Whitewash: fin de cycle

Marc Labrèche... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Marc Labrèche

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Paul Blackburn, le personnage qu'incarne Marc Labrèche dans Whitewash du Québécois Emanuel Hoss-Desmarais, meurt dès les premières séquences de ce film noir sur fond blanc d'hiver, à l'affiche vendredi.

Thomas Hayden Church dans Whitewash.... (PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE) - image 1.0

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Thomas Hayden Church dans Whitewash.

PHOTO FOURNIE PAR LES FILMS SÉVILLE

Il ne disparaît pas pour autant de cette oeuvre indolente et poétique, qui a remporté le prix du meilleur premier long métrage au plus récent Festival du film de Tribeca, à New York. On le retrouve régulièrement grâce à des flashbacks, en tête-à-tête avec celui qui l'a percuté avec sa déneigeuse.

Blackburn, un arnaqueur dans ses derniers retranchements, aux zones d'ombre mystérieuses, est accablé par des dettes de jeu et tente de se suicider au moment où l'interpelle Bruce Landry, personnage principal de ce film tragicomique, interprété par Thomas Haden Church.

Bruce est en détresse, Paul est dépressif. Leur rencontre fortuite, dans un village du nord du Québec, n'améliorera pas leur état. Au contraire, elle précipitera leur déchéance, en servant de ressort à ce drame psychologique contemplatif, bilingue et glacial, où une chenillette tient un rôle de premier plan (elle sert à la fois d'arme du crime et d'habitacle où se réfugie le criminel pour fuir le froid et la justice).

«Il y a beaucoup de questions sans réponses, dit Marc Labrèche. Pour moi, ça fait partie du charme de l'histoire. On est tellement souvent bombardés de justifications dans les scénarios. C'est un film qui joue sur deux tableaux: le pathétique ridicule et le comique tragique, sans que ce soit forcé, en laissant la place aux silences.»

L'acteur, que l'on n'avait pas vu au grand écran depuis L'âge des ténèbres de Denys Arcand, se dit reconnaissant d'avoir été sollicité par Emanuel Hoss-Desmarais, dont il loue volontiers le talent et l'audace. Ce rôle lui a valu, plus tôt cette semaine, d'être choisi parmi les finalistes dans la catégorie du meilleur acteur de soutien aux prix Écrans canadiens (ex-prix Génie).

Labrèche est heureux de ne pas seulement servir d'«élément comique» dans ce film qui distille à petites doses un humour sombre et subtil. «On me dirait: «Tu vas être fantaisiste jusqu'à la fin de tes jours», et je vivrais très bien avec ça, précise-t-il. À condition que ce soit quelque chose d'intelligent et de pertinent à jouer; pas toujours sur la même note, et pas toujours sous forme de sketch ou de caricature.»

Comme le personnage qu'il incarne, Marc Labrèche semble à la croisée des chemins (la déprime en moins!). L'aventure des Bobos, dont il fut l'un des concepteurs et réalisateurs à Télé-Québec, vient de prendre fin.

Depuis six mois, il se consacre au solo Les aiguilles et l'opium de Robert Lepage, qu'il avait interprété sur scène pour la première fois, il y a 20 ans, dans le cadre d'une tournée qui l'a mené en Europe, aux États-Unis et au Japon. Après Québec et Toronto, il s'apprête à partir deux mois en Australie et en Nouvelle-Zélande. «Juste assez longtemps pour ne pas avoir le temps de m'impliquer dans un autre projet», dit-il.

Sans projet de télévision dans le collimateur ni de rendez-vous cinématographique à l'horizon (son premier projet de long métrage a été refusé par les institutions), on sent chez lui une volonté de défricher de nouveaux territoires.

L'après-Bobos

Marc Labrèche n'est pas pressé de se replonger dans la comédie à sketchs, qui a fait le succès de 3600 secondes d'extase et des Bobos. «Je t'avoue que j'ai envie de changer un peu, quitte à y revenir plus tard», me confie-t-il, en précisant qu'il n'exclut pas d'autres projets avec son ami Marc Brunet, grand complice depuis des années, mais qu'il faudrait une proposition irrésistible pour les réunir bientôt au petit écran.

Il ne manque pas d'audace. Lorsqu'on fait le bilan de sa carrière télévisuelle, de La fin du monde est à 7 heures aux Bobos en passant par Le coeur a ses raisons, on ne peut lui reprocher d'étirer la sauce, contrairement à tant d'autres.

A-t-il déjà regretté d'avoir mis un terme à une émission prématurément? «Jamais, je te le jure. C'est une question de nature. Comme je dis toujours: je suis fidèle en amour, je suis fidèle en amitié. Si je n'ai pas d'aventures dans mon métier, des liaisons fatales et extraconjugales, je m'ennuie et j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose.»

Il ne craint pas le changement, mais se défend d'être compulsif. Une conséquence, peut-être, de la séparation de ses parents, alors qu'il n'avait que 9 ans. «Ma mère changeait souvent de travail et on déménageait d'un appartement à un autre selon ses revenus. Mon père [le comédien Gaétan Labrèche] vivait une sorte de vie de bohème et j'étais pensionnaire en plus, alors je ne me déposais jamais nulle part. C'est devenu une habitude.»

Aujourd'hui, il se paie le luxe de «laisser monter le désir» avant d'entamer un nouveau cycle de création. «Ça provoque inévitablement des choses quand tu mets fin à un projet. C'est à ce moment-là que peut apparaître une envie suffisamment forte et emballante en toi pour te faire vivre une aventure de deux ou trois ans avec une nouvelle gang.»

Ce qui pourrait guider ses prochaines aventures professionnelles? Il trouve de l'inspiration dans la récente animation des Golden Globes par Tina Fey et Amy Poehler, reste fidèle à David Letterman, Bill Maher, voire Charlie Rose. Et souhaite davantage s'exprimer sans artifices. «Il peut surgir un commentaire percutant sans qu'on soit condamné au sketch, avec un personnage et un punch à la fin. Ça commence à être lourd pour moi.»

Il évoque l'enseignement, qui a passionné son père, l'animation d'une série radiophonique ou d'une ligne ouverte, et on devine que pour lui, tout est de l'ordre du possible. On se plaît à rêver de le revoir à la barre d'un talk-show, sans les impératifs de convergence qui ont quelque peu miné l'expérience du Grand blond avec un show sournois. Loin des carcans conventionnels de notre télévision. Libre de donner vie à ses idées folles.

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Whitewash - L'homme que j'ai tué prend l'affiche le 24 janvier.

Le réalisateur Emanuel Hoss-Desmarais... (Photo: David Boily, La Presse) - image 2.0

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Le réalisateur Emanuel Hoss-Desmarais

Photo: David Boily, La Presse

Ils ont dit...

Thomas Hayden Church

«Mon personnage de Bruce Landry est très isolé, très solitaire. Au départ, c'est quelqu'un qui ne fait qu'attendre la mort, dit Thomas Hayden Church qui avait déjà tourné au Québec (Free Money d'Yves Simoneau). Bruce est un homme perdu, qui n'est pas très productif dans la société. Cette idée de l'isolement était très intéressante. Cela me permettait de jouer un personnage tellement seul, tellement loin de tout. Le film parle également de culpabilité, des gestes que l'on pose et de leurs conséquences. Au début du film, on peut croire que Bruce a été impliqué dans un malheureux incident. Mais à mesure que les choses se déploient, la culpabilité s'installe. Peu importe la façon dont les choses se passent, lorsqu'on fait mal à autrui, la culpabilité vient avec l'acte posé.»

Emanuel Hoss-Desmarais

«Ce qui m'attire au cinéma, c'est d'être confronté à quelque chose de complètement neuf. Pour moi et Marc [Tulin, le scénariste], il fallait de l'originalité dans le ton du film. Or, Whitewash est à la fois un drame et une comédie noire, dit le réalisateur Emanuel Hoss-Desmarais qui signe ici son premier long métrage. Les quatre personnages principaux sont Bruce (Hayden Church), Paul (Marc Labrèche), la déneigeuse et l'hiver. Ils forment un curieux quatuor. On voulait que le personnage de l'hiver soit installé très rapidement et qu'il ait un visage très dur. L'hiver entre en conflit direct avec Bruce qui, pour se défendre, dépend de la déneigeuse. Celle-ci devient à la fois l'arme de son crime et son complice. Il dépend de cette arme pour survivre. Il a un rapport malsain et attachant avec cette bibitte-là.»

- André Duchesne




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