Chloé Robichaud filme son Pays

Chloé Robichaud... (PHOTO SÉBASTIEN RAYMOND, FOURNIE PAR LA BOÎTE À FANNY)

Agrandir

Chloé Robichaud

PHOTO SÉBASTIEN RAYMOND, FOURNIE PAR LA BOÎTE À FANNY

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(St. John's, Terre-Neuve) Chloé Robichaud tourne présentement son deuxième long métrage à Terre-Neuve. Campé dans un pays fictif dont Macha Grenon assume la présidence, Pays s'intéresse aux femmes qui font de la politique. Emily VanCamp et Nathalie Doummar incarnent les deux autres personnages principaux de cette histoire.

Une partie de George Street était fermée lundi. Dans cette artère qui traverse la capitale terre-neuvienne en affichant fièrement ses quelques centaines d'années d'histoire, Chloé Robichaud filmait là une scène clé de Pays, son deuxième long métrage.

En cette 12e journée d'un tournage qui en compte 25, on met en boîte une scène se déroulant sur une place publique. Il y a des amuseurs, des clowns, une cinquantaine de figurants de tous âges, qui personnifient tous des habitants de l'île de Besco. Aujourd'hui, en ce jour de fête nationale de ce tout petit pays fictif, les insulaires sont en liesse, car ils s'apprêtent à accueillir leur présidente (Macha Grenon). Leur sentiment de fierté nationale est d'autant plus fouetté que le pays est aujourd'hui coincé dans un conflit avec son géant voisin: le Canada.

«L'idée m'est venue après avoir créé de toutes pièces trois personnages de politiciennes, explique la cinéaste au moment de la pause du lunch. Encore aujourd'hui, il existe toujours un certain jugement sur les femmes de carrière et j'avais envie d'explorer ces thèmes-là. Les femmes qui font de la politique m'ont toujours fascinée. Elles rassemblent mieux que personne les enjeux qui tournent autour de l'équilibre entre la vie personnelle, familiale et professionnelle. J'ai ainsi voulu placer ces trois femmes au coeur d'un conflit de nature politique. Maintenant, quel pouvait être ce conflit?»

La cinéaste a trouvé réponse à sa question en inventant un tout petit pays, entièrement souverain, dont les habitants parlent français.

«Je crois que le film tirera sa force du fait que, bien que campé dans un pays imaginaire, l'approche reste hyper réaliste, indique Chloé Robichaud. Pour que ce soit crédible, j'ai choisi des décors inattendus et spectaculaires, un peu loin de notre imaginaire collectif québécois. Mais les sujets abordés sont très près de nous.»

Un lieu inattendu

Le choix du lieu qui servirait de décor au film n'a évidemment pas été facile à faire. La productrice Fanny-Laure Malo raconte qu'en compagnie de la réalisatrice et de la directrice photo Jessica Lee Gagné, elle a entrepris au printemps 2014 un road trip sur toute la côte est du continent afin de dénicher l'endroit qui représenterait le pays de Besco.

«Nous sommes parties de Bar Harbor dans le Maine et nous sommes allées en voiture jusqu'à l'île Fogo, tout au nord de Terre-Neuve. On cherchait un endroit non référentiel aux yeux du public québécois. Quand tu arrives à Fogo, la géologie parle d'elle-même. Chloé a eu un vrai coup de coeur. Mais ce n'est pas très pratique!»

À vrai dire, l'île est tellement isolée que même la productrice terre-neuvienne, qui coproduit le film avec les sociétés québécoise La boîte à Fanny et Item 7, a tenté de dissuader la réalisatrice. Aucun film n'a jamais été tourné à cet endroit. Le climat y est très rigoureux, l'île est constamment balayée par des vents très violents, et le vieux rafiot qui sert de traversier entre la province et l'île Fogo reste à quai la moitié du temps. Il ne peut pas non plus faire traverser une équipe de cinéma - même réduite - en un seul voyage. Il accorde aussi la priorité - c'est tout à fait normal - aux 2600 habitants que compte l'île.

Malgré les difficultés, Chloé Robichaud est très heureuse des scènes qu'elle a pu tourner là-bas. D'autant plus qu'elle a insisté pour tourner Pays sur film 35 mm. La chose est de plus en plus rare.

«Cette île est un peu figée dans le temps, explique-t-elle. Le 35 mm amène cette espèce de nostalgie des années 70 et donne au film un aspect très intemporel. Pour moi, il s'agissait d'une priorité. Pays sera mon film de cinéma avec un grand "C". Je l'assume complètement. J'aime aussi la magie et le rituel qui y sont associés. On ne peut rien gaspiller. Chaque prise est importante. Je n'aurai sans doute pas souvent l'occasion de refaire ça.»

Les moyens de ses ambitions

Doté d'un budget de 4,3 millions de dollars, Pays est un film ambitieux, qui comporte en outre une imposante distribution. Macha Grenon, Emily VanCamp et Nathalie Doummar en sont les têtes d'affiche. Elles sont entourées notamment d'Alexandre Landry, Serge Houde, Rémy Girard, Sophie Faucher et Yves Jacques. Aussi, la productrice Fanny-Laure Malo, fidèle collaboratrice de Chloé Robichaud depuis quelques années, a sollicité la collaboration d'Item 7 pour produire le film.

L'expertise de la société que dirigent Marie-Claude Poulin et Pierre Even (Café de Flore, Rebelle) dans les productions de plus grande envergure a en effet pu être mise à contribution. La Newfoundland and Labrador Development Film Corporation - l'équivalent terre-neuvien de la SODEC - a aussi investi dans le long métrage. Il s'agit d'ailleurs d'une toute première participation de l'organisme dans la production d'un film de langue française. Cela dit, l'équipe a quand même dû composer avec un budget plus serré que prévu.

«Même si le budget était de près de 1 million de dollars de plus au départ, nous avons réussi à nous réorganiser sans rien sacrifier de majeur dans le scénario, indique la productrice. On a transposé la collégialité de nos productions indépendantes dans une production de plus grande envergure. Mais ç'a été un vrai casse-tête!»

Après s'être installée pendant plusieurs semaines à Terre-Neuve, l'équipe reviendra à Montréal à la fin du mois pour compléter le tournage des scènes intérieures.

Objectif Cannes?

Aucune date de sortie n'est encore fixée en 2016, mais Pays sera assurément montré aux sélectionneurs du Festival de Cannes au printemps. Chloé Robichaud fait en effet partie des cinéastes que la direction du plus grand festival de cinéma du monde suit de près. En 2012, son court métrage Chef de meute a été sélectionné là-bas dans la compétition officielle. L'année suivante, Sarah préfère la course était inscrit dans la section Un certain regard.

«Les sélectionneurs savent que le film est présentement en tournage, indique la cinéaste. Mais j'essaie de ne pas penser du tout à ça sur le plateau. Mon but est de faire le meilleur film possible. On le leur présentera. Après, la décision leur appartient. Pour l'instant, je me concentre sur le tournage!»

_______________________________________________________________________________

Les frais de voyage ont été payés par Les Films Séville.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

publicité

la boite:1977421:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer