais disparaissent progressivement une fois que l'oreille du spectateur est mieux adaptée. Jean-Claude Raspiengeas ne partage toutefois pas cet avis. «J'entends souvent dire que l'accent, le langage, le fait que les acteurs soient peu connus font en sorte que le public français a des réticences. Ce ne sont que de mauvaises raisons. Il y a du plaisir à entendre votre langue et ça vaut la peine de s'accrocher. Je trouve absurde qu'on mette des sous-titres. Cela indique un rapport d'ignorance.»

Xavier Dolan, un cas d'exception 

Depuis qu'il a été révélé à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 2009, l'année de J'ai tué ma mère, Xavier Dolan est une superstar en France. À quoi attribue-t-on ce phénomène? «Au début, c'était la fascination de voir un homme aussi jeune se faire autant valoir dans le plus grand festival de cinéma du monde, indique Dominique Besnehard. La presse s'en est tout de suite emparée. Et puis, il y a Xavier, sa personnalité, son rapport de rock star avec l'image, sa tronche, son penchant pour la provoc'. Les Français adorent ça!» Jean-Claude Rapiengeas n'observe toutefois pas de mouvement qui pourrait entraîner d'autres cinéastes québécois dans le sillage de Dolan. « Parce que le phénomène Xavier Dolan tient aussi beaucoup à sa personnalité, dit-il. On surveille évidemment ce que font Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallée et quelques autres, mais plusieurs travaillent aux États-Unis maintenant.»

Une première entente entre la SODEC et le CNC

Récemment, une entente de jumelage a été conclue entre le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). D'une durée de trois ans (renouvelable), l'entente signée prévoit deux rencontres par an, ainsi que l'échange systématique d'informations, d'idées et de ressources pour mieux soutenir le cinéma et l'audiovisuel au Québec et en France. Le jumelage CNC-SODEC comprend aussi la création d'un label France Québec, décerné à des festivals mettant en valeur la francophonie et l'amitié franco-québécoise. Les deux institutions s'engagent également à réfléchir à la création d'événements culturels franco-québécois dans les domaines du cinéma et de l'audiovisuel, ainsi qu'à la coproduction et à la promotion commune des films français et québécois.

Les invasions barbares... (Photo archives La Presse) - image 2.0

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Les invasions barbares

Photo archives La Presse

Les 10 plus grands succès québécois en France

Xavier Dolan a repris le flambeau des mains de Denys Arcand. Les deux réalisateurs emblématiques du cinéma québécois en France trônent au sommet, loin devant les autres qui ont connus de beaux succès ponctuels.

Les invasions barbares de Denys Arcand (2003): 1 301 905 entrées

Le déclin de l'empire américain de Denys Arcand (1986): 1 245 165 entrées

Mommy de Xavier Dolan (2014): 1 194 684 entrées

Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016): 1 034 896 entrées

La grande séduction de Jean-François Pouliot (2004): 480 282 entrées

Starbuck de Ken Scott (2012): 464 383 entrées

C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (2006): 446 680 entrées

Incendies de Denis Villeneuve (2011): 303 239 entrées

La guerre des tuques 3D de Jean-François Pouliot (2016): 209 606 entrées

Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau (2012): 188 486 entrées




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