Critique
Rouge sang : dérapages au tournant du siècle
André Duchesne
C'était si bien parti. Hélas, trois fois hélas, quand on veut trop en rajouter, on finit par noyer le poisson.
C'est la douloureuse impression qui nous reste à la sortie de Rouge sang, long métrage de Martin Doepner, qui participe également au scénario de ce thriller campé à l'époque du Bas-Canada. Mais tout n'est pas à jeter dans cette histoire portée par ses acteurs et une mise sous tension maîtrisée.
L'histoire, c'est celle d'Espérance (Isabelle Guérard), femme amoureuse et mère qui, le matin du 31 décembre 1799, doit laisser partir son homme (Peter Miller) pour le village voisin. Au cours de la journée arrivent cinq soldats anglais, les «habits rouges». L'un d'eux est blessé. Comme le jour tombe et que la tempête se lève, Espérance n'a d'autre choix que de les héberger.
On assiste dès lors à un huis-clos dans cette modeste maison perdue au coeur de la vallée du Saint-Laurent. Entre l'inquiétude des enfants et les regards pleins de sous-entendus des soldats pour Espérance, le réalisateur a réussi à créer un climat prenant et angoissant, relevé par la musique de Michel Cusson. Jusque-là, c'est réussi!
Mais à partir du moment où Espérance découvre des indices lui laissant croire que les «habits rouges» ont tué Pierre, son mari, elle cède à un mélange de panique et de soif de vengeance qui nous amène, le temps de le dire, dans toutes les directions.
On veut bien considérer que, dans de pareils moments, un individu est prêt à tout pour éliminer la menace, mais il y a des limites à croire au déploiement des ruses de la belle. Notamment lorsqu'elle propose soudainement ce qu'elle refusait quelques minutes auparavant.
Le nombre de rebondissements est hallucinant. Trop hallucinant. Ce qu'on gagne en action est perdu en vraisemblance.
Dommage, car dans la première partie, M. Doepner avait réussi à éviter les pièges du film d'époque (il y a eu tellement pire au Québec!) en s'en tenant à un scénario sobre, dépouillé, efficace, crédible.
Dans le rôle principal d'Espérance, Isabelle Guérard est excellente de bout en bout. Tout comme Lothaire Bluteau, convaincant capitaine des soldats qui parle avec un gentil accent british.
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Rouge sang. Thriller de Martin Doepner. Avec Isabelle Guérard, Lothaire Bluteau et Anthony Lemke. 1h33.
Rouge sang: les apparences qui tuent
Éric Moreault
Une première impression est souvent déterminante. Mais elle peut s'avérer bien trompeuse. C'est la prémisse du scénario de Rouge sang. Mais le constat s'applique aussi au premier long métrage de Martin Doepner. Alors qu'on croit se taper un énième film d'époque sur la Nouvelle-France, Rouge sang devient un suspense psychologique efficace et crédible sur l'instinct de survie et de protection d'une mère aux prises avec l'ennemi.
Espérance (Isabelle Guérard) attend, avec ses enfants, le retour de son mari, en ce 31 décembre 1799, lorsque la tempête se lève. Mais ce n'est pas celui-ci qui cogne bientôt à la porte, mais une patrouille d'Anglais menée par un capitaine introverti (Lothaire Bluteau) qui vient trouver refuge. La jeune mère soupçonne que ceux-ci ont éliminé son homme. Sa douleur la pousse à une vengeance funeste.
Ce n'est pas tant la prémisse de Rouge sang qui fait son intérêt, mais bien le cadre dans lequel il se déroule et les niveaux de lecture. Le huis clos est total. Espérance est isolée par la tempête, l'absence de moyens de communication, sa méconnaissance de l'anglais et son statut de femme dans un monde d'hommes.
Sa lecture de la situation, aggravée par une double perte, la pousse à poser des actions qu'elle regrette et qui l'entraînent dans un engrenage de violence implacable. On est loin du héros typique sans peur et sans reproche. Espérance improvise, parfois avec maladresse, pour composer avec la situation. C'est une femme forte, mais surtout un animal blessé qui réagit avec l'énergie du désespoir.
Isabelle Guérard porte le film sur ses épaules avec beaucoup d'aplomb, même s'il manque parfois dans son visage la démence nécessaire à une certaine violence. Lothaire Bluteau est remarquable. Comme d'habitude. Il y a peu d'acteurs qui réussissent, par un seul regard, à révéler l'essence, les failles et les forces d'un personnage. Son intériorité et son intensité nous rivent à notre siège. Sa contribution augmente de beaucoup la crédibilité de l'exercice.
Martin Doepner a été l'assistant-réalisateur de très bons réalisateurs (Scorsese, Spielberg, Miller, etc.) Son film est techniquement irréprochable, surtout avec un budget modeste. Il n'a pas encore développé une signature caractéristique et son approche est conventionnelle, ce qui est un moindre mal dans un film de genre. La fin est toutefois particulièrement réussie.
Autre point positif, la cinématographie particulièrement soignée de Nathalie Moliavko-Visotzky, qui a travaillé avec Forcier, Arcand, Lauzon, etc. Plus la nuit avance, plus l'image s'assombrit, en accord avec la descente aux enfers que vit Espérance.
Rouge sang est un bon premier essai. Il s'inscrit aussi dans un genre peu pratiqué au Québec et remplit ses promesses à ce chapitre. Le fait qu'il se déroule en 1799 est une bonne idée, mais en contrepartie, on s'identifie peu au destin d'Espérance.
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Titre : Rouge sang. Genre : suspense. Réalisateur : Martin Doepner. Acteurs : Isabelle Guérard et Lothaire Bluteau. Classement : 13 ans et plus. Durée : 1h40.
On aime : le punch de la fin, la cinématographie.
On n'aime pas : les séquences superflues avec les loups.
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