Oscars: les favoris de nos journalistes

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Spotlight

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La Presse

À la veille de la 88e soirée des Oscars, nos chroniqueurs et journalistes Nathalie Petrowski, Sonia Sarfati, Chantal Guy, Marc Cassivi et Marc-André Lussier affichent leurs couleurs en défendant chacun une candidature qui, à leurs yeux, est vraiment digne d'une statuette dorée.

The Revenant, établi favori, domine la course avec 12 citations, suivi de près par Mad Max: Fury Road, sélectionné 10 fois. Qui sait cependant si The Big Short, Spotlight et Room ne viendront pas mêler les cartes?

Spotlight... par défaut! - Marc-André Lussier

Il y aura toujours une question de goûts et de couleurs, mais le fait est que Steve Jobs et Carol faisaient assurément partie des meilleurs films de la cuvée 2015. Manque de pot, les membres de l'Académie des arts et des sciences du cinéma n'ont pas jugé bon inscrire les films de Danny Boyle et de Todd Haynes dans la plus prestigieuse catégorie de la 88e soirée des Oscars. Le remarquable scénario qu'a tiré Aaron Sorkin de la biographie de Steve Jobs (écrite par Walter Isaacson) n'a pas attiré l'attention des sélectionneurs non plus dans la catégorie de la meilleure adaptation. Un comble.

En désespoir de cause, rabattons-nous sur Spotlight. Au tout début de cette course aux Oscars, très ouverte, l'excellent film de Thomas McCarthy occupait - avec The Big Short - une position fort enviable. C'était avant que The Revenant ne devienne un grand succès populaire, avant aussi que le film d'Alejandro González Iñárritu ne rafle à peu près tous les prix déjà décernés en amont: Golden Globes, BAFTA Awards, Directors Guild of America Award, etc.

Les membres votants de l'Académie tomberont sans doute dans le même piège. Et attribueront tous les honneurs à un film poseur, impressionnant sur le plan de la virtuosité technique, certes, mais assurément pas le meilleur d'un cinéaste qui, l'an dernier, a déjà été plébiscité grâce à Birdman or (The Unexpected Vitue of Ignorance).

Spotlight serait pourtant un choix plus logique. Et éclairé.

D'autant que ce film, qualifié souvent d'All the President's Men de notre époque, se situe parfaitement dans le genre de productions que les académiciens aiment habituellement mettre en valeur.

Mettant en vedette Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Liev Schreiber, Spotlight relate l'histoire d'une équipe de journalistes du Boston Globe qui a révélé au grand jour les comportements odieux de plus de 70 prêtres pédophiles dans l'archidiocèse de Boston.

En plus de proposer un récit captivant à travers une enquête journalistique lauréate d'un prix Pulitzer, Thomas McCarthy ratisse aussi plus large. Une quinzaine d'années après la révélation du scandale, Spotlight demeure ainsi d'une très grande pertinence sociale. En campant son intrigue dans la salle de rédaction d'un grand journal au tournant du millénaire, le cinéaste a pu en outre mesurer la transformation accélérée qu'a dû subir le monde médiatique en général, et la presse écrite en particulier. Il met aussi en relief l'utilité du bon journalisme.

Spotlight évoque également notre responsabilité collective. Et suscite un questionnement encore bien actuel.

Au-delà du propos, très percutant, Thomas McCarthy (The Station Agent, The Visitor) a écrit un scénario redoutable, qu'il a porté à l'écran de façon très efficace, sans esbroufe, au plus près des personnages.

Les professionnels du cinéma devraient être en mesure de reconnaître ce très beau travail. Et le célébrer.

The Big Short... (FOURNIE PAR PARAMOUNT) - image 2.0

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The Big Short

FOURNIE PAR PARAMOUNT

Les meilleurs: The Big Short et Adam McKay - Sonia Sarfati

Sur papier, The Big Short n'avait pas grand-chose d'excitant: Adam McKay, spécialiste de la comédie-populaire-mettant-en-vedette-Will-Ferrell (allô la subtilité), avait coscénarisé et réalisé un long métrage se penchant sur la crise financière qui a secoué les États-Unis au milieu des années 2000 (sexy, le sujet!) et dont l'intrigue était basée sur un livre brillant mais ardu de Michael Lewis (bye-bye, commun des mortels).

D'accord, rendons à César - donc au projet - ce qui lui revient, il y avait là une distribution prometteuse: la constellation comptait en effet sur les Christian Bale, Ryan Gosling, Steve Carell et Brad Pitt.

Mais la balance penchait toujours du côté des doutes.

D'où la surprise devant cette comédie dramatique très signée (McKay a utilisé là un «stylo» qu'on ne lui connaissait pas) qui se joue de et avec les codes (ici on brise le quatrième mur, là on offre une parenthèse pop pour «expliquer» un concept économico-obscur); qui est extrêmement bien écrite; qui va chercher le meilleur d'acteurs dont le talent n'est plus à prouver en leur proposant de se glisser dans la peau de ceux qui ont vu se profiler la crise... et en ont profité.

Une comédie dramatique grinçante et brillante dont on sort - et c'est paradoxal - à la fois diverti, découragé ET en colère. Avec l'impression d'avoir appris, compris. Tout en regrettant (presque) d'avoir appris, compris. Parce que si l'on a appris, compris ce qui s'est passé et pourquoi ça s'est passé, on a aussi appris, compris qu'il y a de forts risques que ça se passe encore.

D'accord, sur le plan du pur cinéma, Adam McKay n'affiche pas la maestria d'un Alejandro González Iñárritu (The Revenant). Son film n'a pas la charge émotive d'un Room (sortez les violons et les mouchoirs) ou d'un Spotlight (très bien fait, très important, mais de forme plutôt conventionnelle). N'a pas la flamboyance et l'exubérance d'un Mad Max ni le classicisme d'un Bridge of Spies ou d'un Brooklyn. Ne transporte pas aussi loin dans l'espace et dans l'humain que The Martian.

Autant de films qui présentent toutefois ce que l'on attend/espère de ceux qui les ont réalisés. À leur différence, Adam McKay a pris un risque, est sorti de sa zone de confort et a formidablement réussi son pari, sur tous les plans. Une audace qui vaut de l'or (et du doré).

Room... - image 3.0

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Room

Pour la puissance émotive de Room - Nathalie Petrowski

Il y a The Big Short, un film furieusement divertissant et formidablement utile pour les illettrés de la finance que nous sommes. Il y a le nécessaire Spotlight et son hommage vibrant au travail des journalistes. Et puis, il y a Room, l'adaptation du roman d'Emma Donoghue, qui n'a pas besoin d'être utile ou nécessaire pour être un grand film qui émeut par la puissance de ses acteurs, la force de sa mise en scène et l'universalité de son thème: l'attachement.

Un grand film à mes yeux est un film fait de plusieurs strates avec, au premier étage, une histoire prenante qui avance et déménage avec efficacité. Et l'histoire de cette jeune femme tenue captive dans un cabanon, au fond d'un jardin où elle a mis au monde un enfant maintenant âgé de 5 ans, avance à un rythme d'enfer et baigne dans un tel climat de tension que pendant la première moitié du film, on oublie presque de respirer. Et puis, subitement, cette histoire de captivité et de libération se transforme sous nos yeux en quelque chose de plus profond, de plus troublant, une fable sur le destin humain et sur l'apprentissage du monde.

Voilà la mère - merveilleuse Brie Larson - et son fils - extraordinaire Jacob Tremblay - revenus à la vraie vie dans le vrai monde. Mais une fois l'euphorie passée, on les retrouve aux prises avec des déchirements autrement plus douloureux que ceux qu'ils vivaient en symbiose dans l'air raréfié, mais rassurant, du cabanon. Dans une réplique qui me donne des larmes à tout coup, la mère avait dit à son fils avant qu'ils réussissent à s'enfuir: tu vas voir, tu vas adorer ça!

Quoi? demande l'enfant avec de grands yeux. Le monde, lui répond sa mère, une parole que tout parent devrait offrir à son enfant comme un gage pour l'avenir, un passeport pour la vie.

Or, ce monde tout nouveau aux yeux de l'enfant qui n'a rien connu d'autre que les quatre murs du cabanon est par moments effrayant. Il l'est encore davantage pour sa mère qui peine à se remettre du choc de sa captivité et de la honte des agressions qu'elle a subies.

Par sa profondeur, son humanisme, la qualité de l'émotion qu'il dégage et par tout ce qu'il réussit à remuer en nous et qui n'a rien de racoleur comme le prétendent certains détracteurs, ce film mérite l'Oscar du meilleur film de l'année. Et avec un peu de chance, les membres de l'Académie sauront le reconnaître. C'est le bonheur qu'on souhaite à ses artisans.

Le fils de Saul... (Fournie par Sony Pictures) - image 4.0

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Le fils de Saul

Fournie par Sony Pictures

Le duel le plus relevé - Marc Cassivi

Dans le coin gauche, il y a Mustang. Dans le coin droit, Le fils de Saul. Le duel le plus relevé de la 88e Soirée des Oscars ne se trouve pas dans les habituelles catégories du meilleur film (The Revenant ou Spotlight?) ou de la meilleure réalisation, mais bien dans celle du meilleur film de langue étrangère, où s'affrontent deux remarquables premiers longs métrages de jeunes cinéastes.

Mustang, de la Franco-Turque Deniz Gamze Ergüven, est le porte-étendard de la France aux Oscars, même s'il s'agit d'un film tourné en Turquie, en langue turque. Ce «Virgin Suicides turc» commence dans l'insouciance et l'allégresse de cinq jeunes soeurs orphelines qui, au début de l'été à la fin des classes, ricanent et jouent en compagnie de garçons en route vers la maison de leur grand-mère, dans un village reculé de la campagne turque.

Les «soeurs sourire» s'amusent un peu trop aux yeux des commères du village - et surtout de leur oncle et de leur grand-mère, qui décident en entendant les ragots de les assigner à résidence et de les marier de force au plus vite, les unes après les autres.

C'est l'histoire révoltante d'une jeunesse qui exulte malgré la liberté brimée.

Un conte féministe retentissant, sur le patriarcat et la condition de la femme dans certains coins du monde, mettant en scène de belles insoumises qui refusent d'être mises en cage. Une grande réussite.

Le fils de Saul du jeune cinéaste hongrois László Nemes (Grand Prix du plus récent Festival de Cannes) pose quant à lui un regard singulier sur la Shoah, à travers l'histoire d'un membre du Sonderkommando, unité de travail composée de prisonniers juifs, à Auschwitz.

Bien des films, réussis et moins réussis, ont été réalisés sur l'horreur de l'Holocauste et des camps de la mort. Laszlo Nemes aborde cette tragédie de manière particulièrement originale et percutante, au plus près du drame et de son personnage principal, filmé en gros plans - en commençant par un plan-séquence d'anthologie.

Saul est l'un des Juifs hongrois chargés de nettoyer les fours crématoires. Parmi les cadavres dont il doit disposer, il y a un jeune garçon (son fils?) à qui il décide obstinément d'offrir une sépulture digne de ce nom. Dans les circonstances, cela est loin d'être simple. Il cache le cadavre, quitte à mettre sa vie et celle de ses camardes, qui fomentent une insurrection, en péril.

Film dur, brutal, mais pudique et sensible, sur le pire drame du siècle dernier, Le fils de Saul est une grande oeuvre sur la quête de dignité et l'espoir d'un restant d'humanité dans un contexte où l'homme est devenu un loup pour l'homme. Un très grand film, supérieur à mon sens à tous les Revenant, Spotlight et autres longs métrages qui seront récompensés dimanche.

Dans le coin gauche, la liberté. Dans le coin droit, la dignité. Entre les deux, on ne peut se tromper.

The Revenant.... (FOURNIE PAR 20TH CENTURY FOX) - image 5.0

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The Revenant.

FOURNIE PAR 20TH CENTURY FOX

L'année Leonardo - Chantal Guy

Leonardo DiCaprio et les Oscars, c'est devenu une longue histoire de frustrations. Plusieurs fois sélectionné, jamais oscarisé, comme ces autres beaux gosses de Hollywood qui n'ont pas pu encore mettre la main sur la statuette: Tom Cruise, Johnny Depp et Brad Pitt. Certains paranoïaques y voient un complot de vieux académiciens jaloux qui en veulent à leurs succès et à leurs jolies gueules, comme s'ils étaient déjà trop célébrés pour être pris au sérieux.

Mais on ne va pas pleurer sur le sort de ces acteurs mâles, riches, blancs et hétéros (pour ce dernier détail, c'est ce qu'ils affichent) quand les Oscars sont vertement critiqués cette année pour leur absolu manque de diversité dans la course aux prix d'interprétation. Le mot-clic #Oscarsowhite a vraiment sa raison d'être.

N'empêche, tout le monde prédit l'Oscar du meilleur acteur à DiCaprio pour The Revenant, alors qu'il fait déjà la récolte de tous les prix (dont le Golden Globe), avant le grand soir. Un film pour lequel il a pratiquement vécu le calvaire d'un chemin de croix. Le tournage a été pénible, le résultat montre l'expérience extrême d'un homme face à la nature sauvage, où l'on voit DiCaprio salement blessé par un ours se traîner péniblement dans la neige tout le long.

Une vidéo très drôle circule sur les réseaux sociaux à propos de cette performance douloureuse («Please, dear God, Give Leo The Oscar» («S'il vous plaît, mon Dieu, donnez l'Oscar à Leo»), dans laquelle on craint que l'acteur perde la tête... s'il perd encore. Il a raté de peu quatre fois la récompense: en 1994 pour What's Eating Gilbert Grape, en 2005 pour The Aviator, en 2007 pour Blood Diamond et en 2014 pour The Wolf of Wall Street.

Cette vidéo rappelle que Leonardo DiCaprio est prêt à tout pour un bon rôle. Depuis le début de sa carrière très précoce, il a incarné l'enfant battu (This Boy's Life), le handicapé intellectuel (What's Eating Gilbert Grape), un drogué (Basketball Diaries), le tragique Roméo (Romeo + Juliet), le Jack de la catastrophe du Titanic, l'orphelin vengeur (Gangs of New York), l'amnésique tourmenté (Shutter Island), un esclavagiste dégueulasse (Django Unchained), le si triste Gatsby (The Great Gatsby), un courtier ignoble (The Wolf of Wall Street) et cet increvable Hugh Glass de The Revenant. Chaque fois avec plus de profondeur.

C'est fou, la liste des bons films où il a brillé, le nombre de réalisateurs de renom qui l'ont embauché. Il en a fallu du temps pour qu'il se libère du poids du gros Titanic de Cameron, qui l'a transformé en star pourchassée par les groupies, d'autant plus que Leonardo a anormalement conservé un visage de jeune premier, voire de chérubin, qui semble avoir remis à plus tard les rôles matures. Car ses meilleurs rôles, à notre humble avis, sont pour la plupart ceux des années 2010, et la décennie n'est pas terminée.

On pense que Leonardo méritait l'Oscar bien plus pour The Wolf of Wall Street, réalisé par celui qu'il appelle son «père de cinéma», Martin Scorsese. Il fallait un certain courage pour incarner un personnage aussi méprisable et antipathique. DiCaprio se donne là-dedans dans le stupre jusqu'au délire, aussi intensément qu'il souffre dans The Revenant. Cette année, les Oscars n'ont pas le choix, il faut que ce soit Leonardo, qui a réussi à s'imposer avec les années, comme un bon vin. Sinon, on va vraiment croire au complot.

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