Sylvain Bellemare: ma vie après l'Oscar

L'an dernier, Sylvain Bellemare a remporté l'Oscar du... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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L'an dernier, Sylvain Bellemare a remporté l'Oscar du meilleur montage sonore grâce à son travail sur le film Arrival, de Denis Villeneuve.

Photo Martin Chamberland, La Presse

L'an dernier, Sylvain Bellemare a remporté l'Oscar du meilleur montage sonore grâce à son travail sur Arrival, de Denis Villeneuve. Retour sur la vie de cet artisan et son travail, un an après son sacre lors de la cérémonie la plus prestigieuse de la planète.

Le Québec d'abord...

«L'impact de cet Oscar s'est davantage fait sentir au Québec. J'ai reçu des offres de gens qui ne m'auraient probablement jamais appelé, n'eût été cette reconnaissance. André Forcier m'a d'ailleurs demandé de travailler sur son prochain film [La beauté du monde] et je prends cela comme un très grand honneur. L'Oscar n'est pas devenu un argument de négociation, car, de toute façon, ce serait complètement absurde dans le contexte du cinéma québécois. Mon critère pour accepter les projets est simple: la qualité. Toute ma vie, j'ai essayé de faire du cinéma, pas des produits. L'autre aspect sur lequel un Oscar a eu un impact, c'est l'attitude des gens à mon égard. Dans les réunions, on me donne d'emblée raison parce que cette statuette dorée représente aux yeux de tout le monde une sorte de consécration ultime. Cela n'est pas désagréable, mais j'ai quand même l'impression de devoir assumer quelque chose et d'apporter des solutions aux problèmes!»

Sylvain Bellemare s'apprête à travailler sur une production... (Photo Jordan Strauss, Archives Associated Press) - image 2.0

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Sylvain Bellemare s'apprête à travailler sur une production italienne dont l'offre découle directement de l'Oscar remporté il y a un an.

Photo Jordan Strauss, Archives Associated Press

... le monde ensuite

«On pourrait penser que plusieurs offres internationales découleraient de cet honneur, mais la réalité ne ressemble pas tout à fait à l'image qu'on s'en fait. Pour les artisans, les retombées sont d'une nature différente et elles n'ont rien à voir avec celles qu'ont les acteurs et les réalisateurs.

Dans mon domaine, je dirais que l'effet peut même être à l'opposé. Les productions hésitent parfois à nous appeler, car on pense en haut lieu que nos exigences salariales sont trop élevées, que nous sommes devenus inaccessibles. Il y a cependant une production italienne sur laquelle je vais travailler bientôt, dont l'offre découle directement de l'Oscar.

De toute façon, au prorata, je trouve qu'il se tourne beaucoup plus de films intéressants au Québec qu'ailleurs. Du moins, à mes yeux. Dans un autre contexte, j'aurais peut-être pensé à m'installer à Hollywood, mais plus maintenant. Peu importe où le film est tourné, je travaille toujours à Montréal, à l'étape de la postproduction. Seule mon envie de travailler sur un film guide mes choix. Et je suis davantage attiré par les oeuvres d'auteurs.»

Du temps à se remettre

«Je garde le souvenir d'un moment surréaliste, très intense, pour lequel on met du temps à se remettre. Quand on est dans cette course, on vit beaucoup d'émotions pendant toute la saison des récompenses, qui dure de novembre jusqu'à mars. Je crois avoir été sélectionné pour 11 prix. J'ai ainsi pu découvrir le monde des médias de l'intérieur et j'avoue avoir été impressionné, surtout aux Oscars, évidemment. Il y a des émotions contradictoires qui surgissent, car il faut redescendre ensuite. J'imagine qu'on peut perdre la tête facilement. Pour revenir sur terre, j'ai travaillé sur des productions plus modestes, dans le calme, y compris des courts métrages.»

Où est la statuette?

« Comme je suis plutôt discret de nature, l'Oscar est dans le studio que je partage avec mon ami Olivier Calvert. Nous avons placé tous nos trophées dans un endroit qui n'est pas trop en évidence. Mais même rangé au milieu des autres, tu ne peux pas faire autrement que remarquer l'Oscar. La statuette est plaquée or, et quand tu la regardes de près, tu comprends à quel point le design, qu'ils n'ont vraiment pas raté, date de la fin des années 20, de l'époque de Metropolis et tout ça. Robert Morin m'a d'ailleurs déjà dit que l'Oscar avait tout de l'icône gaie de cette époque. En même temps, la statuette tient une épée comme un croisé. Mon Oscar porte le numéro de série 4117. Je serais donc le 4117e à en avoir obtenu un. J'ai fait un petit calcul, et ça tient la route!»

Des félicitations... de la caisse populaire!

«Je ne cherche pas la reconnaissance ni les félicitations, mais je me suis rendu compte, au fil de rencontres avec des artisans étrangers, que ces prix revêtent une importance différente d'un pays à l'autre. Un collègue belge m'a raconté comment les autorités de son pays soignaient les artistes qui s'étaient distingués à l'étranger et s'en faisaient une fierté. Il n'en revenait pas que, de mon côté, je n'aie même pas reçu un petit message de félicitations de la part de nos dirigeants. Ni à Ottawa, ni à Québec, ni à Montréal. La seule lettre de félicitations que j'ai reçue est celle du gérant de ma caisse populaire!»

Le bilan

«L'impact de cet Oscar a été grisant et bien réel, surtout dans le milieu du cinéma québécois. Mon programme est fixé pour les deux prochaines années. Dans mon domaine, c'est très rare!»




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