L'absence de diversité, déjà «vedette» des Oscars

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Tous les yeux seront rivés sur l'acteur noir Chris Rock, animateur de cette soirée de strass, de stress et de paillettes, qui a décidé de rester en selle malgré les appels au boycott.

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Agence France-Presse
Los Angeles

À l'approche de la cérémonie des Oscars, le mot «diversité» est sur toutes les lèvres à Hollywood. Au point où l'absence de nommés issus de minorités risque désormais de ravir la vedette à une cérémonie pourtant connue pour son glamour.

Pour la seconde année consécutive, tous les acteurs et actrices nommés pour la grand-messe du cinéma sont blancs. Pas de noirs ni d'hispaniques en nomination dans ces États-Unis pourtant pluriels, une absence à l'origine de vives critiques à l'égard de l'Académie des arts et des sciences du cinéma qui organise la cérémonie du 28 février.

Pour Darnell Hunt, directeur du centre d'études afro-américaines à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et auteur d'un rapport annuel sur la présence des minorités visibles à Hollywood, cette controverse, incarnée en ligne par le hashtag OscarsSoWhite, tient en fait d'une tendance lourde.

«Hollywood est comme une île dominée par des hommes blancs. Et il en a toujours été ainsi. Ces hommes blancs ont tendance à s'entourer de gens avec lesquels ils se sentent à l'aise... d'autres hommes blancs», souligne le sociologue dans un entretien à l'AFP. «Or cette pratique a pour effet de reproduire la structure de l'industrie de génération en génération», ajoute-t-il.

Selon sa dernière étude, les minorités visibles demeurent sous-représentées dans tous les secteurs d'Hollywood, des rôles de premiers plans à la réalisation, la scénarisation et jusqu'à la téléréalité, même si elles constituent 40% de la population américaine. Et ce problème est encore plus criant chez les actrices, précise l'étude.

Tous les patrons des grands studios américains sont des hommes et 94% d'entre eux sont blancs, alors que 92% des cadres supérieurs de l'industrie sont blancs et 83% sont des hommes, selon ces données.

Une scénario contre-productif

Or, soutient le sociologue, Hollywood laisse peut-être de «l'argent sur la table» en ne faisant pas davantage la promotion de la diversité culturelle, car les films avec une distribution relativement diversifiée sont souvent les plus bénéfiques au box-office mondial.

Accusée de racisme institutionnel, l'Académie s'est engagée à doubler d'ici 2020 le nombre de femmes et de représentants des minorités chez ses membres votants pour les nominations aux Oscars, une proportion actuellement établie à respectivement 24% et 7%.

Si les Noirs ne sont pas en nomination cette année, ils seront à l'animation. Tous les yeux seront rivés sur l'acteur noir Chris Rock, animateur de cette soirée de strass, de stress et de paillettes, qui a décidé de rester en selle malgré les appels au boycott.

Selon des voix de l'industrie, l'animateur devrait évoquer ce malaise hollywoodien et a même réécrit entièrement son intervention après le boycott annoncé par l'actrice Jada Pinkett Smith, épouse de Will Smith.

«Aux Oscars (...) les personnes de couleur sont toujours les bienvenues pour donner des prix (...) voire pour divertir la foule», a commenté l'actrice sur Twitter. «Mais nous sommes rarement reconnues pour nos accomplissements artistiques. Les personnes de couleur ne devraient-elles pas boycotter collectivement» les Oscars?, a-t-elle ajouté.

Dans cette saison des Oscars, plusieurs voix du septième art se sont prononcées sur cette crise qui fait ombrage au dernier millésime américain. «Tout cela pose une question: que pouvons-nous tous faire? Chacun doit jouer son rôle: chaque scénariste, cinéaste, acteur, producteur et chaque personne qui va au cinéma», a suggéré Tom McCarthy, réalisateur de Spotlight, en lice pour le prix du meilleur film de l'année.

«Apartheid économique»

«Le manque de diversité à Hollywood est le symptôme d'un apartheid économique et institutionnel plus profond à travers tout le pays», estime pour sa part le cinéaste Joshua Oppenheimer, nommé pour son documentaire The look of Silence.

La coalition pour des médias multiethniques, un groupe de pression qui rencontre depuis quinze ans les patrons des quatre principales chaînes de télévision du pays, a indiqué avoir démarché les plus grands studios pour favoriser la diversité devant et derrière le grand écran.

«Nous avons brisé les barrières à la télévision et nous ferons de même pour le cinéma», a affirmé dans un communiqué Alex Nogales, membre latino-américain de cette coalition. «Les studios doivent savoir qu'être représenté est important pour qu'on reconnaisse le travail et le talent ainsi que pour combattre les stéréotypes négatifs dans le discours public».

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