Critique
Avant que mon coeur bascule : une impression d'inachevé
Marc Cassivi
Après Le banquet, film sombre sur fond de grève étudiante, Sébastien Rose (Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause, La vie avec mon père) reste dans un registre dramatique avec Avant que mon coeur bascule, inspiré d'un épisode autobiographique.
Ce film intimiste, coscénarisé par Rose et Stéfanie Lasnier, puise dans un souvenir d'adolescence du cinéaste, trempé alors dans la petite délinquance. En simulant un hold-up avec des amis dans une maison, il avait provoqué à l'époque une crise cardiaque chez sa victime. Un épisode qui a fait basculer bien des choses.
Sarah (Clémence Dufresne-Deslières), jeune délinquante en manque de repères, vit à la campagne avec un adolescent de son âge (Étienne Laforge) et un homme plus âgé (Sébastien Ricard) au comportement erratique, qui survit de petits boulots et de petites magouilles.
Le triangle quasi incestueux qu'ils forment a une dette envers des bandits du coin. Et tente péniblement de s'en défaire, en volant à gauche et à droite. Sarah détrousse un prof d'histoire (Alexis Martin) qui l'a embarquée gentiment sur le pouce. Lorsque les choses virent mal, l'adolescente prend conscience de l'impact de ses gestes. Elle entre en contact avec l'amoureuse du prof (Sophie Lorain), avec qui elle lie une amitié très particulière.
Sébastien Rose témoigne à l'écran de cette belle tension entre Clémence Dufresne-Deslières, à son premier rôle d'envergure, et Sophie Lorain, trop rare devant la caméra. Avant que mon coeur bascule est parsemé de belles idées de mise en scène, comme ces images oniriques de grands ballons flottant dans le vent ou encore les apparitions récurrentes du personnage d'Alexis Martin.
Mais le film dégage aussi à mon sens une forte impression d'inachevé. On a le sentiment que tous les acteurs ne jouent pas dans le même film. Le trio formé par Ricard et les jeunes acteurs a des accents burlesques qui ne conviennent pas au ton réaliste du film. Les dialogues sont parfois plaqués, en particulier une conversation sur le mensonge entre Alexis Martin et Clémence Dufresne-Deslières.
D'un point de vue formel, Sébastien Rose abuse de la caméra à l'épaule dont l'effet, en surdose, finit par désorienter le spectateur. À l'image des multiples dynamiques entre les personnages, qui finissent par tourner à vide. Comme du reste ce scénario qui flotte et s'égare, sans jamais vraiment trouver le souffle nécessaire pour soutenir la trame narrative. Et qui se termine en queue de poisson, en laissant tout en plan.
* * 1/2
Avant que mon coeur bascule. Drame de Sébastien Rose. Avec Sophie Lorain, Sébastien Ricard, Étienne Laforge et Clémence Dufresne-Deslières. 1h35.
Avant que mon coeur bascule: sans toit ni loi
Normand Provencher
Le quatrième long métrage de Sébastien Rose, Avant que mon coeur bascule, s'inscrit dans la veine de dysfonctionnements familiaux qui habitaient ses deux premiers films, La vie avec mon père et Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause. La relation houleuse entre la jeune Sarah (Clémence Dufresne-Deslières) et Françoise (Sophie Lorain) n'est pas celle d'une mère et de sa fille, mais c'est tout comme.
Après avoir provoqué involontairement la mort d'un professeur qui l'avait prise en autostop, l'adolescente de 16 ans, délinquante solitaire élevée par un filou manipulateur (Sébastien Ricard), tentera un rapprochement avec la femme de la victime. Dévastée, celle-ci ignore toutefois tout de son rôle dans la tragédie.
De fil en aiguille, Sarah, plus seule que jamais, trouvera à son contact une mère de substitution, alors que pour Françoise, l'adolescente deviendra l'enfant qu'elle n'a jamais eu.
Avec ce film portant sur le poids du remords, Sébastien Rose signe une production de belle facture, mais au scénario inégal. À sa première expérience devant la caméra, Clémence Dufresne-
Deslières fait preuve d'un bel aplomb dans la peau d'une abonnée aux 400 coups qui réalise pour la première fois la portée de ses actes. Le titre s'inscrit comme une métaphore à ce moment charnière de l'adolescence où s'éveille une certaine conscience sociale.
Sophie Lorain, absente du grand écran depuis Maman Last Call, en 2005, effectue un beau retour, mais son personnage, d'une grande justesse, laisse malheureusement sur notre faim. Sa relation ambivalente avec l'adolescente manque de fini, le scénario ne réussissant pas à nous faire compatir à leur destin.
En revanche, Rose offre une mise en scène fluide et inspirée, souvent tournée caméra à l'épaule. Les scènes où le fantôme du disparu (Alexis Martin) apparaît à Sarah sont superbes et apportent une touchante touche d'onirisme.
* *1/2
Avant que mon coeur bascule. Genre : drame. Réalisateur : Sébastien Rose. Acteurs : Clémence Dufresne-Deslières, Sophie Lorain, Sébastien Ricard, Étienne Laforge et Alexis Martin. Classement : 13 ans. Durée : 1h36.
On aime : le jeu inspiré de la jeune Clémence Dufresne-Deslières, de beaux plans de caméra.
On n'aime pas : le manque de fini entre les deux personnages féminins.
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