Cinéma québécois: le nouveau club des 7

Guillaume Lambert, Pascal Plante, Jeanne Leblanc, Eisha Marjara, Samuel Matteau, Sophie Dupuis et Ian... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRECHETTE, LA PRESSE)

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Guillaume Lambert, Pascal Plante, Jeanne Leblanc, Eisha Marjara, Samuel Matteau, Sophie Dupuis et Ian Lagarde.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRECHETTE, LA PRESSE

Pourquoi faire du cinéma en 2018? Sept cinéastes aux signatures déjà affirmées nous répondent.

Guillaume Lambert, Les scènes fortuites (Sortie: 26 janvier)

«Le cinéma te permet d'aller au bout de ta vision personnelle, car il y a un peu moins d'intervenants. Tu as aussi l'impression de créer un événement. C'est comme une montée d'adrénaline, après coup. Voir des inconnus faire la file devant une salle où ton film est présenté, c'est bouleversant. Le mouvement actuel découle sans doute directement des nouveaux programmes instaurés par Téléfilm Canada. L'avenir nous dira si c'est circonstanciel, mais il est désormais possible d'envisager la réalisation d'un long métrage avant 40 ans! Tous ces films sont de tempérament un peu plus brut, un peu plus délinquant. Cela dit, j'ai du mal à mesurer ce qui s'est passé au cours des derniers mois. Pour mon prochain long métrage, je souhaiterais pousser plus loin ma maîtrise du langage cinématographique, tant dans la technique que dans les budgets.»

Pascal Plante, Les faux tatouages (Sortie: 16 février)«Le cinéma est l'art de l'empathie. On en a bien besoin, car nous sommes un peu anesthésiés face au bombardement d'images vides de sens qu'on reçoit chaque jour. L'arrivée de cette "nouvelle vague" est directement due à ce qui s'est passé dans le domaine du court métrage, où nous nous sommes pratiquement tous connus. J'aime que tous ces films soient différents, mais qu'ils partagent une même fougue. Ils sont tous classés "films d'auteur", mais ils peuvent s'inscrire dans la durée. L'archivage des films est aussi un enjeu vital, car souvent, le temps fait bien les choses. Mon deuxième long métrage sera construit autour de nageurs et nageuses olympiques de haut niveau. J'espère avoir les moyens de mes ambitions, car j'ai envie de faire voyager le spectateur, lui faire voir d'autres genres de personnages, dans d'autres genres de décors, avec d'autres genres d'histoires.»

Jeanne Leblanc, Isla Blanca (Sortie: 2 mars)«Le cinéma est, pour moi, un acte de foi, un besoin viscéral. Je trouve les films de notre cohorte éclectiques et intéressants. On y sent l'amour du geste imparfait, comme une volonté de sortir quelque chose de moins fini, de plus rough. On tient souvent à mettre des films dans des cases, mais j'ai l'impression qu'il sera plus difficile de le faire maintenant, tant nos films sont souvent à cheval entre deux genres. J'adore Le chat dans le sac, de Gilles Groulx, car ce film est issu d'une époque marquée par une entière liberté de création, sans préoccupation de performance. Je suis influencée par l'esprit de cette époque. Aujourd'hui, j'ai une fascination pour les cinéastes fougueux et audacieux. J'avoue avoir un petit kick sur Robin Aubert en ce moment! Je souhaite que mon prochain film soit le plus honnête et le plus inspiré possible.»

Eisha Marjara, Venus (Sortie: 2 mars)

«Quand on raconte une histoire au cinéma, l'émotion est tangible. C'est ce que j'aime. Je ne sais pas si nous assistons présentement à l'arrivée d'une "nouvelle vague", mais j'ai eu l'occasion de constater récemment en Inde, mon pays natal, que les frontières culturelles sont en train de se mélanger. Cela entraîne une nouvelle façon de voir le monde et ça se traduit dans les thèmes que nous explorons. Il y aura toujours un besoin de résistance face au courant hollywoodien, comme une sorte d'opposition. Mon film québécois favori est Le confessionnal, de Robert Lepage. Cette forme de narration, complexe, m'a toujours beaucoup parlé. J'essaie d'atteindre cette profondeur dans mes films. Mon prochain long métrage aura pour titre Calory. Ça relate l'histoire d'une jeune femme anorexique, qui doit composer avec le deuil de sa mère, morte dans l'attentat d'Air India en 1985.»

Samuel Matteau, Ailleurs (Sortie: 16 mars)«Le cinéma survit et se transforme. Et même s'il faut se tourner vers des projets plus hybrides, rien ne remplacera la magie d'une projection dans une salle. C'est pourquoi le cinéma reste encore très actuel, très contemporain. Il aura toujours sa place. Ce qui se passe présentement m'enthousiasme. C'est comme si nous avions présenté nos oeuvres en gang, dans un synchronisme non prévu, mais qui a aussi du sens. Notre geste est quasiment punk, alors que tout le monde dit que le cinéma est mort ! Je suis en tout cas très fier de faire partie de ce mouvement. On est un peu tannés de voir des films génériques. Le cinéma d'auteur constitue un espace de liberté dans lequel on peut faire valoir son identité propre. Mon deuxième long métrage, je souhaite pouvoir le faire avec ma singularité d'auteur, avec plus de moyens aussi!»

Sophie Dupuis, Chien de garde (Sortie: 9 mars)

«Faire du cinéma ne relève pas d'un choix. C'est aussi vital pour moi que manger, respirer et boire. Il y a du mouvement en ce moment. Beaucoup de nouveaux talents émergent et j'aime que ce mouvement soit difficile à définir, car ça indique une vraie diversité de voix et de styles. Le cinéma d'auteur rejoint peut-être un moins large public, mais il aura toujours sa place, car il a cette capacité de faire voir les choses autrement. C'est gros à dire, mais un film peut changer une vie. Je le crois sincèrement. J'écris présentement un scénario qui se passe dans une mine en Abitibi. Je suis charmée par les hommes qui travaillent sous terre et l'esprit de famille qui se crée entre eux. Les mines sont pleines de bromances, c'est fou. Je suis en recherche de financement et j'espère en faire mon deuxième long métrage.»

Ian Lagarde, All You Can Eat Bouddha (Sortie: 16 février)

«Ce que j'aime du cinéma, c'est que tu n'as pas le choix de te soumettre au flot du récit. Je ne vois pas ce qui se passe en ce moment comme une "nouvelle vague", mais plutôt comme un front commun. Et puis, les comités d'évaluation changent. Il n'y a plus ce monopole de la psychanalyse marxiste-léniniste - considérée comme la seule voix du cinéma d'auteur -, pis c'est crissement tant mieux ! Les créateurs sont maintenant décomplexés par rapport aux aînés et ne se gênent pas pour pousser quelque chose qui les touche, eux. La meilleure manière d'atteindre le monde est de rester fidèle à sa vision. C'est ce qu'ont fait en leur temps les Forcier, Lauzon, Groulx et compagnie. Ces cinéastes se sont permis d'essayer des affaires, quitte à se planter. De mon côté, j'espère continuer dans la même veine, avec des producteurs qui ont le cinéma à coeur.»




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