Mathieu Denis: l'importance de l'engagement

Mathieu Denis... (Photo: Philippe Bossé, Max Films)

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Mathieu Denis

Photo: Philippe Bossé, Max Films

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Mario Cloutier

Le long métrage Corbo porte sur un membre méconnu du Front de libération du Québec (FLQ), Jean Corbo, mort à 16 ans en 1966. Cet enfant de la Révolution tranquille voulait changer le monde. Le cinéaste Mathieu Denis croit que c'est toujours nécessaire. Évoquer sa mémoire, c'est y croire.

Mathieu Denis veut changer le monde. Un peu, beaucoup. Comme tous les artistes, il croit que c'est important de le faire. Pas en posant des bombes comme Jean Corbo en 1966, mais en s'engageant, tout un chacun, dans une sorte d'intranquillité collective.

«Les personnages du film étaient convaincus qu'ils pouvaient changer le monde. C'est quelque chose qu'on a presque totalement perdu aujourd'hui. C'est quelque chose qu'on devrait retrouver. On est dans une période de laisser-aller et de résignation. Ce ne peut pas être une voie viable à long terme. La valeur de l'engagement pour autre chose que son bonheur personnel a disparu de notre société.»

Inutile de chercher des ressemblances entre les personnages du film et les membres du FLQ les plus connus. Le propos est ailleurs. Corbo est un film politique avec un point de vue humaniste, à la sauce années 60.

«Nous, collectivement, devons nous demander ce qui s'est passé depuis 50 ans. Pourquoi sommes-nous rendus où nous en sommes? Je voulais que cette histoire-là soit pertinente à raconter aujourd'hui. Jean Corbo et ses amis étaient bercés par une mouvance internationale dans laquelle de petits groupes, dans le monde, avaient déclenché un mouvement qui faisait que des pays trouvaient la liberté.»

Crise d'identité

Le film de Mathieu Denis invite à réfléchir sur ces années-là, le FLQ et notre société. Né d'un père italien nanti et d'une mère québécoise, Jean Corbo vivait une véritable crise d'identité.

«Il a ressenti très fort ce besoin d'aller au-delà du monde que lui proposait son père. Pour ce qui est du FLQ, il y avait des causes historiques, sociales et économiques qui faisaient en sorte que des gens sentaient leur horizon complètement bouché et que la seule façon de faire débloquer les choses, c'était par le radicalisme.»

Aujourd'hui, ce mot rime avec intégrisme. Entre le Québec d'hier et le radicalisme islamiste d'aujourd'hui, par exemple, il y a un monde.

«On ne peut pas comparer le FLQ à l'État islamique. Il y a une surenchère dans l'atrocité qui n'a aucune commune mesure. Le film a été présenté à quelques endroits au Canada anglais. Avant d'avoir vu le film, les gens disaient que cela faisait partie du passé. Les trois lettres FLQ, au Canada, c'est le mal incarné. Mais après le visionnement, ils réalisaient qu'il y avait des gens derrière ces lettres, pas juste des fous furieux assoiffés de sang, que c'étaient des êtres humains avec des doutes, des convictions et des peurs.»

À quoi rêver?

Les adolescents d'hier avaient donc de quoi rêver, mais aujourd'hui?

«Je pense qu'il y a des jeunes qui voient le monde qu'on leur tend et qui disent qu'il n'est pas très inspirant. On vit dans un monde radical jusqu'à un certain point, un monde qui fait la promotion de l'individualisme radical. Je ne pense pas que ce soit une réponse à long terme. On a besoin de quelque chose qui transcende notre propre individualité. Cela n'a pas l'air d'exister ailleurs que dans le fondamentalisme religieux.»

Corbo ne fait pas plus de la souveraineté une religion. Mais le cinéaste souhaite que le spectateur ait le goût d'y réfléchir un peu tout de même.

«Je ne m'en cache pas: je suis indépendantiste. Le peuple québécois n'a d'avenir que dans l'affirmation de sa propre existence. Dans le refus de le faire, on est voués à une lente, mais inévitable disparition. Je n'avais pas envie de faire un film qui dise aux gens quoi penser. Je voulais qu'il représente, avec une certaine justesse, la complexité de ces questions, l'engagement politique, le recours à la violence, l'indépendance, l'identité, qui sont beaucoup plus complexes qu'elles ne l'étaient en 1966.»

Ce qui intéresse Mathieu Denis, c'est le questionnement et l'avancement du débat public.

«On n'a rien réglé en disant non deux fois lors des référendums. Il aurait dû y avoir une suite à ça. Si on n'est pas québécois, on aurait dû embrasser notre identité nationale, la canadienne logiquement, et prendre une part active à ce pays. On ne l'a pas fait. On garde toujours le pied sur le frein face au Canada, mais nous n'assumons pas non plus notre identité québécoise. Ça reste en suspens, et j'ai l'impression que ça nous condamne à une certaine stagnation.»

Claude Corbo

Le frère de Jean Corbo et ancien recteur de l'UQAM, Claude Corbo, n'apparaît pas dans le film. Enfin, aucun personnage portant ce prénom n'y apparaît. Explications.

«Je l'ai contacté, dit Mathieu Denis. On s'est écrit à quelques reprises. C'est un événement dont il ne souhaite pas parler. C'est très douloureux pour lui. Mais il considère que son frère fait partie de l'histoire du Québec, donc il n'a pas d'objection à ce qu'on traite du sujet. Sachant qu'il ne souhaitait pas être impliqué, le frère dans le film n'est donc pas nécessairement Claude Corbo. Ça m'a laissé une certaine liberté pour créer un personnage qui a une vraie force dramatique.»

Le printemps érable et après?

Après Laurentie qu'ils ont coréalisé, Simon Lavoie et Mathieu Denis remettent ça avec ce film dont le titre est le plus long que vous lirez l'an prochain: Ceux qui ont fait la révolution à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau. Le tournage aura lieu en août et septembre prochains.

«Le sujet reste dans nos obsessions, précise le cinéaste. Des étudiants qui ont milité durant le printemps érable en 2012 constatent que rien n'a changé et décident de reprendre, trois ans plus tard, le combat où ils l'avaient laissé.»

Corbo

Cote La Presse

Montréal, 1966. Attiré par une jeune militante du Front de libération du Québec, Jean Corbo, benjamin d'une famille italo-canadienne aisée de Ville...
Fiche du film
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