Critique
Argo : Ben Affleck en belle forme
Marc Cassivi
En novembre 1979, au plus fort de la révolution iranienne, des militants islamistes prennent d'assaut l'ambassade américaine de Téhéran. Plus de 50 Américains sont pris en otage, mais six employés de l'ambassade réussissent à s'échapper et à trouver refuge chez l'ambassadeur du Canada en Iran.
Argo, le troisième long métrage réalisé par l'acteur Ben Affleck (Gone Baby Gone, The Town), raconte l'étonnante et authentique tentative de sauvetage de ces six «otages disparus». Et les circonstances improbables qui l'ont entourée.
Ben Affleck campe lui-même le personnage principal de ce thriller politique très bien reçu au dernier Festival de Toronto. Antonio Mendez, spécialiste de ce genre d'opération de sauvetage à la CIA, convainc ses patrons récalcitrants que la meilleure façon de faire sortir indemnes la «bande des six» de Téhéran, sans risquer de mettre en danger les autres otages, est de les faire passer pour une équipe de tournage canadienne d'un film de science-fiction de série B.
À cette fin, Mendez s'allie les services d'un spécialiste des effets spéciaux et d'un producteur chevronné, qui montent de toutes pièces, afin qu'elle soit crédible, une production hollywoodienne vaguement inspirée de Star Wars, intitulée Argo, en repérage en Iran pour un tournage.
Réalisé efficacement, scénarisé par Chris Terrio avec un bon dosage de drame, de suspense et d'humour - notamment aux frais de l'industrie du cinéma hollywoodien -, Argo s'inspire de documents récemment déclassifiées par la CIA. L'agence américaine en prend pour son rhume dans cette version romancée d'un épisode célèbre de l'histoire des services secrets canadiens (qui, bien qu'en ayant pris le crédit pour des raisons diplomatiques, n'ont rien eu à voir avec le sauvetage).
Le récit, bien mené, tient en haleine pendant une bonne heure, mais s'essouffle en fin de parcours, en épousant avec un peu trop d'insistance les codes du thriller hollywoodien. Je ne prédirai pas, comme certains l'ont fait, que Ben Affleck se retrouvera parmi les finalistes à l'Oscar du meilleur réalisateur, mais Argo, bourré de qualités, confirme les qualités de cinéaste de l'acteur et vaut certainement le détour.
* * * 1/2
Argo. Drame de Ben Affleck. Avec Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman. Durée: 2h.
Argo: la grande évasion
Normand Provencher
L'histoire est tellement surréaliste qu'elle ne pouvait être que le fruit de l'imagination de Hollywood. C'est exactement ce que s'est dit Ben Affleck en mettant la main sur le scénario d'Argo, qui relate les incroyables et pourtant véridiques jeux de coulisses qui se sont déroulés en toile de fond de la prise d'otages de 52 ressortissants de l'ambassade américaine de Téhéran, en novembre 1979.
Pendant que la population américaine s'inquiétait du sort de ses compatriotes, détenus par des extrémismes musulmans regroupés derrière l'ayatollah Khomeiny, dans la foulée de l'exil du honni shah d'Iran, six Américains réussissent à trouver refuge à l'ambassade canadienne. Pendant trois mois, l'ambassadeur Ken Taylor mettra sa vie en danger pour dissimuler leur présence.
Pendant ce temps, les stratèges de Washington cherchent une façon d'assurer leur fuite en catimini. On pense même un certain moment à trouver des vélos et leur faire parcourir 1500 km jusqu'à la frontière...
C'est alors que Antonio J. Mendez (Affleck), un spécialiste de l'exfiltration à la CIA, est arrivé avec la «meilleure mauvaise idée»: dépêcher un faux producteur canadien en Iran pour faire du repérage en vue du tournage d'un film bidon de science-fiction (intitulé Argo). But de l'opération: faire passer les six Américains qui pour le réalisateur, qui pour la scénariste, qui pour le directeur photo.
Poudre aux yeux
Histoire de donner le plus de crédibilité possible à ce plan aussi audacieux que saugrenu, Mendez s'allie les services d'un producteur hollywoodien (excellent Alan Arkin) et d'un spécialiste des maquillages (John Goodman). Puisque le stratagème devait rester à la fois le plus confidentiel et le plus crédible possible, on a même eu l'idée de publier de vrais-faux reportages dans les journaux spécialisés de l'époque. Tous les moyens étaient bons pour jeter de la poudre aux yeux du nouveau régime de Téhéran.
Cette singulière histoire, gardée top-secrète par la CIA jusqu'en 1996, devient un haletant suspense devant la caméra d'Affleck. Même si l'on connaît le dénouement de l'affaire, impossible de rester impassible devant le sort qui attend le groupe en cas d'échec de la mission. À l'époque, les Gardiens de la Révolution pendaient haut et court, en pleine rue, tous les collaborateurs de l'ancien régime.
De la prise d'assaut de l'ambassade américaine par des milliers de manifestants en colère, dès les premiers instants du film, jusqu'au dénouement heureux de cette mission jugée impossible, le scénario d'Argo tient le spectateur rivé à son siège. À son troisième long métrage (après Gone Baby Gone et The Town), Ben Affleck démontre que ses talents de réalisateur ne sont pas surfaits.
En choisissant de se donner le premier rôle, Affleck ne vole pas le spectacle. Même si le personnage de Mendez demeure très effacé, il sert de caution, en épilogue, à l'apologie de la famille réunie dans l'adversité, comme si Hollywood était incapable de se débarrasser de cette agaçante manie, notre seul bémol.
Scénario mené sans aucune baisse de régime, distribution sobre et efficace, direction artistique jouant à fond les années 70 (ah! Ces moustaches et ces lunettes baie window...), Argo s'inscrit comme l'un des meilleurs films de l'année. L'Académie devrait être sensible à ses nombreuses qualités lors des mises en nomination pour les Oscars.
PREMIER PLAN
Une voix hors champ expliquant grâce à des dessins la situation politique en Iran, après le départ du shah et l'arrivée de l'ayatollah Khomeiny.
ARRÊT SUR PAROLE
«C'est notre meilleure mauvaise idée, monsieur...»
****
Argo. Genre: suspense. Réalisateur: Ben Affleck. Acteurs: Ben Affleck, Bryan Cranston, Alan Arkin, John Goodman, Victor Garber, Clea DuVall, Tate Donovan, Scoot McNairy, Rory Cochrane, Christopher Denham et Kerry Bishé. Classement: général. Durée: 2h.
On aime : un suspense qui ne laisse aucun répit, le jeu sobre et efficace de la distribution, le rappel d'une histoire méconnue, le montage.
On n'aime pas : l'épilogue familial typiquement hollywoodien.
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