Critique
On the Road : le défi impossible de Walter Salles
Chantal Guy
L'adaptation de Walter Salles du célèbre roman Sur la route de Jack Kerouac arrive au Québec précédée d'une rumeur tiède depuis sa présentation à Cannes. Ce n'est pas le ratage qu'on craignait ni le chef-d'oeuvre qu'on espérait, et il faut le voir pour ce que c'est: une adaptation libre d'un roman jugé inadaptable - et même impubliable selon les éditeurs de l'époque, lorsque Kerouac avait soumis son immense tapuscrit en un seul rouleau, qu'on déployait comme une route...
On sent bien que Walter Salles fait tout ce qu'il peut pour respecter l'esprit du roman, sans malheureusement éviter de le réduire à ces clichés qui ont plombé Kerouac lui-même. Sur la route est une oeuvre beaucoup plus profonde que ce mince portrait «sexe, drogue et jazz» de Salles, qui réussit néanmoins à insuffler à ce projet cet appel à vivre intensément, à se faire le témoin et l'acteur de son existence au gré d'une inspirante errance. Le réalisateur fait de Kerouac non seulement un écrivain au bord de naître au monde, mais aussi un journaliste «gonzo» scrutant à vif une Amérique juste avant les mutations des années 60. Bien sûr, Sur la route, c'est avant tout un rythme, qui a mené à l'expression beat generation, que Salles tente de transmettre par une approche cinématographique réaliste et une caméra nerveuse, mais sans audace.
Un peu comme dans le roman, tout est concentré sur la relation entre Sal Paradise (alter ego de Kerouac, interprété par Sam Riley) et Dean Moriarty (le fameux Neal Cassidy, joué par Garrett Hedlund, qui a la gueule de l'emploi en bellâtre irresponsable et irrésistible pour les deux sexes). Deux autres figures importantes, comme Allen Ginsberg (Tom Sturridge) et William S. Burroughs (Viggo Mortensen), complètent trop rapidement le tableau, en n'étant pas très loin de la caricature. Enfin, les filles en arrachent dans cet univers de bohémiens. Kristen Stewart et Kirsten Dunst incarnent une étonnante liberté pour leur temps, rapidement bridée par la maternité ou les désirs de fidélité et de stabilité incompatibles avec le mode de vie et les tempéraments de Dean et de Sal.
Le spectateur québécois, s'il voit la version originale en anglais, reconnaîtra quelques coins de Montréal (puisque le film a été tourné en partie ici) et appréciera l'effort louable du réalisateur d'avoir inséré dans son film l'identité canadienne-française de Sal/Kerouac, qui dialogue dans un français cassé avec sa mère (jouée par la comédienne québécoise Marie-Ginette Guay).
Au bout de ce voyage, qui offre de très belles scènes de road trip et de paysages américains - une esthétique déjà explorée par Salles avec The Motorcycle Diaries -, le lecteur de Kerouac aura de la sympathie pour le cinéaste qui a dû faire face à un défi pratiquement impossible à relever. Voir cette adaptation ne permet en rien de savoir ce qu'est vraiment le roman - ne pensez pas vous en tirer en «ayant vu le film»! - et il ne nous reste qu'à espérer qu'elle puisse donner envie à une nouvelle génération de lire Sur la route.
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On the Road (Sur la route). Drame de Walter Salles, avec Sam Riley, Garrett Hedlund, Kristen Stewart. 2h04.
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