Lesley Manville: tant de beaux rôles!

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Reconnue des cinéphiles en tant qu'actrice fétiche de Mike Leigh, citée aux Oscars plus tôt cette année grâce à Phantom Thread, le film de Paul Thomas Anderson, Lesley Manville est l'une des actrices britanniques les plus accomplies. Lors d'un très bref séjour à Montréal, la comédienne a accordé un entretien à La Presse, en marge de la sortie au Canada de Mum, une série télévisée dont elle est la tête d'affiche.

On classe Mum dans la catégorie des sitcoms. Avez-vous le sentiment que ça décrit fidèlement la série?

Je dirais qu'il s'agit plutôt d'une tendre comédie, et non d'une simple enfilade de gags. C'est très délicat, très fin. Cathy, mon personnage, est une femme modeste, généreuse, gentille, compatissante avant tout, mais elle peut poser un regard très affirmé sur la vie. Devenue veuve, elle se permet maintenant d'être un individu à part entière plutôt que de se voir uniquement en tant que mère ou épouse. Comme une personne autonome qui peut faire ce qu'elle veut de sa vie.

Cette série est très populaire en Grande-Bretagne. Vous qui travaillez essentiellement au théâtre et au cinéma, ressentez-vous une différence dans le regard que les gens portent maintenant sur vous?

Non, pas vraiment. Ce rôle n'est pas si différent de ceux que j'incarne habituellement. S'il s'agissait d'une comédie de situation avec plein d'éléments slapstick, peut-être que les gens y verraient un contre-emploi, mais ça n'est pas le cas. C'est dans la continuité de ce que j'ai fait toute ma vie.

Quand on jette un coup d'oeil sur votre parcours, très impressionnant, on s'aperçoit que vous avez commencé à exercer ce métier très jeune. Qu'est-ce qui vous avait motivée à l'époque?

J'avais 16 ans et je chantais. Mon destin semblait se diriger vers les comédies musicales, mais à l'âge de 22 ans, j'ai rencontré Mike Leigh et tout a basculé. Avec lui, l'actrice en moi a pu émerger et j'ai pu prendre conscience de ce que j'étais capable de faire. Il a vu que je pouvais jouer autre chose que moi-même. Avant, je n'avais même jamais pensé jouer des personnages qui ne me ressemblaient pas. Je suis vraiment heureuse d'avoir rencontré Mike au moment où il le fallait. Grâce à lui, on ne m'a jamais catégorisée, ou placée dans une case. Il m'a fait jouer toutes sortes de femmes, de toutes classes, de toutes conditions.

Vous comptez maintenant plus de 40 ans de carrière, comment ce métier évolue-t-il?

Cette année, j'ai eu la chance de jouer Phantom Thread au cinéma, Mum à la télé, et Long Day's Journey Into Night au théâtre avec Jeremy Irons. Nous avons joué à Londres, à New York, et nous nous installons maintenant à Los Angeles pour un mois. Ce sont des personnages divers, mais tous intéressants. Particulièrement Mary Tyrone dans la pièce d'Eugene O'Neill, qui est probablement l'un des plus beaux rôles féminins jamais écrits. Mike Leigh m'a ouvert toutes sortes de portes, notamment celles du théâtre. J'ai eu droit à un véritable festin au cours de ma carrière, y compris à la télé, à l'époque où la BBC présentait des versions télévisées de grandes pièces de théâtre. J'ai eu la chance de travailler avec de grands metteurs en scène et tous avaient en commun de bien comprendre la condition humaine et de pouvoir traduire fidèlement l'émotion qui en découle. On peut en dire autant des acteurs. Plus tu avances, avec les épreuves inévitables que la vie t'apporte, plus tu vis des choses, et mieux tu es capable de les exprimer dans un drame et d'établir un phénomène d'identification auprès du spectateur. Je ne voudrais pas être jeune et commencer une carrière aujourd'hui.

Pourquoi?

Les jeunes ont maintenant la pression d'exister sur les réseaux sociaux. Ils font des trucs sur leur iPhone en guise d'audition, et certains préfèrent la célébrité plutôt que d'apprendre ce qu'est vraiment ce métier. Je suis franchement désolée pour eux. Pour ceux qui abordent ce métier de façon sérieuse, il devient aussi plus difficile de l'exercer, car le nombre d'abonnés sur Instagram importe plus que n'importe quoi d'autre, même si ça n'a strictement rien à voir. Quand je travaille avec des collègues plus jeunes, j'essaie de les convaincre de se retirer des réseaux sociaux. Il me semble que moins les gens en savent sur ta personne et ta vie privée, mieux ils peuvent croire au personnage que tu joues, car ils n'ont pas d'idées préconçues. Il n'y a maintenant plus de mystère.

All or Nothing et Another Year, deux films de Mike Leigh, vous ont déjà valu de beaux honneurs. Plus tôt cette année, vous étiez en lice aux Oscars dans la catégorie de la meilleure actrice de soutien grâce à votre composition dans Phantom Thread, film de Paul Thomas Anderson. Que signifie ce type de récompense à vos yeux?

Je répétais Long Day's Journey Into Night à Londres quand on m'a appris que j'étais en lice. Je ne l'attendais pas du tout. Quand une telle chose arrive, c'est très excitant, même si ça a été un peu compliqué de me libérer pour m'y rendre. Cette aventure a été remarquable parce qu'elle était aussi liée au film de Paul Thomas Anderson. Ce cinéaste est un génie, mais il est aussi, avant tout, un homme bon avec qui il est facile de collaborer. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, sa mise en scène n'est pas tout à fait établie quand il commence à tourner. Bien sûr, il sait ce qu'il veut, ce qu'il cherche, mais il laisse ses acteurs très libres et il aime leur apport. Donc, il nous donne du temps et il n'hésite pas non plus à faire plusieurs prises. Le travail avec lui fut merveilleux.

Des projets en vue?

Oui, quelques-uns. En fait, plusieurs. Je me sens d'ailleurs parfois un peu coupable, car je sais très bien que les rôles intéressants sont plus rares pour les femmes de mon âge. Je n'ai vraiment pas à me plaindre. Le théâtre occupe une place importante dans ma vie, mais il y a encore plein de classiques auxquels je n'ai pas encore touché. Au cinéma et à la télé, j'ai la chance d'incarner des femmes vivantes, très dynamiques, qui indiquent que la vie est loin d'être terminée quand on atteint la soixantaine, et qu'on peut encore avoir droit à une vie amoureuse. Quand les représentations de Long Day's Journey Into Night seront terminées à Los Angeles, je tournerai Normal People en Irlande avec Liam Neeson, un film dans lequel nous jouons une histoire où intervient la maladie de mon personnage, atteint du cancer du sein. Figure aussi au programme Dali Land, un film dans lequel Ben Kingsley incarne Salvador Dalí et moi, Gala. Je reprends aussi mon rôle de Flittle dans Maleficent 2!

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Mum est offert sur la plateforme Britbox, maintenant accessible au Canada. Avis aux voyageurs: Long Day's Journey Into Night est à l'affiche au Wallis Annenberg of Performing Arts de Los Angeles jusqu'au 1er juillet.




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