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Festival de San Sebastián: de troublants démons imaginaires

Édouard Tremblay-Grenier, le réalisateur Philippe Lesage, le producteur... (Photo fournie par le Festival de San Sebastián)

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Édouard Tremblay-Grenier, le réalisateur Philippe Lesage, le producteur Galilé Marion-Gauvin, Rose-Marie Perreault et Pascale Bussières, du film Les démons, hier, au Festival de San Sebastián.

Photo fournie par le Festival de San Sebastián

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(SAINT-SÉBASTIEN) Philippe Lesage a lancé hier Les démons au festival de San Sebastián. Ce premier film de fiction, beau et troublant, fait subtilement écho aux angoisses de l'enfance.

Chaque festival a son rituel. À Cannes, un journaliste criera «Raoul» quand prend fin la petite ritournelle de Saint-Saëns (entendue avant chaque projection), comme si le Raoul en question se cherchait une place dans le noir. À Toronto, il est d'usage d'applaudir quand il est fait mention à l'écran des centaines de bénévoles qui participent à la fête. À San Sebastián, on tape des mains au rythme du motif musical un brin tribal qui précède la séance. Même au cours des projections réservées aux journalistes, le petit rituel est observé. Et on applaudit à la fin du film quand on est content.

Est-ce un bon signe? À la projection de presse du film de Philipe Lesage Les démons, des applaudissements se sont fait entendre dès l'apparition du générique de fin. La presse basque et espagnole a semblé apprécier ce drame troublant, qui fait écho à la vie intérieure d'un enfant angoissé.

Dès la première séquence, le cinéaste québécois, qui signe ici son premier film de fiction après avoir établi sa renommée dans le domaine du documentaire, installe un climat un peu décalé. Comme si la réalité pouvait basculer à tout moment. Des enfants dans un gymnase. Ils sourient, dansent, font de l'exercice, dépensent de l'énergie pendant que les notes graves d'une partition de Sibelius laissent deviner un univers plus sombre.

Parmi les enfants, le petit Félix (excellent Édouard Tremblay-Grenier), d'allure peut-être un peu plus fragile, qui vit essentiellement dans son monde intérieur. On remarquera d'ailleurs que les dialogues des adultes qui entourent ce garçon de 10 ans sont pratiquement inaudibles.

La force des plans-séquences

Utilisant la force des plans-séquences, Philippe Lesage nous entraîne ainsi dans un monde où l'imagination fertile d'un enfant anxieux s'entremêle souvent à la réalité. Qu'il s'agisse d'une crise familiale (une scène de dispute entre les parents - Pascale Bussières et Laurent Lucas - est l'une des plus marquantes du film), de faits divers survenus dans la ville, ou de l'angoisse créée par l'exposé d'une écolière sur le sida, Félix est constamment tourmenté par le questionnement qui le ronge.

Devant la cinquantaine de journalistes réunis pour la conférence de presse, le cinéaste a expliqué qu'il n'était finalement pas allé très loin pour chercher l'idée de ce film.

«C'est tout simple, a-t-il dit. Félix est très largement inspiré de ce que j'étais moi-même, enfant. En explorant mes propres démons imaginaires, j'ai voulu décloisonner un peu les barrières qu'on met entre les adultes et les enfants. D'autant plus qu'en tant qu'adulte, on peut facilement s'identifier à ce que vivent les enfants. Ce genre d'anxiété ne s'apaise pas en vieillissant. On apprend à vivre avec. Il n'y a pas beaucoup de moments de paix dans une vie. C'est ce qui fait aussi la beauté de la chose d'une certaine façon.»

Aussi a-t-il voulu atteindre la plus grande authenticité en laissant ses acteurs très libres. Quitte à reprendre une prise 50 fois. Le long plan-séquence de la querelle de couple, dans laquelle interviennent les enfants, repose en grande partie sur une improvisation.

«Je n'aime pas couper! précise le cinéaste. À mon avis, les meilleurs monteurs sont ceux qui laissent vivre les scènes. Comme le film est très peu découpé, les acteurs peuvent ainsi jouer en toute liberté, sans même trop penser à l'espace. Il était important de faire écho à la vie intérieure de Félix et pour cela, il faut du temps. Cela procède aussi d'une volonté de laisser beaucoup de liberté au spectateur dans son interprétation.»

Venu du documentaire, Philippe Lesage a tenu à recréer sensiblement le même genre d'environnement pour le tournage de son premier film de fiction, histoire d'éviter toute lourdeur technique.

Près de Pialat

De son côté, Pascale Bussières, présente elle aussi à cette conférence de presse, a trouvé intéressante cette façon plus inhabituelle de travailler.

«Philippe fait partie de ces cinéastes qui font confiance aux acteurs, a-t-elle déclaré. Il souhaite toujours atteindre la plus grande vérité. Il est près de Maurice Pialat dans son approche.»

En lice pour la Coquille d'or, Les démons entame sa carrière festivalière ici. On saura aujourd'hui s'il figure au palmarès qu'établira le jury présidé par l'actrice danoise Paprika Steen. Quoi qu'il advienne, le film de Philippe Lesage est déjà sélectionné dans quelques festivals européens, notamment ceux de Namur et de Hambourg. D'autres sélections devraient être annoncées très bientôt, selon le producteur Galilé Marion-Gauvin.

Au Québec, Les démons prend l'affiche en salle le 30 octobre

Les frais de voyage et d'hébergement ont été payés par Fun Film et le festival de San Sebastián.

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