La garde: un père au bord de l'abîme

Paul Doucet (à droite) incarne un père qui... (Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Paul Doucet (à droite) incarne un père qui tente de retrouver la garde de son fils (Antoine L'Écuyer) dans le long métrage La garde de Sylvain Archambault.

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

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En tournant un film sur la détresse des pères totalement dépourvus du droit de voir leurs enfants, le réalisateur Sylvain Archambault savait qu'il abordait un sujet très délicat.

Il lui fallait sonder le sujet sans prendre parti, sans condamner. Mais il lui fallait aussi faire une radiographie de l'âme parfois tourmentée des hommes pour mieux comprendre et mieux faire comprendre. Toute une commande!

D'autres auraient évité de s'avancer dans pareil marécage. Pas lui. Le sujet lui tenait trop à coeur pour passer à un autre scénario. Lorsque l'occasion s'est présentée, il a foncé.

«J'avais commencé à écrire un scénario sur la détresse des hommes en manque d'avoir la garde de leurs enfants. J'ai été inspiré d'amis autour de moi qui ont vécu ça, dit-il. Même que l'un d'eux s'est enlevé la vie. Je trouvais ce sujet tabou, balayé sous le tapis.»

L'occasion d'en parler est venue lorsque la productrice Lorraine Richard, de Cité-Amérique, a pris contact avec Archambault pour lui offrir de tourner un film grâce à une enveloppe à la performance. Mais le budget était petit (1,4 million) et le temps, très court. Archambault a recruté le scénariste Ian Lauzon, qui avait écrit son film Piché, entre ciel et terre. Avec l'aide de Daniel Diaz et Ludovic Huot, Lauzon a écrit le scénario en six semaines. Le tournage a duré 14 jours.

Résultat, La garde est un film dur, glauque, campé dans une forêt des Cantons-de-l'Est qui devient l'emplacement d'un huis clos.

C'est là où Luc (Paul Doucet) entraîne son fils Sam (Antoine L'Écuyer), qu'il a plus ou moins enlevé. Privé du droit de visite à son fils, Luc veut l'initier à la chasse. Et lui expliquer une fois pour toutes pourquoi il l'a battu une fois lorsqu'il n'était qu'un bambin. Évidemment, tout ne se passera pas selon son plan...

Sans caricaturer

Tant Sylvain Archambault que les deux acteurs principaux insistent sur une chose: une telle histoire peut arriver à n'importe qui.

«Je ne voulais pas caricaturer ni télégraphier, poursuit Archambault. C'était important pour moi de dire que ce type de comportement peut apparaître chez tout le monde. Personne n'est à l'abri de péter sa coche, peu importe la génération, ou le sexe, aucun être humain n'est à l'abri.»

Paul Doucet se dit aussi préoccupé par la question. «Je me sens concerné comme père par un sujet comme celui-ci, qui est très d'actualité. Mon personnage de Luc possède une humanité avec laquelle on peut tous s'identifier. Il a commis une erreur de jeunesse et il paie un prix énorme pour le reste de son existence, malgré les efforts qu'il fait pour se remettre sur les rails. Je pense qu'on a tous ce potentiel de tomber du mauvais bord de la ligne.»

«Dans le film, on ne condamne pas et on ne justifie pas les actions posées. Souvent, en entendant les échos d'histoires comme celle-ci, on juge sans prendre du recul», dit Antoine L'Écuyer.

Archambault et Doucet avaient travaillé ensemble, il y a plus de 10 ans, au tournage de deux publicités. Ils voulaient visiblement refaire équipe.

«Comme la durée du tournage était très courte, il fallait que je m'entoure d'acteurs formidables, parce que nous n'avions pas le temps de multiplier les prises, observe le cinéaste. Je rêvais depuis des années de retravailler avec Paul. Ça me prenait une ceinture noire [en matière de jeu] et un acteur qui ne véhiculerait pas un cliché [du père en détresse]. Or, Paul est un peu M. Tout-le-Monde, le Gene Hackman du Québec.»

Tant Doucet qu'Antoine L'Écuyer expriment beaucoup d'affection pour leurs personnages.

«Luc essaie de se dépatouiller dans son histoire et il n'a pas d'aide. Personne ne lui donne un coup de pouce, constate Paul Doucet. Il est hanté par cette erreur qu'il a commise. Je pense qu'il a dû passer par toutes sortes de sentiments: frustration, colère, déni. Lorsqu'on le rencontre au début du film, il vit de la frustration du fait qu'il s'est repris en main, mais n'a toujours pas accès à son enfant. Ça touche à plein d'éléments intéressants. Pour un acteur, c'est fantastique.»

«Samuel est sur le bord de la délinquance. Il n'écoute pas l'autorité. Il est têtu. Mais l'expérience qu'il va vivre avec son père montre qu'il est débrouillard. Il va découvrir chez lui un côté qu'il ne connaissait pas», dit de son côté Antoine L'Écuyer.

Sylvain Archambault affirme qu'un seul film ne sera pas suffisant pour faire le tour de la question. Il veut l'inscrire dans une trilogie. «On ne peut pas traiter de ce sujet dans un seul film. Mon but n'est pas de faire un procès aux femmes ou au système judiciaire. Il y a autre chose à dire que ce qu'on retrouve dans La garde

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La garde prend l'affiche le 4 avril.




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