Critique
Le prénom : comédie illégitime
Luc Boulanger
La pièce, ici comme à Paris, a connu un tel succès qu'on avait bien hâte de voir ce que les auteurs devenus réalisateurs en ont fait au cinéma. Hélas, trois fois hélas, Le prénom est une piètre adaptation; un film poussif et sans inspiration, calqué sur la production théâtrale et qui s'étire sur près de deux heures.
Contrairement à des cinéastes chevronnés - tels Roman Polanski (Carnage) ou Louis Malle (Vanya on 42nd Street) qui savent insuffler une énergie cinématographique à un huis clos théâtral, les auteurs du Prénom ont réalisé du théâtre filmé sans faire confiance aux images. Celles-ci ne font que souligner ce que les mots disent à chaque plan. Assez laborieux.
Après une longue et inutile présentation avec voix hors champ de chacun des personnages, l'histoire s'amorce dans l'appartement du couple d'enseignants parisiens qui reçoit ses proches à souper. Certes, il faut respecter l'unité de temps de l'oeuvre - c'est l'histoire d'un repas amical qui dérape en dispute autour du choix d'un prénom pour le futur garçon de Vincent (Patrick Bruel, qui reprend son rôle créé à la scène). Certes, les dialogues et la vérité du jeu sont plus importants ici que l'esthétique cinématographique. Encore faut-il savoir par quel moyen on raconte une histoire...
Les auteurs ont surfé sur leur succès au théâtre pour pondre cette comédie banale qui a quand même fait plus de 3 300 000 entrées en France. Le fait de compter sur de bonnes pointures sur le plan des acteurs (Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling et Guillaume de Tonquédec, très à l'aise avec sa partition) n'a sans doute pas nui au box-office.
Finalement, le film a le mérite de nous montrer, par comparaison, l'excellent travail d'adaptation de Maryse Warda et Serge Denoncourt avec la production québécoise du Prénom. Si on se tapait sur les cuisses en voyant la pièce, on s'ennuie terriblement devant le film.
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Le prénom. Comédie d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. Avec Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Charles Berling, Judith El Zein, Guillaume Le Tonquédec. 1h49.
Le prénom: au nom du rire
Normand Provencher
Envie d'une bonne comédie pour surmonter la morosité de novembre? Le prénom est l'antidote idéal. Rires garantis avec cette adaptation de la pièce à succès d'Alexandre de La Patellière et de Matthieu Delaporte, qui débarque sur nos écrans après avoir fait courir plus de 3,3 millions de spectateurs en France. Certainement l'une des meilleures comédies françaises depuis le mémorable Dîner de cons.
Au coeur de l'intrigue, le choix d'un prénom inusité pour un enfant à naître. En débarquant un bon soir chez sa soeur (Valérie Benguigui), Vincent (Patrick Bruel) ne croyait jamais que cette discussion en apparence anodine (mais pas dépourvue de malice) allait virer à la foire d'empoigne.
Son beau-frère et ami depuis toujours, Pierre (Charles Berling), n'ose imaginer qu'on puisse baptiser son enfant d'un tel prénom (dont on vous laisse la surprise), prenant à témoin leur vieil et toujours aimable ami suisse (Guillaume De Tonquédec).
Les choses n'iront guère mieux avec l'entrée en scène de la future maman (Judith El Zein), dont une remarque assassine à l'égard de ses hôtes jettera de l'huile sur le feu. Coups bas, vacheries, non-dits refoulés qui explosent sous l'effet de la frustration, le salon de ces «bobos» parisiens se transformera en véritable champ de bataille, où personne ne sera épargné.
On rit beaucoup (parfois un peu jaune) à ce que les uns et les autres se balancent par la tête. Quand ce n'est pas l'un qui passe à la casserole, c'est l'autre. Des secrets longtemps enfouis éclatent. Des frustrations qui dormaient sous le vernis des apparences et de la rectitude politique explosent au grand jour.
Les dommages collatéraux seront importants, mais pas assez pour éviter une bienfaitrice réconciliation au nom de la famille et de l'amitié, happy end oblige. À l'issue de cette soirée rocambolesque, lorsque Patrick Bruel lance, découragé, qu'il a «juste voulu faire une blague...», on se dit qu'il existe des blagues plus anodines que d'autres...
L'adaptation d'une pièce au grand écran est toujours un exercice périlleux. À l'image de Carnage de Roman Polanski (autre impitoyable séance de règlements de comptes, mais entre inconnus celle-là), Le prénom doit composer avec le piège du théâtre filmé. Impossible d'y échapper. Sauf que La Patellière et Delaporte réussissent à insuffler un peu d'oxygène, dans une ouverture où les protagonistes sont présentés à tour de rôle, à la façon Amélie Poulain.
Mais le plaisir réside d'abord et avant tout dans les répliques assassines et la symbiose entre les comédiens, tous excellents. Les cinq acteurs qui ont joué la pièce sur les planches - à l'exception de Charles Berling, qui remplace Jean-Michel Dupuis - sont de retour devant la caméra, d'où cette agréable sensation de connivence.
(À noter que la projection du Prénom est précédée de Chef de meute, de la jeune réalisatrice québécoise Chloé Robichaud, finaliste à la Palme d'or du meilleur court métrage au Festival de Cannes.)
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Le prénom. Genre : comédie dramatique. Réalisateurs : Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte. Acteurs : Charles Berling, Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Guillaume De Tonquédec, Judith El Zein et Françoise Fabian. Classement : général. Durée : 1h49.
On aime : les répliques acides et savoureuses, la symbiose entre les comédiens tous excellents, l'introduction à la Amélie Poulain.
On n'aime pas : un huis clos qui sent le théâtre filmé.
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