Meilleur film en langue étrangère: Toni Erdmann ou The Salesman?

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Les réalisateurs Maren Ade et Asghar Farhadi

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En prévision de la cérémonie des Oscars, qui aura lieu ce soir, notre journaliste a orchestré des duels entre deux candidats d'une même catégorie, en mesurant ce qui les favorise et ce qui les désavantage.

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Toni Erdmann

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En duel : Toni Erdmann et The Salesman

TONI ERDMANN

Réalisatrice : Maren Ade

40 ans, Allemande

Première nomination

Prix de la critique au Festival de Cannes ; prix du meilleur film aux European Film Awards

Atouts

Depuis son lancement au Festival de Cannes - et l'enthousiasme général qu'elle a suscité -, la comédie allemande Toni Erdmann a été établie favorite pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère de façon presque instantanée. Cette position s'est consolidée dès le début de la carrière du film en Amérique du Nord, aux festivals de Telluride et de Toronto. Par la suite, l'excellent long métrage de Maren Ade a souvent été cité par les différentes associations de critiques sur le continent. En principe, un film aussi attachant, aussi unanimement apprécié partout sur la planète, devrait sortir vainqueur de la course sans trop de difficulté. Mais sommes-nous vraiment dans une année « normale » ?

Handicaps

La réponse à la question est non. Dans le contexte actuel, il sera plus difficile pour une franche comédie comme Toni Erdmann - un genre rarement reconnu aux Oscars - de se faire valoir auprès des membres de l'Académie. Le statut de favori qu'avait Toni Erdmann au début de la course a été menacé le jour où le président Donald Trump a annoncé le décret interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, parmi lesquels l'Iran. La course a dès lors basculé dans le domaine politique. Personne ne s'étonnera si l'Académie préfère exprimer son indignation en décernant l'Oscar à une oeuvre plus chargée sur le plan symbolique.

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The Salesman

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

THE SALESMAN (LE CLIENT)

Réalisateur : Asghar Farhadi

44 ans, Iranien

Troisième nomination

Lauréat en 2012 (Une séparation)

Atouts

Asghar Farhadi est l'un des cinéastes les plus reconnus au monde. Il a été célébré par les membres de l'Académie il y a cinq ans, alors qu'Une séparation fut le vainqueur incontesté d'une course à laquelle Monsieur Lazhar, le film de Philippe Falardeau, a participé. Ses talents de scénariste lui avaient aussi valu une sélection aux Oscars la même année. Son plus récent film, The Salesman, a déjà glané deux prix au Festival de Cannes l'an dernier (meilleur scénario et meilleur acteur). Au-delà des qualités de cette oeuvre, il est aussi très clair qu'en refusant de se rendre à la cérémonie, même dans le cas où une permission spéciale lui serait accordée, le cinéaste iranien attire vers lui un élan de sympathie qui pourrait bien lui valoir une deuxième consécration.

Handicaps

Sur le plan cinématographique, The Salesman est un film fort apprécié, dans lequel Asghar Farhadi fait valoir ses talents incontestés de brillant scénariste et de grand metteur en scène. Cela dit, peu d'observateurs placent son plus récent film à la même hauteur qu'Une séparation, auquel The Salesman est inévitablement toujours comparé. Aussi, le refus du cinéaste iranien de se rendre à Hollywood pour assister à la cérémonie pourrait faire sourciller quelques académiciens plus militants. Qui estiment que Farhadi devrait au contraire profiter de la tribune pour faire entendre sa voix haut et fort au monde entier. 

Prédiction : THE SALESMAN

S'il n'en tenait qu'aux qualités cinématographiques des deux productions placées en duel ici, Toni Erdmann devrait avoir l'avantage. La comédie allemande provoque aussi un élan d'affection instinctif, auquel bien des membres de l'Académie seront sensibles. Cela dit, plusieurs d'entre eux ne voudront sans doute pas rater l'occasion d'envoyer un message fort aux autorités américaines. Et s'empresseront de célébrer un film venu d'un pays dont tous les ressortissants devaient être interdits d'entrée aux États-Unis. 

Les autres candidats

Tanna de Martin Butler et Bentley Dean (Australie) 

Land of Mine de Martin Zandvliet (Danemark)

A Man Called Ove de Hannes Holm (Suède)

L'histoire nous a appris que des surprises sont toujours possibles dans cette catégorie. Qui sait si l'un de ces films ne parviendra pas à se faufiler entre les deux candidats favoris ?

Environ 10 000 spectateurs, selon la mairie de Londres, ont... (Photo Daniel LEAL-OLIVAS, AFP) - image 3.0

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Environ 10 000 spectateurs, selon la mairie de Londres, ont regardé The Salesman à Trafalgar Square.

Photo Daniel LEAL-OLIVAS, AFP

The Salesman projeté à Londres en soutien à Asgar Farhadi

Plusieurs milliers de personnes ont assisté dimanche à Trafalgar Square à Londres à une projection gratuite du film The Salesman de l'Iranien Asghar Farhadi, qui boycotte la cérémonie des Oscars pour dénoncer la politique de Donald Trump à l'égard des musulmans.

Quelques heures avant le début de la cérémonie à Los Angeles où The Salesman d'Asgar Farhadi est nommé dans la catégorie meilleur film en langue étrangère, Trafalgar Square, la place symbole des combats politiques dans la capitale britannique, s'est transformée en cinéma à ciel ouvert géant, sous d'épais nuages noirs et une pluie fine.

Le maire de Londres Sadiq Khan a confié à l'AFP être « très fier » d'avoir organisé cette première britannique du film pour « montrer au monde que Londres est ouvert à la créativité et aux gens ».

« À une époque où les gens édictent des interdictions de voyage, je vais accueillir les gens, à une époque où les gens parlent de construire des murs, je veux ériger des ponts, à une époque où l'on veut diviser les communautés, je veux les unir », a-t-il ajouté.

Sur scène, il a lancé comme un défi : « le président Trump ne peut pas me faire taire ».

Les quelque 10 000 spectateurs, selon la mairie de Londres, ont déplié des couvertures à même la place et se sont installés sur les marches menant à la National Gallery, tandis qu'un écran géant avait été installé au pied de la colonne du Colonel Nelson. La communauté iranienne, qui compte 86 000 membres au Royaume-Uni et en premier lieu à Londres selon les statistiques officielles, était largement représentée.

« Ça fait prendre davantage conscience aux gens que les Iraniens ont quelque chose à offrir à ce monde », a confié à l'AFP Amir Alamdara, un Iranien de 23 ans travaillant dans une école secondaire à Londres.

Tanya Arafeh, assise un peu plus loin, s'est dite « fière et légitimée » d'être présente au milieu de cette foule : « je suis Palestinienne donc je comprends bien les enjeux », a-t-elle dit à l'AFP.

La « famille mondiale » de Farhadi

Le cinéaste iranien n'était pas présent à l'événement mais est apparu dans un message vidéo : « malgré nos différentes religions, nationalités et cultures, nous sommes tous des citoyens du monde », a-t-il dit en anglais, ajoutant être « fier d'être un membre de cette famille mondiale ».

« Je suis désolé de ne pas être là avec vous mais j'y suis par la pensée », a-t-il dit dans cette vidéo enregistrée en Iran où il vit.

Le réalisateur britannique Mike Leigh et l'actrice et mannequin britannique Lily Cole sont également venus exprimer leur solidarité.

Après la projection, un mini-concert de l'Orchestre des musiciens syriens devait clore l'événement avec la présence, pour les accompagner, de l'ancien chanteur du groupe Blur, Damon Albarn.

Le mois dernier, le réalisateur iranien avait annoncé qu'il n'assisterait pas à la cérémonie des Oscars, même s'il obtenait une dérogation au décret très controversé de Donald Trump fermant l'entrée des États-Unis aux citoyens de sept pays à majorité musulmane dont l'Iran.

Ce décret a été bloqué par plusieurs décisions judiciaires aux États-Unis, mais le cinéaste iranien n'est pas revenu sur sa décision.

À Los Angeles, plusieurs des réalisateurs également retenus dans la catégorie meilleur film en langue étrangère ont tenu à apporter leur soutien à Asgar Farhadi.

Ainsi la réalisatrice allemande Maren Ade, en course avec Toni Erdmann, a déclaré à l'AFP se « sentir profondément solidaire avec lui », qualifiant « d'horrible », « le climat ici aux États-Unis, mais aussi dans de nombreux pays actuellement ».

Soutien également du réalisateur danois Martin Zandvliet, nommé pour Land of Mine : « je soutiens complètement sa décision. C'est triste parce que les films et l'art en général sont censés rassembler les gens », a-t-il déclaré à l'AFP.

- Agence France-Presse




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