L'affaire SK1: un métier nommé désir

Une avocate (Nathalie Baye) défend un tueur en... (Photo fournie par AZ Films)

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Une avocate (Nathalie Baye) défend un tueur en série qui, pendant une décennie, a violé et assassiné des jeunes femmes à Paris.

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(PARIS) Pendant que Nathalie Baye tourne ici Juste la fin du monde avec Xavier Dolan, son plus récent film, un drame judiciaire évoquant des faits réels prend l'affiche au Québec. Rencontre avec la vedette féminine de L'affaire SK1.

Mi-avril dans la Ville Lumière. Nathalie Baye évoque son prochain programme au cours d'un entretien accordé au journaliste de La Presse. Parmi ce programme, «un projet de film en juin dont je n'ai malheureusement pas le droit de parler encore, dit-elle. Mais il s'agit d'un film dont le tournage n'a pas lieu en France» !

Deux semaines plus tard, on a découvert le pot aux roses: l'actrice est de la prestigieuse distribution de Juste la fin du monde, le film que tourne présentement Xavier Dolan dans les environs de Montréal. Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Vincent Cassel et Léa Seydoux en sont les autres têtes d'affiche. Trois ans plus tard, Nathalie Baye retrouve ainsi son metteur en scène de Laurence Anyways.

«Nous avions célébré le 23e anniversaire de Xavier pendant le tournage de Laurence Anyways, rappelle-t-elle. Au moment où j'ai fait sa connaissance, il était déjà bien lancé. Nous sommes toujours restés très proches depuis!»

Il se trouve que les hasards de la distribution font en sorte qu'au moment où elle se trouve en nos terres pour prendre part au nouvel opus «dolanien», son plus récent film, L'affaire SK1, prend l'affiche au Québec.

Une affaire judiciaire célèbre

Dans ce premier long métrage de Frédéric Tellier, un réalisateur avec qui elle avait déjà collaboré pour la série télévisée Les hommes de l'ombre, Nathalie Baye prête ses traits à Frédérique Pons, une avocate. Dans une affaire judiciaire célèbre en France, cette dernière a défendu Guy Georges, un tueur en série qui, pendant une décennie, a brutalement violé et assassiné des jeunes femmes à Paris. 

L'affaire SK1 relate l'enquête qu'a dû mener un jeune inspecteur idéaliste de la police judiciaire (interprété par Raphaël Personnaz) qui, pendant plusieurs années, n'a jamais lâché le morceau afin de recueillir les preuves nécessaires.

«Frédéric m'a parlé de son projet de film dans un premier temps, mais j'avoue ne pas être très friande des histoires de tueurs en série, indique l'actrice. Cela dit, le scénario m'a plu à la lecture. Cette femme surtout. J'ai eu le plaisir de rencontrer Frédérique Pons, de lui parler, d'échanger avec elle. Parce que l'idée de tenter de défendre un type comme Guy Georges est quand même étonnante!»

Si l'actrice a déjà eu l'occasion d'incarner des personnages réels à l'écran, rarement s'est-elle retrouvée à devoir le faire avec une contemporaine.

«Pour construire un personnage, je me base d'abord et avant tout sur le scénario, fait-elle remarquer. Mais là, j'avoue que l'idée de rencontrer Frédérique Pons me plaisait. Ce n'est pas que je souhaitais procéder par mimétisme ou faire d'elle une imitation, mais Frédéric a quand même écrit le rôle de façon à ce qu'il soit très proche du personnage réel. Ça m'intéressait de poser des questions à cette avocate, de saisir sa démarche, de comprendre le métier qu'elle exerce aussi.»

Frédéric Tellier, qui a mis des années à documenter son scénario, tenait en outre à ce que son film soit le plus authentique possible. En plus d'être rigoureux sur les faits (même si L'affaire SK1 reste un film de fiction), il a aussi pu reconstituer le procès - qui a eu lieu en 2001 - dans les lieux mêmes où il s'est déroulé.

«C'est très particulier de tourner ce genre de scène dans une vraie cour du palais de justice de Paris, souligne l'actrice. Un ami avocat m'a fait remarquer que nos métiers avaient pourtant de grandes similitudes. Une plaidoirie, c'est aussi une grande mise en scène. Il faut défendre, savoir convaincre, toucher, émouvoir. C'est une forme de théâtre. Il y a toutefois une grande différence: la vie de quelqu'un peut dépendre d'une performance. Nous, ce n'est pas le cas. Je voue vraiment une grande admiration à ces gens-là.»

Sous le signe de l'exigence

D'abord formée en danse, Nathalie Baye a eu la chance de se démarquer au cinéma dès sa sortie du Conservatoire en étant choisie par François Truffaut pour interpréter la scripte de La nuit américaine. Pendant une décennie, l'actrice cumulera les seconds rôles prestigieux (La gueule du loup, Sauve qui peut [la vie], Une étrange affaire) pour ensuite devenir une actrice de premier plan (Le retour de Martin Guerre, La balance, J'ai épousé une ombre).

«Puis, à l'époque où j'étais la compagne du père de ma fille [NDLR: Johnny Hallyday], il y a eu une période très médiatisée, qui m'a nui sur le plan professionnel, explique-t-elle. Une certaine presse a subitement fait de moi un personnage de magazine plutôt qu'une actrice. Le théâtre m'a alors remise sur les rails. Le film de Nicole Garcia Un week-end sur deux a aussi marqué un tournant. Nicole a eu l'audace de m'offrir un rôle différent, de femme plus «dangereuse». Ça m'a beaucoup apporté.»

Lauréate de quatre Césars, Nathalie Baye affirme apprécier encore davantage son métier aujourd'hui. Elle se félicite d'avoir su protéger son désir de l'exercer, même au cours des périodes plus difficiles.

«J'ai toujours refusé des trucs que je n'avais pas envie de faire, dit-elle. C'est d'ailleurs l'une des choses pour lesquelles j'ai été très vigilante dans ma vie professionnelle: penser que tout fonctionne sur le désir quand même. Désir de jouer, d'entrer dans un univers, de travailler avec un ou une cinéaste. Si on commence à choisir des films pour de mauvaises raisons, le désir peut alors se fixer sur autre chose, l'appât du gain, par exemple. Et c'est là où on peut se planter. Du coup, il n'y a plus de désir pour l'essentiel. J'ai aussi eu la chance de travailler avec des gens de grande qualité. Ça aiguise l'exigence, la curiosité.»

Le premier visionnement d'un film constitue toujours une angoisse particulière, mais l'actrice affirme pouvoir être très objective envers elle-même... une dizaine d'années plus tard!

«C'est toujours la même chose. Je n'aime pas me voir. Quand j'ai vu L'affaire SK1 la première fois, je n'ai évidemment pas pu me blairer. En revanche, j'ai quand même trouvé le film sincère, très honnête. Il évite toute complaisance et n'est pas du tout racoleur. Pour moi, la phrase clé du film reste celle où Frédérique explique vouloir chercher l'homme derrière le monstre. Cette quête-là m'a motivée à jouer ce personnage.»

L'affaire SK1 prend l'affiche le 19 juin.

Les frais de voyage ont été payés par AZ Films.

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